Quelle douce impunité, quelle légère folie, si ce n’est une prise de risque savamment dosée, que de débuter son album par un morceau éponyme se révélant être un long instrumental de six minutes. Il fallait oser le faire, et si
Secret Sphere est connu comme un groupe de power progressif italien performant depuis plus de dix ans, ils ne sont pas pour autant les plus grands scientifiques musicaux que nous pouvons connaitre.
Pourtant, preuve est d’admettre que depuis "
Archetype", malheureusement trop confidentiel malgré sa qualité (faisant suite à un très classique "
Sweet Blood Theory" qui avait rencontré un franc succès), beaucoup de choses se sont passées. Tout d’abord, l’arrivée de Michele Luppi en lieu et place de Roberto Messina, au chant, fut une grande surprise. Car le vocaliste ayant sévi dans
Vision Divine ou
Killing Touch, dispose d’un timbre bien connu, et en soi possède une empreinte qui pouvait risquer de faire perdre l’identité propre de
Secret Sphere.
Est-ce pour cela que, quelque part, les italiens cultivent le secret en plaçant un long instrumental avant de dévoiler sa voix ? Difficile à savoir mais la composition en elle-même pose d’entrée le sujet, avec sa production plus fine et puissante encore que tout ce qu’ils ont eu auparavant, relevant le niveau technique à un niveau encore supérieur. Mystérieux et brumeux, l’ambiance du morceau n’est pas sans évoquer, en rapport également avec l’artwork, l’univers sombre et tourmenté du roman dont est tiré le concept, qui pourrait être au centre de ce "
Portrait of a Dying Heart".
"X" s’ensuit et, étrangement, alors qu’on aurait pu imaginer que le nom des anciens groupes de Michele allait surgir, celui qui vient plutôt en premier lieu serait
DGM, tant on retrouve dans le son et l’interprétation cette patte technique, classieuse et très puissante que possède le groupe depuis "Differents Shapes" (le chant de Michele n’étant pas sans rappeler celui de Titta Tani). Rythmiquement, c’est impeccablement en place pendant que les riffs de Paolo Gianotti ravagent tout sur leur passage.
Mieux encore, l’introduction grandiose et sentencieuse de "
Wish & Steadiness", à l’orgue et aux chœurs, pose une ambiance solennelle et majestueuse que jamais
Secret Sphere n’avait encore eu. Une forme de grande maturité, explosant avec l’arrivée d’un plan en lead mélodique impressionnant, avant que Michele ne fasse parler la poudre avec sa voix si charismatique et ce talent pour se démarquer de la masse grâce à un chant parvenant presque parfaitement à rallier un certain traditionalisme power metal et une personnalité forte. Il y a une intelligence dans le placement des vocaux à saluer, loin des plans parfois trop attendus et clichés des albums précédents, à l’instar justement du final de "
Wish & Steadiness", fabuleux de poésie, entre chœurs et narrations, sur une nappe de claviers pleine de grâce.
Là où le groupe composait avant des albums avec des hits et des titres plus faibles, "
Portrait of a Dying Heart" peut se targuer d’être très solide et cohérent dans son ensemble, de posséder une véritable entité artistique. Le bourrin "The
Fall" pourrait presque faire penser à
Rage dans ses riffs et son attaque de double pédale, et une fois encore, la production monumentale permet à l’album de coller une véritable tatane en plein visage de l’auditeur. Là encore, Michele sera présent pour osciller entre parties presque agressives et un refrain ponctué de chœurs qui, d’une part, se retient en quelques secondes et qui, d’autre part, possède cette richesse salutaire qui permet de ne pas s’en lasser même après quelques dizaines d’écoutes. Inutile de préciser que techniquement, les soli de ce genre de morceaux rapides sont de véritables boucheries déferlant les notes à la seconde…
On continuera dans la même veine avec "Healing", ainsi que le rageur "
Secrets Fear" et son niveau technique pléthorique, notamment au niveau de la batterie. Vocalement, la nervosité de Michele est impressionnante, concerné et volontaire, il porte complètement des chansons initialement excellentes, transcendées par son interprétation. Il faut juste écouter le sublime final "
Eternity" pour s’en convaincre définitivement, qu’il était le chanteur de la situation.
Plus lent, mais jamais sirupeux ou sucré, le titre est une petite merveille de beauté et de lyrisme, porté par des envolées fantastiques du vocaliste, parfois plus éraillé, laissant libre cours à son cœur pour totalement se livrer à son texte. Émotionnellement très fort, le minimalisme musical lui permet de se mettre considérablement en avant, et de toucher l’auditeur au plus profond (ce refrain, cette émotion palpable…), jusque dans le final, montant crescendo jusqu’à l’entendre susurrer à notre oreille ses derniers mots…(« We’re not alone »).
Secret Sphere vient de sortir un grand album qui, s’il ne révolutionnera pas la scène italienne, permet de replacer le groupe au plus haut niveau et en tête de gondole,
DGM se faisant un peu attendre depuis son inégal Frame (avec le nouveau vocaliste Mark Basile) et
Vision Divine décevant quant à lui de plus en plus. Il est possible que
Secret Sphere, malgré lui, se place dorénavant au sommet de la hiérarchie power progressive transalpine. Et lorsqu’on écoute, pantois, le niveau affiché sur ce septième album, ce ne serait que justice…
Par contre "Vision Divine décevant quant à lui de plus en plus.". Tiens, tu as vraiment trouvé "Destination Set to Nowhere" décevant ? C'est drôle, car j'ai davantage l'impression que cet album rattrape largement le précédent, véritablement mauvais. Comme quoi, les goûts et les couleurs. :-)
Sur un autre point, je trouve aussi ta chronique plus accessible que d'habitude. Je pense que ceux qui avaient du mal avec certains éléments de ton style d'écriture devraient davantage trouver leur compte ici.
En tout cas, ça y est, je suis bon pour me réécouter ce Secret Sphere !
Celle ci démarre directement, sans intro, et part tout de suite sur l'album. Ca change un peu...et je suis très clair je pense :)
Sinon, c'est vrai que malgré la présence de Michele, c'est vraiment à DGM que j'ai pensé et pas les autres groupes du chanteur...comme quoi ! :)
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