De cette débauche d’alternatives, aux similitudes musicales, et créatives, très distinctement intimes de celles d’un
Rhapsody, dont l’invasion ne cessait de nous envahir déversant ses troupes guerrières vomis de la botte transalpine; exprimer avec quelle perspicacité et minutie il fallut batailler pour en découvrir les talents les plus attirant issus de cet underground italien, duquel certains labels, Underground Symphony en tête, allèrent extraire essentiellement une lie négligeable, relève du doux euphémisme. Dans cette horde avide de reconnaissance, il y eut effectivement que peu de groupes méritants susceptibles d’offrir une vision intéressante suffisamment différente d’un mouvement en plein essor. Et sans doute aussi que nombres se sont éteins dans l’insignifiance injuste d’une agonie immérité.
Lorsque sort ce premier véritable album éponyme, sur l’inévitable label Underground Symphony,
Shadows of Steel apparait plus comme l’idée de plusieurs desseins divers que comme l’authentique envie d’un groupe. Incontestablement hétéroclite, ce projet fragile est construit autour de l’énigmatique
Wild Steel, chanteur masqué aux intonations aigues assez symptomatiques des terres transalpines et autour d’un Andrew Mc Pauls adroit aux claviers. Mais aussi autour de l’habile Olaf Thörsen, de Vic Mazzoni et André La Fisic aux guitares, ou de Steeve Vawamas, Andrea «
Tower » Torricini et Chris Breeze à la basse et autour de. Gianca derrière les fûts durant un seul titre, et de Frank Andiver, batteur et producteur dont la réputation d’exigence, caractériel et dirigiste diront certains, est avéré, et qui prendra bientôt définitivement les rennes de la section rythmique de ce groupe. La présence de personnages aussi mystérieux, talentueux ou exigeants, dont certains représentent quelques uns des plus illustres acteurs de la scène italienne du moment, évoluant au sein de groupe aussi fascinant que
Labyrinth ou
Vision Divine, demeure un incontestable garant d’une certaine qualité.
Epuré de cette aspect médiéval propre à son cousin de
Rhapsody Of Fire et bien moins grandiloquent,
Shadows of Steel au son d’un Speed
Metal à l’italienne démontre les talents prometteurs d’un groupe attirant. Tentant de nous narrer les affres oniriques d’un concept ambitieux mêlant la recherche de soi, la quête de sa propre liberté et l’accomplissement dans la vie réelle, le groupe nous propose l’envolé véloce de titres efficaces. Ainsi
Wild Steel et les siens nous mènent dans les plaisirs essentiellement empressés d’un délicieux
Shadows of Steel, ou encore dans ceux, non moins délectables et non moins prompts, d’un excellent The Playing Room IV, ou d’un intéressant Days as
Lion. Si le propos est ici principalement rapide, le groupe compose ses morceaux en des constructions subtils alternant aussi, succinctement, divers partis et divers rythmes. Cette attitude offre, très loin des affres complexes et abscons d’une musique progressive, l’avantage d’agrémenter suffisamment une œuvre afin de ne pas l’enfermer dans les angoissantes démonstrations insipides de morceaux toujours plus véloces et toujours plus ennuyeux. Ces rebondissements donnent donc un relief très plaisant à un album de Speed
Metal au classicisme italien très prononcé. Et ce d’autant plus que
Shadows of Steel se permet, aussi, de composer derechef quelques titres au tempi relativement plus lent. Une relativité toute relative observé à l’aune des rythmes ambiants du reste de l’œuvre, mais que l’on peut gouter subrepticement sur des titres tels que le remarquable
Journey ou le délicieux
Kingdom.
Au chapitre des ballades, seul Winterland est suffisamment réussie pour nous émouvoir.
Nul doute que certain seront gênés par cette manière de chanter si caractéristique de l’école transalpine et par ces aigus parfois crispant, mais au-delà de cette tendance succincte, l’album reste suffisamment cohérent pour offrir de nombreux moments agréable.
Premier album de
Shadows of Steel, cette œuvre éponyme nous démontre, avec talent, qu’il n’est pas forcément nécessaire de s’enfermer dans les concepts abstrus pour défendre une musique attrayante. Basé sur des principes simples, mais pas simpliste, cet album de Speed
Metal traditionnelle offre une lecture tout à fait passionnante immédiate et directe d’un genre dont la tendance serait plutôt, aujourd’hui, à la complexification stérile et inepte.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire