The Accuser

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Nom du groupe Abigail Williams
Nom de l'album The Accuser
Type Album
Date de parution 30 Octobre 2015
Style MusicalBlack Atmosphérique
Membres possèdant cet album18

Tracklist

1.
 Path of Broken Glass
Ecouter05:30
2.
 The Cold Lines
Ecouter03:48
3.
 Of the Outer Darkness
Ecouter07:16
4.
 Will, Wish and Desire
Ecouter05:58
5.
 Godhead
Ecouter07:08
6.
 Forever Kingdom of Dirt
Ecouter06:42
7.
 Lost Communion
Ecouter04:04
8.
 Nuummite
Ecouter05:08

Durée totale : 45:34

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Abigail Williams



Chronique @ Icare

09 Novembre 2015

Une sortie incontournable pour tous les amateurs de black atmosphérique, noir et violent, sorte de quintessence du genre

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu´Abigail Williams est un groupe contesté. S´étant fait connaître par un EP frais et original mêlant metalcore et black de façon assez inédite, le combo californien emmené par Ken Sorceron n’aura de cesse d’évoluer au fur et à mesure de ses réalisations – d’aucuns diront de retourner sa veste – proposant toujours, de manière assez déstabilisante, des albums différents mais évoluant sur une base black commune et incontestable. Ainsi, si le premier album de 2008 lorgnait vers des contrées black sympho, In the Absence of Light faisait la part belle à un black plus dur et classique dans sa forme, alors que le petit dernier, Becoming, sorti en 2012, venait taquiner les sommets d’un art noir atmosphérique et nébuleux.


Que nous réserve donc le groupe pour ce quatrième full length ? La pochette de ce nouvel effort, aussi sobre qu’ésotérique et très riche en symboles, ne nous aidera pas à démêler ce mystère, et c´est Path of Broken Glass qui se chargera de répondre à nos questions, déboulant sans crier gare sur un larsen strident et un mur de guitares abrasif qui nous happe d’entrée dans sa distorsion glauque et nauséeuse, nous lobotomisant à grand renfort d’une batterie à l’écho sourd qui frappe sans discontinuer.

C’est un fait, ce morceau est extrêmement intense, bouleversant de violence pour un groupe qui nous avait habitué à une musique bien plus mélodique, de loin le plus extrême et déchiré jamais composé par Abigail Williams, l’apogée étant allègrement atteinte quand la voix de Sorceron, extrêmement déchirée et hantée par des souffrances indicibles, vient déchaîner ce chaos maîtrisé, faisant penser aux grands moments de Wolves in the Throne Room ou Secrets of the Moon. Les grattes, bourdonnantes et sifflantes à la fois, semblent nous envelopper dans un vortex, nous maintenant dans cette prison de verre décrite par le morceau, et parvenant à créer une atmosphère à la fois sombre, solennelle et mystique.
Le titre évolue par subtiles touches atmosphériques, se muant en douceur dans un univers à la fois beau et troublant, rendu particulièrement sombre et suffocant par ces vocaux très agressifs et complètement allumés (les hurlements en fin de morceau sont proprement effrayants), ces ruptures de rythme soudaines et incongrues et le matraquage incessant et cruel de la batterie : à l’instar d’un groupe comme Darkspace, on pourrait presque parler de black atmosphérique brutal ici, et ce premier morceau est une véritable claque, remettant méchamment tous les détracteurs du groupe à leur place.

The Cold Line commence lui par un mid tempo moins agressif et des guitares presque paisibles, mais reste étrangement inquiétant dans ses sonorités tordues et mortifères, avec des vocaux toujours aussi étranglés et dérangeants, nous rappelant insidieusement que la douleur peut avoir plusieurs visages, tous plus odieux les uns que les autres. Car après la haine pure, c’est plutôt une dépression et une folie lente qui nous grignotent doucement le long de ces 3,48 minutes, s’incarnant en ce mid tempo agonisant à la basse obscène pour un titre faussement apaisant et lourd de non-dits pleins d’angoisse et de psychoses; d´ailleurs, la transition avec Of the Outer Darkness ne laisse planer aucun doute sur la plaie béante qui suppure encore (cette sorte de bourdonnement mystérieux qui résonne dans la vacuité glaciale d’un espace inconnu et menaçant)...

Ce nouveau titre démarre aussi avec une fureur ahurissante, portée par un matraquage rythmique impitoyable et un mur de grattes à l’épaisseur insondable, rappelant des groupes hallucinés tels Darkspace ou Angrenost, avant de se fendre en un break plus serein aux accents post rock/folk, qui vient imposer une pesanteur terrestre et enfin humaine, étincelle salvatrice dans cette débauche de noirceur glaciale.
La seconde partie est moins tourmentée, plus calme, agrémentée d’une belle montée en puissance portée par des guitares oscillant toujours entre grâce et damnation, à l’instar de la suite de l’album, qui se fera décidément moins violent : ainsi, Will, Wish and Desire est un morceau très mélodique aux relents d’Agalloch, faisant la part belle aux mélodies de guitares oniriques, naviguant sur un mid tempo apaisant et des notes de guitare simples et mélancoliques, tandis que Godhead s’illustre par des riffs épiques, roulants et vengeurs sur le double pédalage ininterrompu du batteur. La fin du morceau sonne comme la complainte oubliée d’un rituel païen et lugubre venant du fond des âges, mêlant animisme primitif et satanisme ancestral sur ce rythme lent qui pulse comme un cœur palpitant, ces guitares vibrantes et grasses, ces chœurs graves et lugubres et ces borborygmes infernaux.

Ces 45 minutes se terminent sur Nuummite, un morceau paisible et porteur d’espoir qui nous berce tout en douceur après la terrible tempête d’émotions qui vient de nous secouer en tous sens et nous laisse suspendu quelque part entre l´éther le plus pur et les abysses les plus sombres.



Encore une fois, Abigail Williams a voulu se faire plaisir et suivre sa propre voie musicale sans s’enfermer dans un seul style, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est à la hauteur de ses ambitions et fait sacrément plaisir à entendre.


The Accuser est tout simplement le meilleur album des Américains à ce jour, et constitue une sortie incontournable pour tous les amateurs de black atmosphérique, noir et violent, sorte de quintessence du genre mêlant des influences telles Agalloch, Harakiri for the Sky, Darkspace ou Wolves in the Throne Room avec une intensité, une fureur et un sens de la mélodie hors du commun. Les grincheux pourront toujours réfuter que ce skeud n’est pas très original et sonne plus comme un patchwork décousu de ce qui se fait de mieux dans le genre que comme la sortie d’un groupe à l’identité affirmée, mais à part ça, il n’y a pas grand-chose à reprocher à ces huit titres, excellents de bout en bout. The Accuser est bien difficile à accuser, et permet enfin à Abigail Williams de prétendre au statut de grand groupe, j´irais même jusqu´à dire que cette pépite compte certainement comme l´une des sorties de l´année dans le genre, ni plus ni moins. A découvrir et savourer absolument, n´en déplaise aux nombreux détracteurs du groupe...

5 Commentaires

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David_Bordg - 09 Novembre 2015: je vais aller decouvrir tout ca de ce pas.
Dromedario - 09 Novembre 2015: Merci pour la chronique (excellente encore une fois) ! J'avais beaucoup aimé Becoming, le seul que je connais en fait. Ca sera un achat pour moi en tout cas :)
Dro'
Metalapin - 28 Novembre 2015: Merci pour cette chronique, c'est elle qui m'a donné envie d'écouter ce très bon disque.

Cependant, je dois quand même notifier que ce n'est pas Ken Sorceron qui hurle sur la première piste, mais bien Charlie Fell (ex-Lord Mantis et ex-Abigail Williams justement): son timbre particulier très strident et agressif ne trompe pas.
Icare - 28 Novembre 2015: Merci pour la précision!
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