Nouvelle recrue dans un registre metal mélodico-symphonique à chant féminin déjà battu et rebattu, Solarus a également pour dessein de faire entendre sa voix, à l'instar de sa frontwoman Sarah Dee, interprète au timbre aisément identifiable, dans la veine d'Andrea Datwyler (
Lunatica). Caressant l'espoir d'un projet au long cours, la jeune vocaliste a requis les talents de Jacob Burton à la batterie ; Lucas McArthur (
Borealis) à la guitare et Sean Dowell à la programmation. Et ce, depuis la création du combo canadien en 2015. Essentiellement inspiré par
Lunatica et
Visions Of Atlantis, mais aussi par
Nightwish,
Xandria ou encore
Edenbridge, le quartet originaire de
London (Ontario) s'est notamment doté des rugueuses et saisissantes patines oratoires de Matt Marinelli (
Borealis) sur quelques uns des 9 titres s'égrainant sereinement sur les 48 minutes de cette volcanique et initiale auto-production. Généreuse, accrocheuse, mais non aguicheuse galette où intensité rythmique, ferveur percussive, esthétique mélodique, arrangements taillés au scalpel et indéfectible cohésion groupale sont autant d'éléments inscrits au programme d'un message musical aussi subtil qu'empreint de fringantes harmoniques.
Pour une mise en relief de ses grisantes et magmatiques compositions, le combo nord-américain a soigné son mixage, peaufiné ses enchaînements intra pistes comme ses finitions. Il a néanmoins laissé filtrer quelques notes résiduelles dans ses enregistrements, parfois sujets à quelques embrouillaminis, étouffant par là-même certains gimmicks à la lead guitare au profit d'une couverture synthétique bien présente, parfois envahissante, avec quelques relatifs floutages à la clé. Mais entrons plutôt dans le cœur d'une œuvre transpirant un travail minutieux en studio, et bien que classique dans son approche du genre et peu diversifiée dans ses atmosphères et ses empreintes rythmiques, celle-ci réserve toutefois quelques surprises qui en fondent précisément son caractère.
Aussi, une originale conjugaison de ses sources d'influence au sein de compositions exigeantes, vitaminées, parfois explosives, et exhalant une indéfectible inspiration n'a pas manqué de retenir le tympan de votre humble serviteur. Ainsi, d'entrée de jeu, un riffing massif et vénéneux infiltre le tonitruant « One Final Moment » qui, dans l'ombre de
Visions Of Atlantis, à l'époque de « Trinity », avec une touche de
Lunatica à l'instar de « The Edge of
Infinity », déambule sur une sente mélodique engageante, un rien sirupeuse. Ce faisant, les inflexions acidulées de la belle s'harmonisent judicieusement à une rayonnante instrumentation samplée, à la rythmique musclée, sous couvert d'un fin batteur sachant ensanglanter ses fûts sans pour autant nous meurtrir le tympan. Pour leur part, l'incisif et luminescent «
Shattered Skies », tout comme le nerveux « Prayer for the
Fallen » distillent leurs riffs corrosifs et des harmoniques du plus bel effet, au fil des libertines pérégrinations d'une déesse qui, par ses claires impulsions, enjolive couplets et refrains, qu'on ne quittera dès lors qu'à regrets. L'alliance de ses angéliques volutes et de choeurs en arrière-fond fonctionne à plein, contribuant à nous imprégner d'une atmosphère proche d'un
Lunatica des premiers émois, avec une touche de
Visions Of Atlantis, initiale période, cette fois.
Plus ouverts à d'autres courants d'influence, certains passages aussi toniques et non moins immersifs, loin s'en faut, nous mènent vers des champs de turbulences alternatifs. Ainsi, sur un captateur up tempo et sous le joug d'incessantes et enivrantes nappes synthétiques, le vrombissant «
Ethereal Tears », non sans rappeler l'univers éminemment symphonique de « New
Shores » de
Lunatica, avec un zeste d'emphase orchestrale en prime, parvient sans efforts à happer le pavillon du chaland. Et ce, notamment sur un refrain catchy. Et ce n'est pas le bref mais prégnant solo de guitare qui démentira ce sentiment. On comprend rapidement qu'à l'instar de cette plage aux accords efficaces, on joue d'ores et déjà dans la catégorie des hits en puissance. Quant au mordant et plantureux « Shadows Lifted » d'inspiration nightwishienne dans ses arrangements, avec une touche de
Lunatica dans son agréable cheminement mélodique et vocal, il ne lâche la bride à aucun moment. De plus, un corpulent et éblouissant solo de guitare saura nous intimer de ne pas rester en retrait de ce spectacle épique, sur un pont mélodique, prestement balayé par une déferlante sur le crête d'un pétillant refrain.
Par ailleurs, le combo canadien a harmonisé le yin et le yang sur deux pistes, construites sur une délicate mais efficace combinaison entre deux lignes de chant que tout oppose. D'une part, l'orage éclate sur le véloce « My
Eternity » qui, doté d'un riffing mitrailleur, laisse éructer un bestial screamer et une fragile mais inaliénable sirène au coude à coude. Sur une ligne mélodique invitante que n'aurait pas renié
Xandria, on est bringuebalé de toutes parts par un convoi orchestral qui rarement ralentit sa course, y compris lorsqu'il se fait étreindre d'un sémillant solo de guitare sur un insoupçonné pont techniciste. La bondissante reprise sur un refrain immersif aura raison de nos plus tenaces résistances. D'autre part, une outro flamboyante nous est adressée à l'image du racé et émoustillant «
Reunion », entonné de concert et de bien belle manière par nos deux vocalistes en voix de poitrine. Corroboré par un plaisant legato à la lead guitare, le fringant couple oratoire convole à l'unisson, et ce, sur une rythmique enfiévrée, qui peu à peu, s'intensifie, développant ainsi une phénoménale puissance de frappe, avant que le corps instrumental ne s'évapore lentement dans la brume violoneuse, de la même manière qu'il nous avait accueillis. Une façon de boucler la boucle...
A la différence de la plupart de ses homologues, le collectif nord-américain n'a pas misé tous ses espoirs de nous émouvoir par une succession de mielleuses ballades. Si ce n'est sur une seule, qu'il a composée avec inspiration, justesse et sobrement restituée, avec beaucoup de toucher et tout son cœur. Ainsi, de soyeuses oscillations organiques inondent l'asphalte de «
Surrender the
Universe », gracieuse ballade progressive aux fines nuances mélodiques servie avec élégance et aplomb par la maîtresse de cérémonie. Comment ne pas manifester une pointe d'émotion sur le radieux solo de guitare pris en étau entre deux envolées semi-lyriques au parfum de rose ? Tant les romantic lovers que les slowers y trouveront matière à encenser leurs tympans, et plus encore, à enivrer leurs sens...
Cependant, en dépit de ses qualités, ce propos recèle une pièce non sans intérêt technique, mais se révélant en-deçà de toutes les autres, ce qui en altère, de fait, sa portée. Ainsi, d'infiltrants gimmicks à la lead guitare corroborent un riffing détruisant tout sur son passage le long de l'incandescent « Unto the Angels ». Brûlot qui, toutefois, ne jouit ni d'autant d'aura, ni d'une mélodicité aussi prégnante que celle de ses voisins de pistes. Le bémol de l'opus.
A l'issue du parcours de la plantureuse rondelle, force est d'observer qu'un potentiel technique et artistique s'esquisse déjà, à l'instar d'un collectif qui n'a pas plaint sa peine pour nous octroyer un message musical aussi tumultueux qu'attachant, sans faux-semblants, ni fausse pudeur, mais avec l'élégance des formes et une touche de frivolité associée à quelques douces modulations oratoires. Il faudra pourtant à nos acolytes se détacher de leurs modèles identificatoires pour éviter d'évoluer trop longtemps dans leur ombre, comme moult d'autres formations en ont fait les frais avant eux. De plus, il serait souhaitable d'étoffer l'offre par l'octroi d'une atmosphère et une rythmicité plurielles, tout en diversifiant les exercices de style (fresques, instrumentaux, mid tempi...) et en dispensant un enregistrement plus propre encore, mais sans lissage excessif. Bref, pour un premier essai, s'il s'avère sincère et plaisant, il n'en demeure pas moins perfectible, voire relativement friable de par ses quelques faux-pas de jeunesse. Cela dit, cette initiale offrande devrait rencontrer un écho favorable auprès d'un auditorat déjà sensibilisé par ses maîtres inspirateurs. Serait-ce le premier épisode d'une longue série ? L'avenir seul nous le dira...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire