Les groupes metal symphonique espagnols se sont multipliés à la vitesse grand V au cours de cette dernière décennie, parmi lesquels quelques jeunes loups aux dents longues, dont cette verte formation tout droit venue de Malaga. Ainsi, à l'instar de ses illustres compatriotes
Diabulus In Musica,
Against Myself ou encore
Niobeth, ce sextet à chant féminin a appelé de ses vœux une carrière à l'international. Il s'est, semble-t-il donné les moyens de ses ambitions, officiant dans un power mélodico symphonique bien trempé teinté de prog, nous faisant penser tour à tour à
Stratovarius,
Ancient Bards,
Forever Slave et
Sirenia. Avec, en prime, quelques évolutions stylistiques et acoustiques à la clé définissant une identité artistique qui, peu à peu, tend à se stabiliser.
Créé en 2007, le combo n'a sorti sa première démo éponyme qu'un an plus tard, elle-même suivie, en 2009, par un premier EP intitulé « The Seed of Naryll », menue mais prégnante offrande déjà remarquée par la presse locale et internationale. L'occasion pour nos acolytes de fouler nombre de planches de la scène nationale à cette époque et de se laisser le temps de peaufiner leurs enregistrements et leurs arrangements relatifs à ce « The
Fall of Salanthine » ; premier concept-album full length où ne se succèdent pas moins de 14 pistes (dont la plupart des titres des deux premiers efforts) sur plus de 56 minutes d'un parcours épique et romantique. De sémillantes compositions que l'on doit à Ana Moronta (frontwoman), Niko
Hartmann (lead guitare), Alvaro Sabin (guitare rythmique), Antonio Motta (basse), Andy Montalbetti (batterie) et César Rodriguez (claviers).
Le combo interpelle par sa capacité à créer des morceaux susceptibles de générer un headbang bien senti et que l'on souhaite ne jamais voir s'interrompre. Ce que nous rappellent deux pistes de l'EP. D'une part, non sans rappeler
Sirenia (seconde mouture) par ses harmoniques et le filet de voix de la sirène (proche de celui d'Ailyn), l'entraînant et néanmoins mystérieux « Symphony of
Horizon » prend des airs de hit en puissance. Ainsi, un tapping martelant glissant sur d'amples nappes synthétiques inonde l'asphalte d'un titre bouillonnant et progressif qui jamais ne desserre la bride. Dans une visée similaire, on retiendra « Sweet Wrath » pour sa captatrice rythmique syncopée et ses oscillantes rampes synthétiques. En outre, les truculentes envolées lyriques de la frontwoman enjolivent de souriants couplets et d'entêtants refrains. Et la sauce prend, là encore.
Dans une mouvance proprement power symphonique, le groupe génère une onde vibratoire difficile à contenir. Une fois passée la brève et tonique entame instrumentale « March of the Immortals », nous plongeant dans une atmosphère luxuriante, proche d'une grande production hollywoodienne, le spectacle peut véritablement commencer. Par un propret fondu enchaîné nous parvient «
God of
War », offensif up tempo estampé
Ancient Bards à l'aune de «
Soulless Child », doté d'une rythmique saillante, de frappes de fûts saignantes et jouissant d'un avenant cheminement mélodique. Dans cette veine s'inscrivent les mordants «
Last Battle of a Hero » et «
Elysian Era », mis en habits de lumière par les claires et puissantes inflexions de la belle, jouissant tous deux d'un fin legato à la lead guitare corroboré à de grisantes ondulations synthétiques. Et comment résister à l'emprise du cinglant «
The Beast and the
Rose » qui, par ses incessantes attaques de riffs crochetés et sa rythmique tempétueuse, se plaît à nous bringuebaler pour mieux nous retenir ?
Le collectif espagnol s'est également adonné, pour la première fois et non sans inspiration, à une pièce power symphonico-progressive. Ainsi trois actes de près de 12 minutes nous sont adressés, transpirant une féconde inspiration de leurs auteurs. Un fin solo de guitare dans le sillage de
Dream Theater ouvre les hostilités sur le progressif instrumental « Memories of a Lyliac
Dawn Act I - Genesis ». Premier acte d'un plantureux triptyque enchaînant directement sur l'épique et frissonnant « Memories of a Lyliac
Dawn Act II - Beauty of
Eternal », mis en exergue par les angéliques inflexions d'Ana. On se retrouve alors pris dans la tourmente, accentuée par moult effets et arrangements, à la façon de
Stratovarius, avec un soupçon de
Nightwish (première mouture). Environnement instrumental rutilant où claque la basse et s'enflamme la rythmique, avant que ne s'impose, par contraste, un final apaisé.
Plus complexe, le polyrythmique « Memories of a Lyliac
Dawn Act III -
Epica and the Bliss » nous octroie un éblouissant solo de guitare et un pont techniciste maîtrisé, même s'il tend à nous désarçonner de la sente mélodique empruntée par le combo.
Lorsqu'il ralentit le rythme de ses frappes et qu'il s'adonne à ses moments intimistes, le combo ravit le tympan. Ainsi, l'amateur du genre appréciera tant la fluidité des harmoniques, les fines nuances mélodiques que les changements de tonalité de «
Farewell », émouvante ballade atmosphérique typée
Forever Slave. En outre, deux soli de guitare nous sont octroyés au fil des célestes envolées de la maîtresse de cérémonie, elle-même secondée par un comparse masculin en voix claire, sur un titre aux airs d'un slow qui emballe. D'autre part, un joli picking à la guitare acoustique émane des entrailles de « Waters of Reality », légère ballade progressive issue de la démo, dans l'ombre de Clannad et dotée d'une gracieuse ligne mélodique que suivent les fluides volutes de la belle. Autre enchanteur instant, s'il en est.
Malgré ses mérites, le propos témoigne d'une relative baisse de régime. En guise d'interlude, l'instrumental « The
Rising » offre une courte plage d'apaisement, contrastant avec l'incendiaire «
Frozen Salanthine ». Tous deux issus de la même démo, ces deux morceaux préfigurent ce vers quoi allait tendre le style du groupe. Mélodiquement moins impactant et plus brouillon, le second effort peine à convaincre, restant en-deçà de ce que peuvent proposer aujourd'hui nos compères.
Au final, on parcourt la galette d'un seul tenant, avec le désir d'y revenir pour goûter à nouveau à une œuvre aussi tumultueuse qu'émouvante. Cependant, la complexité de certains passages impose plusieurs écoutes approfondies avant de les dompter. En outre, nos acolytes ont diversifié leur offre, rendu accessibles la plupart des passages, et soigné la production d'ensemble, à commencer par un enregistrement et des enchaînements de bonne facture, peu de notes résiduelles et de belles finitions. Ce faisant, le combo ibérique affiche un potentiel technique et mélodique de bon aloi, que pourraient leur envier leurs homologues générationnels. Si leurs sources d'influence ne sont pas totalement digérées, nos acolytes témoignent déjà d'une patte qui peu à peu se personnalise, et qui laisse augurer une aventure au long cours. Du moins, on ne peut que le leur souhaiter...
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