Precambrian

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Nom du groupe The Ocean
Nom de l'album Precambrian
Type Album
Date de parution 05 Novembre 2007
Style MusicalMetal Expérimental
Membres possèdant cet album78

Tracklist

DISC 1 - HADEAN/ARCHAEAN
1. Hadean/The Long March of the Yes Men 03:48
2. Eoarchaean/The Great Void 04:46
3. Paleoarchaean/Man and the Sea 02:46
4. Mesoarchaean/Legions of Winged Octopi 05:20
5. Neoarchaean/To Burn the Duck of Doubt 05:24
DISC 2 - PROTEROZOIC
1. Siderian 01:57
2. Rhyacian/Untimely Meditations 10:57
3. Orosirian/For the Great Blue Cold Now Reigns 06:29
4. Statherian 05:58
5. Calymmian/Lake Disappointment 08:19
6. Ectasian/De Profundis 08:58
7. Stenian/Mount Sorrow 08:20
8. Tonian/Confessions of a Dangerous Mind 07:18
9. Cryogenian 03:32
Total playing time 1:01:48

Chronique @ eulmatt

26 Mars 2008
Avant toute chose, permettez-moi de régler le sort immédiatement à l’étiquette que l’on a apposée ridiculement à la musique de The Ocean. Je n’ai beau pas nécessairement faire une fixation sur les genres et sous-genres trop bien découpés pour être vrais, mais affubler ceci de metalcore est d’une crétinerie absolue, encore le fruit de la conclusion hâtive d’un critique ignare ayant à peine jeté une oreille au disque, stupidement suivi par quelques ovidés qui répètent les conneries proférées sans le moindre sens critique ni sensibilité musicale (ou simplement qui n’ont pas non plus écouté le disque mais qui se permettent d’en parler), maladie qui n’épargne malheureusement pas le petit monde du metal.
Ceci étant dit, revenons à nos moutons (c’est le cas de le dire) pour rentrer dans le vif du sujet, qui s’avère bien épineux à traiter.
Par quel bout prendre ce double-album, sinon par présenter le concept qui en fait la genèse ? Il s’agit bien d’une véritable œuvre conceptuelle, pondue par un collectif artistique non moins atypique, composé de neuf musiciens. Le concept : le Précambrien, titre de l’album, constitue la longue période de la formation de la terre jusqu’au début de l’ère Primaire. L’Hadéen et l’Archaéen nous conduisent de -4567 à -2500 millions d’années, avant d’entamer le second disque, soit le Protérozoïque, qui nous mène jusqu’en -542 millions d’années. Chaque morceau constitue un « sous-âge », dont vous aurez compris qu’au-delà de l’interprétation géologique voire paléontologique, leur signification quasi abstraite laisse paradoxalement l’idée d’un joli terrain de jeux pour artistes inspirés.
Inspirés, les musiciens de The Ocean le sont assurément. Je ne me sens pas de taille à vous décortiquer les quatorze éléments du concept, ce qui n’aurait de toute façon pas de sens. Precambrian est un concept à considérer comme une œuvre artistique cohérente, en deux temps.
Commençons par l’époque la plus primitive, le fond des âges… On peut évoquer les premières notes de Hadean, qui laisseraient prématurément croire en une production musicale assez banale. Riff roulant et épais, batterie massive, vocaux écorchés, légère touche de clavier, on pourrait penser à du metalcore… non je déconne. Les riffs deviennent lents, suffocants, deux chanteurs viennent se répondre colériques, et on enchaîne sur Eorchean, qui bascule sur un monde tantôt industriel, tantôt post-hardcore qui rappelle le meilleur Neurosis. Puissance implacable, colère froide et viscérale… sauf qu’à la fin du morceau, des musiciens de génie se dévoilent avec un solo d’un autre monde, un break improbable, une subtilité et une technicité parfaitement maîtrisées pour donner un supplément d’intensité incroyable.
Globalement colérique, ce premier CD passe sans faute de goût d’un metal furieux à des effluves progressifs où guitares et claviers esquissent des univers d’une richesse incroyable, en passant par des lourdeurs metalliques post-hardcore jamais dénuées de finesse, appuyant la bestialité d’un large panel de vocaux, des growls les plus bas ou cris les plus déchirants. Tout cela est suffisamment immersif pour s’évader avec The Ocean dans son univers de volcans, de vapeurs sulfureuses, de chaos minéral déshumanisé. Cette dernière image s’inscrit d’ailleurs à la perfection dans la complexité musicale du dernier morceau, Neoarchean, véritable patchwork très déstabilisant de par son enchevêtrement mélodique et rythmique.

C’est alors que commence l’ère protérozoïque. Trois notes de guitare en son clair, quelques percussions nonchalantes, une touche de saxophone venant définitivement feutrer une atmosphère incroyablement apaisante. La basse et la batterie tout en maîtrise se joignent au chant pour compléter un tableau qui n’est pas loin d’être idyllique. Insidieusement, l’ambiance se noircit doucement, et quelques refrains aux vocaux colériques ne sont pas de trop pour rappeler que c’est de metal dont il s’agit. C’est que force piano et claviers s’invitent pour apporter ce qu’il faut de touches de jazz, d’ambiant, de rock, pour gentiment nous faire décoller du réel et laisser libre cours à une évasion onirique de plus de dix minutes (Rhyacian)… qui le moment venu s’interrompt brutalement par un passage presque black, aussi virulent qu’inattendu. Pour autant, une profonde beauté, aux multiples facettes certes, s’est installée en profondeur et sert de liant à ce long morceau aussi versatile que cohérent. Serait-ce donc l’apaisement des éléments, la naissance de la nature, de la vie ?
Une lourde colère revient toutefois s’inviter (Orosirian), mais ses légères touches de violons laissent entrevoir une petite lueur de vie au milieu des riffs roulants et dévastateurs, avant que l’éclaircie n’apparaisse plus longuement. On sent The Ocean dans son élément dès lors qu’il faut ménager ces espaces progressifs qui se balancent continuellement entre violence et apaisement, et la maîtrise des enchaînements tout en fluidité se révèle un des vrais points forts du disque. L’onirisme gagne encore en force avec Statherian, dont la montée en puissance inexorable se crée via un délicieux tournis.
La dernière demi-heure du second volet de Precambrian prend ainsi son rythme de croisière sur des tempi lourds, lent, où la colère se fait plus sourde et plus rare, magnifiquement contrebalancée par de longs passages planants. La musicalité y est alors mise à l’honneur, les compositions s’articulant autour d’approches plus ou moins complexes mais surtout usant de pléthore d’instruments et d’ambiances dont le principal intérêt est une forme de désorientation spatiale et temporelle qui décontenance ou apaise l’auditeur, au gré des instants. On y retrouve des influences néo-classiques (emploi du piano ou du violon), des approches rock prog, un certain emprunt au doom metal également, dans les moments les plus ténébreux (comme sur le très prenant Stenian). Et toujours ces touches death indus, maniées avec parcimonie mais beaucoup de justesse (Ectasian).
Bref, on se laisse assez facilement emmener dans un voyage fourmillant de bonnes surprises et de plans bien fichus. Parfois, les méandres artistiques de The Ocean ne s’avèrent pas évidents à décrypter, mais l’ensemble est suffisamment évocateur et immersif pour captiver l’attention de l’auditeur.

Tout au plus pourra t-on reprocher un certain manque d’équilibre entre le premier et le second CD, celui-ci étant peut-être trop long de dix minutes. Mais il s’agit là d’un avis tout personnel, lié au fait que Tonian, l’avant dernier morceau, reste pour moi un peu hermétique et ardu, ce qui est sans doute de trop à ce moment du disque qui, qu’on le veuille ou non, demande une certaine concentration et pompe pas mal d’énergie. L’heure de la rédemption sonne au travers des notes à la fois esthétiques et angoissées de Cryogenian, morceau néo-classique pur et dur, bouclant ainsi une drôle aventure musicale.

Œuvre complexe et plurielle, Precambrian est un drôle de disque, certainement pas de ceux que l’on écoute tous les jours, mais plutôt de ces inclassables dont la puissance artistique est dévastatrice, pour peu que l’on parvienne à l’apprivoiser. Elle demande cependant à son auditeur tant d’implication et de participation active à son voyage onirique qu’elle peut tout aussi bien laisser de marbre en cas d’audition « passive ». A noter également que sa grande richesse et complexité musicale rendent de fait Precambrian moins introspectif qu’un grand disque de postcore, comme sait le faire Neurosis. Mais doit-on se plaindre d’une telle abondance ?

10 Commentaires

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Icare - 06 Mars 2009: Je pense que ceux qui décrivent ce groupe comme faisant du metalcore n'ont jms écouté le merveilleux Fluxion... :-)
Deathpair - 31 Janvier 2010: Hum, moi c'est un disque que je pourrai écouter tous les jours, et je ne l'ai pas trouvé dur d'accès, la sauce à pris direct pour ce voyage incroyable.
Bruyere - 17 Novembre 2011: Ha, je revis l'album en lisant cette chronique. Ce groupe es purement excellent, tout leurs albums sont de très haut niveau et assez differents, mais j'avoue craquer pour Aeolian et Fluxion en particulier, mais mon dieu que Precambrian est bon! C'est vraiment de l'art qu'ils nous ont servis!
ContreCourant - 10 Novembre 2013: Faut creuser dans le méli-melo de mélodies, c'est vrai que l'aspect core initial donne pas trop envie de se pencher sur la suite, mais ça a l'air de valoir le coup
à suivre...
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