Nous ayant laissés sur le souvenir ému d'un pénétrant «
Hinterlands », son premier album full length, le quintet néerlandais créé en 2016 à la Hague par le guitariste Eric Hazebroek (ex-
Stream of Passion, ex-The
Saturnine) revient dans la course deux ans et demi plus tard. Et ce, à l'aune d'un second effort de longue durée répondant au nom de «
The Night Sky », une rondelle généreuse de ses 55 minutes sortie sur le label néerlandais Painted Bass Records. Fidèle à ses aspirations premières, c'est à nouveau dans un registre rock'n'metal atmosphérique gothique, aux relents doom, que nous plonge le combo batave. Aussi, l'ambiance se fait-elle volontiers mélancolique, voire souffreteuse, parfois énigmatique, et des plus troublantes. Ce faisant, les influences d'
Autumn,
The Flaw,
The Gathering,
Katatonia, ou encore
A Perfect Circle se font tour à tour sentir sur ce set de compositions. Faut-il y voir là le digne héritier de son illustre devancier à l'exclusion de toute autre alternative qui en fonderait précisément son caractère propre ?
Conformément aux exigences esthétiques et techniques inhérentes à ce projet, l'équipe du précédent effort est restée inchangée. Ainsi, Eric Hazebroek a une nouvelle fois sollicité Marjan Welman (
Autumn), frontwoman au timbre fluide et ambré,
Jim van de Kerkhof (ex-
All For Nothing, ex-
Morning, ex-Uplifted...) à la batterie et aux percussions, Thomas Cochrane (
Dystopia, ex-
Ancient Rites) à la guitare ainsi que Arjan Heijden (ex-
Manifest, ex-
Acrid) à la basse. Avec la participation du vocaliste et pluri-instrumentiste australien Mark Kelson (
The Eternal, Rainshadow), au chant, sur l'un des huit titres de l'opus. Enregistré, finement mixé et mastérisé par Thomas Cochrane, le méfait n'accuse que d'infimes sonorités résiduelles tout en offrant une belle profondeur de chant acoustique. L'artwork d'inspiration fantastique et au trait affiné, quant à lui, est ici encore du fait de la vocaliste grecque Gogo Melone (Aeonian
Sorrow,
Luna Obscura). Tous les voyants seraient donc au vert pour nous inciter à embarquer à bord du navire...
A l'image de son aîné, ce pléthorique manifeste se fait éminemment évanescent, exercice de style qui sied bien à nos acolytes. Ainsi, à la croisée des chemins entre
Autumn et
The Flaw, le mid tempo « The
Observer » s'avère empreint de mystère mais aussi d'une sensibilité insoupçonnée. Surmonté d'une basse épaisse et sous-tendu par les limpides inflexions de la sirène, le troublant effort feint de nous imposer une ligne mélodique en proie à quelques linéarités pour mieux nous retenir, in fine. On pourra aussi jeter une oreille attentive sur le mid tempo syncopé « The
Lonely », un manifeste ''gathérien'' en l'âme, recelant des riffs crochetés ainsi qu'un engageant refrain à défaut d'être des plus mémorables.
Sur une cadence un tantinet plus mesurée, la troupe parvient à nous retenir, un peu malgré nous. Ce qu'atteste, tout d'abord, « Landsdown Hill », un low/mid tempo atmosphérique gothique dans la droite lignée du précédent effort. Aussi, effeuille-t-on un propos pétri d'élégance, doté d'un fin picking à la guitare acoustique, et calé sur une mélodicité toute de nuances vêtue sur laquelle se greffe un duo mixte en voix claires bien inspiré, les chatoyantes volutes de la frontwoman évoluant à l'unisson avec les félines impulsions de Mark Kelson. Dans cette mouvance, on sélectionnera aussi « As I Drift on an
Ocean towards a Distance Shore », un aérien, opulent et ''automnien'' low tempo délivrant des couplets finement ciselés relayés chacun d'un langoureux refrain que les grisantes patines de la princesse se chargent d'encenser.
Moins immédiatement accessibles, d'autres plages de cette nature pourraient nécessiter plusieurs écoutes avant leur éventuelle assimilation. A commencer par «
The Night Sky », un low tempo doom gothique aux riffs plombants et crayeux au carrefour de
The Gathering et
Autumn. Livrant ses 7:36 minutes d'une intrigante traversée, sans que ne survienne une quelconque montée en puissance du corps orchestral, mais mise en exergue par les troublantes patines de la belle, cette lancinante offrande pourrait désarçonner un tympan non averti tout en s'avérant apte à retenir l'attention de l'aficionado du genre. Quant au délicat low tempo « Our
Lady of
Perpetual Emptiness », le temps semble s'être arrêté. Un espace ouaté propice à la profonde zénitude, magnifié là encore par le magnétique filet de voix de la princesse, mais où toute quête d'un quelconque réveil rythmique se verra contrariée. Enfin, si elles laissent entrevoir un fondant refrain, les quelque 10:32 minutes de l'éthéré et sensible « Reynisfjara » semblent s'étirer à l'infini sans que ne survienne le moindre soubresaut. A réserver aux seuls férus d'évanescents espaces.
Dans un souci de diversification en matière d'exercices de style, et par le première fois de son histoire, le collectif néerlandais nous octroie un instrumental atmosphérique gothique aux teintes doom, à l'aune de « The Fear of Letting Go » ; un substantiel et délicat morceau aux riffs émoussés. Bénéficiant pourtant d'arrangements de bonne facture, cette piste éminemment éthérée n'offre que peu d'oscillations mélodiques tout en laissant entrevoir une rythmique résolument lymphatique. Peut-être bien le bémol de l'opus.
En définitive, le quintet batave nous convie à un voyage en totale apesanteur, nous menant peu ou prou en d'oniriques contrées. Tout aussi énigmatique, délicat et authentique que son aîné, ce propos se fait plus volontiers évanescent, au risque toutefois d'écorner une part d'un auditorat déjà sensibilisé aux travaux de leurs maîtres inspirateurs. Bénéficiant lui aussi d'une production d'ensemble particulièrement soignée et de moult subtilités mélodiques, sans pour autant sacrifier une technicité instrumentale au demeurant parfaitement maîtrisée et judicieusement exploitée, le message musical se fait tantôt enveloppant, tantôt linéarisé, avec l'une ou l'autre baisse de régime à la clé. Un résultat somme toute mitigé, pour un groupe au potentiel encore sous-exploité, qui se fera fort de relever rapidement la barre pour ne pas se faire happer par la concurrence. Affaire à suivre...
Note : 12,5/20
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