Quantités d’entre nous, ceux qui oublient de laisser la raison les guider, préfèrent vénérer aveuglément ces légendes ineptes et admises sur les renommés instantanées, les gloires foudroyantes, s’imaginant que seul le talent est capable de faire sortir de vous le meilleur, sublimant votre créativité afin d’en extraire la quintessence. Si c’est absolument vrai pour certains artistes, véritables génies innés de la musique, beaucoup d’entre-nous savent aussi, à l’évidence, que sans le travail le talent n’est rien d’autres qu’un espoir sans lendemains. Et que doucement une délectable paresse, ou simplement une insuffisance de temps face à la tâche ingrate de l’exercice de ces aptitudes finis par nous faire ranger nos guitares, nos basses, nos micros et nos illusions dans nos placards.
Herbie Langhans est, quant à lui, un de ces musiciens à la ténacité impressionnante. Avec abnégation et force, il défend, avec
Seventh Avenue, depuis plus de treize longues années les couleurs d’un
Power Metal très inspirés par les
Helloween et autres
Gamma Ray. Il a égrené cette longue carrière d’albums plus ou moins passionnants, souvent moyens et parfois même, bien pire. Ce constat amer d’un bilan très mitigé pourrait s’arrêter ici et laisser
Seventh Avenue dans ce relatif anonymat pas totalement infondé. Pourtant Herbie n’est décidément pas homme à renoncer, et le voilà se remettant encore à l’ouvrage avec ce
Terium. Dire que je n’attendais absolument rien de cette nouvelle offrande est un doux euphémisme, j’avais laissé le quatuor sur les pentes dangereusement glissante d’un
Southgate plutôt moyens, excédé par ce manque flagrant de mélodies captivantes, et par ces voix, par instant, désagréablement vacillante dans les aigus, pour ne pas dire fausse. A vrai dire pour éveiller le moindre écho d’une quelconque once d’intérêt en moi ce
Terium aurait dut être le résultat de changement assez conséquent. A y regarder de plus prêt, je note que William Hieb, vieux compagnon de toujours d’Herbie, mais surtout l’autre moitié de l’âme pensante qui composait jusqu’alors ces mélodies si insipides, s’en est allé. Surement pas suffisant pour me convaincre. A y regarder d’encore plus prêt je note qu’Herbie a énormément progressé au niveau de son chant, abandonnant ses insistances dans des aigus inadaptés pour un chant plus grave, plus écorchés semblable à Peavy de
Rage, ou dans une moindre mesure à Hansi Kursch. Il n’en fallut pas plus pour me décider.
Dès les premières mesures de Crowd in the
Dark, le plaisir est immédiat. La production, enfin à la hauteur, donne une impression puissante et les mélodies sont, enfin, dignes de ce nom. Herbie, quant à lui, se déchaine démarrant sur un cri aigu et sans faille, démentant de manière éclatante mes préjugés obtus. Les refrains de ce premier titre sont limpide, précis, clair, en un mot : évidents. Ils n’ont rien à envier à aucun autres compositeurs du genre et pourrait, sans aucun doute, figurer au milieu de ceux des illustres ainés de
Seventh Avenue. Terrium et Authorities, alternance de rythme rapide et mid-tempos dans une construction d’une rare intelligence, continue de nous séduire avec toujours ce souci du refrain émotionnellement parfaitement maitrisé. Mais je pourrais citer la quasi-totalité du tracklist de ce disque tant sa cohérence est habile et ne laisse que très rarement et de manière très infimes retomber l’authentique intensité qui nous étreint. Les morceaux étant suffisamment variés dans leurs structures, on ne peut pas parler de morceau véritablement mid-tempos, même si quelques titres semblent moins rapides tel que
Two Masters, ou Needs. Mais il est juste de dire, aussi, que d’autres sont, par moment, étonnamment véloces. Mais d’une vitesse loin de cette étalage de technicité gratuite à laquelle s’adonne certains groupes, ainsi Priest and the Servants développe, au-delà de son intro suave et lente une accélération soutenu et phénoménal. Il règne aussi, dans ce disque, une pertinence incontestable sur certain morceau et des titres comme Brighter Than The Sun s’impose d’eux même avec une efficacité déconcertante.
Les seuls points faibles de ce disque étant Innocence dispensable ballade, aux refrains, pour le coups, raté, et Way to the Stars, le seul titre à la construction trop invariablement mid-tempo par rapport à l’excellence de composition défendu jusqu’alors, et aux refrains bien trop mièvre. Qu’importe, l’impression de perfection qui nous habite, ne peut plus être altérée.
Il y a du Kai Hansen dans cet album, et du Weikath, mais pas seulement, l’ombre du génie de Tobias Sammet plane sur les refrains de cet œuvre (ce qui, si l’on y songe, est assez ironique quand on sait à quel point le compositeur d’
Edguy a été, quant à lui, incapable d’en mettre sur les refrains de son Tinnitus Sanctus). Et tous ces éléments s’intègrent dans un mélange subtil et délicieux.
Cet album est tout simplement incroyable, et il mériterait de propulser
Seventh Avenue vers des sommets en place et lieux d’autres groupes moyens, injustement loués. Pourtant nul doute que cet excellent
Terium restera pour beaucoup dans l’ombre, laissant la lumière à d’autres bien moins méritants.
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