Le premier regard que nos yeux aguerris posèrent sur ce
Possession, nouvel effort des Polonais de
Crystal Viper, donna naissance à quelques appréhensions. Les changements d'une pochette moins caractéristiques que celles que ces créatifs nous offrirent autrefois, en un traditionalisme certes éculé mais totalement en adéquation avec ce Heavy/Speed
Metal conservatiste principalement Anglo-saxon qu'ils défendirent, ne pouvait, en effet, que nous troubler. Cette soudaine transformation, aussi impromptue qu'inopinée, était-elle réellement le signe manifeste de quelques hideux bouleversements dont la charmante Marta Gabriel et sa voix si rauque et si puissante allait nous gratifier sur ce nouveau méfait?
Indiscutablement, cette planche, œuvre de Michal Oracz (essentiellement connu pour avoir conçu le jeu de stratégie papier Neuroshima
Hex reprenant l'univers du jeu de rôle du même nom), avait de quoi éveiller nos craintes les plus sourdes. Tiraillé entre deux univers distincts, la jeune fille aux regards hébétés et à l'âme, vraisemblablement, possédé de cette esquisse, allait nous narrer d'autres histoires. Des histoires forcément moins épiques, moins héroïques, moins homériques.
De plus quelques bruissements supplémentaires, glanés ici et là au gré d'errances coupables en ces préaux virtuels, semblaient aussi corroborer cette thèse évolutionniste puisqu'on nous annonçait un album moins immédiatement germano-britannique et davantage influencé par cette Amérique triomphante. D'aucuns allèrent même jusqu'à évoquer des noms tels que
King Diamond,
Mercyful Fate ou
Jag Panzer au lieu des Accept,
Helloween, Iron Maiden et
Judas Priest de naguères.
L'entame instrumentale de ce disque, un Zeta Reticuli très emphatique et solennelle, confirmait même ce que l'ensemble de ces éléments nous laissait subodorer.
Néanmoins, si, dans les faits, cette facette nouvelle et assumée, est bien présente elle ne se traduit pas tant et, exceptions faites de quelques morceaux vraiment plus sombres et concerné, ce
Possession reste un album très ancré dans ce legs Heavy
Metal, Speed
Metal, essentiellement Anglo-saxon et essentiellement traditionnelle.
Crystal Viper aura donc su trouver un équilibre intéressant entre ces diverses aspirations.
En témoignent les superbes
Voices in my
Head, Julia is
Possessed (sur lequel on peut entendre la voix de
Satanic (
Desaster)), ou encore l'excellent We Are Many qui sont autant de titres aux refrains remarquables, aux breaks magnifiques et aux guitares particulièrement efficaces.
Au-delà de ces influences importantes déjà évoquées,
Crystal Viper nous offre aussi, parfois, subrepticement, quelques accents plus exotiques. Nordiques avec You
Will Die You
Will Burn et ses passages que Joacim
Cans et Oscar Dronjak (Hammerfal) n'aurait sans doute pas renié. Cependant ces accents reconnaissables restent suffisamment succincts, et le titre suffisamment bon, pour que l'esprit critique, aussi aiguisé fut-il, ne crie pas au scandale. Tout comme lorsqu'il décèlera quelques intonations offrant à Marta et aux siens des accents confondant de similitude avec ceux de
White Skull (le vif Mark of the
Horned One par exemple).
Pour finir sur les chansons marquantes de ce disque évoquons
Fight Evil with Evil sur lequel la présence de l'immense Harry "The
Tyrant" Conklin (
Jag Panzer) est délectable.
Evoluer est un processus sain. Du moins dès lors que cette mutation est le résultat d'une réflexion sensé et d'une démarche raisonnable faites de touches parcimonieuses. Changer avec intelligence et sérénité, sans mouvements impétueux et brusques, est un principe sage que
Crystal Viper semble avoir brillamment intégré. Aussi, tradition oblige, la formation originaire de Katowice clôt ce nouveau chapitre par une reprise, ô combien, délicieuse puisqu'il s'agit de la chanson éponyme de l'album Thundersteel de
Riot. Le choix du titre repris n'est pas anodin. Il offre une attache solide à un album tiraillé entre volonté de changement et traditionalisme. Une manière supplémentaire pour ces Polonais d'affirmer leur amour immodéré pour ce Heavy
Metal rétrograde sans pour autant renié une saine contemporanéité.
On pourra sans doute regretter que la formation n'ait pas été plus audacieuse dans l'expression de cette version un peu trop conforme à l'original. La piste reste pourtant très intéressante.
Sans heurts et sans ardeurs démesurés,
Crystal Viper nous propose donc, avec ce
Possession, un opus très maîtrisé où se traduisent diverses envies à la fois passéistes et modernes. Une œuvre où l'équilibre entre continuité et changement est superbement respecté en somme.
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