Impulsé par son premier et galvanisant album studio, «
Entropy », sorti il y a tout juste un an, le quintet australien revient dans les rangs, plus modestement toutefois, à l'aune d'un EP 3 titres répondant au nom de « Recovery (Unplugged) ». Il s'agit-là d'un regard introspectif du collectif melbournien sur son œuvre, nourri d'arrangements orchestraux spécifiques et bénéficiant d'un enregistrement de bonne facture, réalisé aux Oaklands Recording Studios, à Melbourne. Gageons que ce frugal set de compositions, dont deux piochées dans l'album sus-cité et une extraite de leur introductif EP «
Shades of Black » (2016), s'apparente ici à une parenthèse dans leur carrière, nos acolytes proposant alors une relecture originale de ces pistes. Une manière habile d'inviter les nouveaux venus à se familiariser avec leurs truculentes portées et d'interpeller un tympan déjà accoutumé aux vibes insufflées par la troupe.
Preuve d'une indéfectible et étroite collaboration, se trouvent ici réunis la plupart des membres d'origine, soit : Morgan-Leigh Brown, chanteuse dont le timbre de voix se rapprocherait de celui d'Annelore Vantomme (feu
Gwyllion)) ; Brandon
Valentine, en remplacement de Piotr Borzęta, aux guitares ;
Jason Grondman à la basse ; David Van Pelt aux claviers ; sans oublier Chris Cameron, à la batterie, également investi à la production, aux arrangements, au mixage et au mastering du laconique opus, ce dernier laissant alors entrevoir une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentations, une saisissante profondeur de champ acoustique et des finitions aux petits oignons.
Pour rappel, le combo océanien œuvre dans un espace rock'n'metal mélodico-progressif aujourd'hui empreint de colorations power, cinématiques, atmosphériques et symphoniques, et ce au détriment des touches hard rock d'hier. Aussi, si les influences de
Lacuna Coil,
Gwyllion et
Asylum Pyre, se font toujours sentir, celles d'
After Forever, Pink Floyd,
Epica, Pendragon, ont été également de la partie sur «
Entropy ». Sans dénaturer ni la structure ni l'atmosphère originelles des trois pièces sélectionnées, ce nouvel arrivage l'abreuve de sonorités lyriques assorties de quelques digressions, stratégie lui conférant à la fois singularité, authenticité et panache. Sans doute les apports respectifs de
Kyla Matsuura-Miller et Hana
King aux violons, d' Hamish Jamieson au violoncelle, d' Erica Tucceri à la flûte et de Jarrad Linke à la clarinette ne sont-ils pas étrangers à l'émotion conférée par cette intimiste offrande...
Le bal s'ouvre, tout d'abord, sur une ballade tirée de «
Entropy », dénommée «
Resilience », quatre minutes nous étant ici octroyées contre les trois de la version originale. Parée de fines nuances mélodiques, des chaudes et magnétiques volutes de la sirène, et originellement dotée d'une heureuse symbiose entre la flûte gracile d' Erica Tucceri, le chatoyant hautbois d' Edward Wang et la souriante clarinette de Greg Sher, ce fut une véritable invitation au voyage en de célestes contrées qui allait attendre le chaland à l'aune de cette tendre aubade. Une guitare acoustique et une flûte plus présentes, quelques notes supplémentaires au xylophone et un inattendu et mélancolique violon pour clôturer l'acte sont autant d'éléments permettant ici de redécouvrir l'instant privilégié sous un autre jour.
C'est ensuite dans un climat un poil plus éthéré que le ''floydien'' instrumental « Recovery » nous installe. Issu du même album, le délicat effort avait alors laissé entrevoir un fin picking à la guitare acoustique que vint relayer une délicate flûte, elle-même suivie de tortueux arpèges d'un piano fougueux. Une manière habile de conjuguer le Yin et le Yang. Tout en conservant son assise guitaristique et pianistique originelle, la nouvelle mouture l'assortit de violoneuses et frissonnantes portées. C'est donc à la fois tout en sobriété et dans un climat propice à l'apaisement que nous immerge cette version réorchestrée, non sans solliciter notre fibre émotionnelle.
L'ultime instant, enfin, se pose tel une ample et immersive plage mélodico-progressive, contrastant avec les deux premières pistes, plus concises et dépouillées. Extrait de leur introductif EP, c'est au sculptural « Space and Time » que revient l'honneur de fermer la marche. Progressivement infiltré par les félines impulsions de la déesse, un fin legato à la lead guitare et de délicats arpèges au piano, ce ''lacunacoilesque'' acte généreux de ses 8 minutes disposait de l'arsenal requis pour impacter l'aficionado du genre. Raccourcie de trois minutes, mais instillée d'un violoncelle feutré doublé d'un xylophone tout en légèreté, la version ''unplugged'' n'en conserve pas moins la formule magique pour laisser transpirer une émotion.
En définitive, le quintet australien nous fait revivre quelques-unes des plages les plus savoureuses de son répertoire, quelques-unes seulement... En outre, cette alternative ''unplugged'' nous plonge dans une atmosphère résolument intimiste, empreinte de sobriété, d'un brin de sensualité et d'une sensibilité à fleur de peau. Si les arrangements instrumentaux dispensés confèrent de subtiles variations d'arpèges d'accords à l'oeuvre, les lignes de chant, en revanche, pourtant de bonne facture, ne laissent filtrer que de timides digressions. On comprend que si l'opus demeure agréable, autorisant dès lors son écoute d'un seul tenant, le chaland devra composer avec une authentique et délicate mais si frugale parenthèse. Dans l'attente à peine voilée d'un second album full length...
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