Vingt-deux ans après sa fondation,
Visions Of Atlantis répond encore présent, affichant même une furieuse détermination à en découdre, et ce, dans un environnement metal symphonique toujours en proie à une féroce concurrence. A «
Wanderers », son septième et sémillant album studio sorti en 2019, succédera un dantesque opus live, «
A Symphonic Journey to Remember », un an plus tard à peine ; de précieuses pierres à rajouter à l'imposant édifice discographique de l'inspiré collectif franco-italo-autrichien. Suite à un travail de longue haleine et des plus minutieux en studio, le voici de retour, en 2022, à l'aune de son huitième mouvement, «
Pirates » ; une galette généreuse de ses 58 minutes signée, tout comme ses devancières, chez le puissant label autrichien
Napalm Records. Quels seraient alors les arguments de nos cinq belligérants pour espérer tenir la dragée haute à leurs homologues stylistiques, toujours plus nombreux à affluer ?
Dans cette palpitante aventure de
Pirates, se trouve réuni l'équipage de la précédente caravelle au grand complet. Aussi, retrouve-t-on à la barre : la chanteuse au gracile filet de voix Clémentine Delauney (
Exit Eden, ex-
Whyzdom, ex-
Serenity...), suivie du puissant vocaliste Michele Guaitoli (
Temperance,
Kaledon,
Overtures...), du fin guitariste Christian Douscha, de l'expérimenté bassiste Herbert Glos (
Dragony), sans oublier l'inamovible Thomas Caser derrière les fûts. De cette étroite collaboration émane un propos metal mélodico-symphonique à chant mixte à la fois rayonnant, parfois épique, un tantinet romantique, éminemment singulier mais aussi techniquement plus élaboré que son proche aîné. Un luxuriant et intrigant paysage de notes s'en dégage, au sein duquel s'immisce une troublante touche celtique. Sans doute la patte experte de l'émérite sonneur et habile flûtiste Benjamin Metzner (
Feuerschwanz) n'est-elle pas étrangère à cet état de fait...
Enregistré par Felix Heldt aux Separate Sound Studios, en Allemagne, le méfait n'accuse pas l'ombre d'une sonorité résiduelle tout en offrant une belle profondeur de champ acoustique. De plus, mixé et mastérisé par un certain Jacob Hansen – producteur, ingénieur et pluri-instrumentiste danois, sollicité par
Epica,
Avantasia,
Evergrey,
Imperia,
Delain,
Pretty Maids,
Diabulus In Musica,
Arch Enemy parmi tant d'autres, pour la production de certains de leurs albums – l'opus équilibre à parités égales lignes de chant et instrumentation. Pour compléter le tableau, tout comme Aftertime,
Serenity,
Serious Black ou encore
Dragony, cette fraîche offrande se dote d'orchestrations de fort bonne facture signées Lukas Knoebl, compositeur, guitariste et arrangeur d'
Illuminata. Fort d'une production d'ensemble difficile à prendre en défaut, ce huitième effort symboliserait-il un retour en grâce de la formation franco-italo-autrichienne ? Mais levons plutôt l'ancre et laissons-nous guider par nos cinq corsaires pour cette traversée en eaux tumultueuses...
Au fil des douze plages du pléthorique méfait, le groupe nous embarque dans un périple à la fois galvanisant, homérique, et parfois dramatique, nous amenant alors à ressentir toute la force des éléments en furie. Souvent imprévisibles, parfois destructeurs, ces derniers nous placent au cœur d'une aventure aux moult péripéties, du moins telle que peuvent la vivre les
Pirates au cours de leurs pérégrinations en haute mer.
Plus encore, cette imagerie nous invite à une seconde lecture, s'assimilant dès lors à un voyage introspectif, où chacun de nous doit lutter sans relâche pour s'affranchir de ses propres démons afin que s'évanouissent les tempêtes de l'âme. Ce faisant, un vent de liberté souffle dans les voiles du vaisseau, nous portant alors, en partie, vers des horizons musicaux encore vierges de toute incursion, plus en phase avec l'actuelle évolution stylistique de la troupe, Une audacieuse démarche, s'il en est. De quoi nous intimer d'aller explorer plus en profondeur la cale du navire...
Le combo interpelle, tout d'abord, par sa faculté à générer ces séries d'accords des plus accrocheuses et qui longtemps resteront gravées dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le tympan, à commencer par ses pistes les plus enfiévrées, loin de manquer à l'appel. Ainsi, on ne mettra qu'une poignée de secondes pour se voir happé par le refrain catchy exhalant des entrailles de «
Melancholy Angel », entraînant mid/up tempo doté de riffs crochetés, de puissants coups de boutoir et, par effet de contraste, de délicates gammes pianistiques ; encensé par les saisissantes envolées lyriques de la sirène auxquelles répondent en écho les tranchantes serpes oratoires de son comparse, le tubesque effort poussera à une remise en selle sitôt l'ultime mesure évanouie. Tout aussi lumineux et infiltré d'un élégant clavecin samplé, le ''delainien'' «
Darkness Inside » se fera non moins incitatif à un headbang bien senti. Un poil plus incisif et glissant le long d'une radieuse rivière mélodique, l'effervescent «
Legion of the Seas » s'avère lui aussi d'une efficacité redoutable. Plaçant un break opportun sur sa route que balayera une bondissante reprise sur la crête d'un refrain immersif à souhait, décochant en prime et à brûle-pourpoint un flamboyant solo de guitare, ce hit en puissance se verra à son tour difficilement éludé par le chaland.
Bien qu'un tantinet moins immédiatement inscriptibles dans les charts, d'autres plages de cet acabit pourront non moins nous assigner à résidence. Aussi, ne saurait-on esquiver l'enjoué et ''nightwishien'' «
Clocks » tant pour s'on énergie aisément communicative que pour son fringant legato à la lead guitare et ses truculentes rampes synthétiques. Difficile également de se soustraire aux pénétrantes stridulations d'une flûte libertaire inondant « In My World » ; un souriant propos metal symphonique aux accents celtiques, mis à l'honneur par les prégnantes variations de nos deux vocalistes patentés. Dans une veine power symphonique, et non sans rappeler
Kamelot, le bouillonnant up tempo syncopé «
Mercy », quant à lui, développe une sidérante et inaliénable force de frappe sans pour autant perdre de sa superbe mélodique. Et ce ne sont ni les chatoyantes empreintes vocales de deux interprètes que l'on croirait alors touchés par la grâce, ni la finesse des arrangements instrumentaux dispensés qui nous débouteront de l'échevelant méfait. Et comment ne pas se sentir aspiré par le chavirant refrain essaimé par le ''delainien'' mid/up tempo «
Wild Elysium » ? A nouveau encensé par un duo en parfaite harmonie et recelant de fulgurantes montées en régime de son corps orchestral, le solaire méfait laisse parallèlement entrevoir une mélodicité toute de fines nuances cousue et des plus addictives.
Lorsqu'ils en viennent à retenir davantage les chevaux, nos acolytes parviennent une fois encore à nous retenir plus que de raison. Ce qu'atteste l'outro, « I
Will Be Gone », mid tempo symphonico-cinématique et celtique d'une confondante fluidité mélodique, où flûte et cornemuse ainsi coalisées se font des plus envoûtantes. Une enchanteresse forêt de notes s'offre alors à nous, ayant pour corollaire un étourdissant refrain entonné par deux vocalistes bien habités et évoluant à l'unisson. Là encore, on éprouvera l'irrépressible envie d'y revenir, histoire de plonger à nouveau dans cet océan de félicité. Mais le magicien a encore d'autres tours dans sa manche...
Quand ils nous mènent en d'apaisantes contrées, nos ''
Pirates'' se font des plus délicats, se muant alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Aussi nous livrent-ils leurs mots bleus les plus sensibles, avec pour effet de générer la petite larme au coin de l'oeil, celle qu'on tenterait bien d'ignorer, en vain. Ce qu'illustre, en premier lieu, «
Freedom », une ballade progressive aux relents celtiques pétrie d'élégance et des plus troublantes, que n'auraient reniée ni
Kamelot, ni
Serenity, ni même
Epica. Mis en habits de soie par les cristallines volutes de la maîtresse de cérémonie et les soufflantes modulations en voix de gorge de son acolyte, et instillé d'une muraille de choeurs qui graduellement densifie le corps oratoire de sa présence, se chargeant alors en émotion au fil de sa progression, l'instant privilégié ne se quittera qu'à regret. Romantique jusqu'au bout des ongles et des plus subtiles, la ballade folk atmosphérique « Heal the Scars » n'aura pas davantage tari d'arguments pour asseoir sa défense. Nous immergeant au cœur d'un infiltrant cheminement d'harmoniques, doté d'un poignant refrain magnétisé par les angéliques patines de la belle, la cornemuse libérant parallèlement d'hypnotiques oscillations, la tendre aubade fera assurément plier l'échine à plus d'une âme rétive.
Mais ce serait à l'aune de leurs amples pièces en actes d'obédience metal symphonique aux teintes progressives que nos compères seraient au faîte de leur art. D'une part, dévoilant d'inédites mesures tout en nous immergeant au sein d'un metal symphonique opératique déjà développé par le groupe, le jovial et aérien «
Pirates Will Return » nous fait flirter avec les alizés sans pour autant perdre de sa tonicité percussive. Révélant par là même un duo évoluant en parfaite osmose, les célestes inflexions de la princesse se lovant dans les rocailleuses impulsions de son prince, on comprend que le grisant manifeste joue à plein sur les effets de contraste rythmiques et vocaux pour tenter de l'emporter. Et la sauce prend sans tarder. Ce serait sans compter «
Master the
Hurricane », véritable pièce d'anthologie. déroulant ses quelque 7:18 minutes d'un parcours épique et romanesque, abondant en coups de théâtre, Introduit en douceur par une flûte gracile, le corpulent méfait se fera prestement plus offensif, le convoi instrumental se densifiant dès lors graduellement jusqu'à ce que survienne un break judicieusement amené, moment d'apaisement que les ensorcelantes impulsions de la diva se chargent de magnifier. Mais c'est au moment de la reprise que l'orgiaque offrande atteindra son apogée, des choeurs en liesse venant alors escorter nos deux tourtereaux, corrélativement à la montée en crescendo de l'imposante assise orchestrale. Sans doute le masterpiece de l'opus.
A l'issue de cette traversée au long cours, non sans quelques terres d'abondance placée çà et là sur notre parcours, un agréable sentiment de plénitude nous étreint. Diversifié quant à ses exercices de style et à ses phases rythmiques, cet éclectique set de partitions laisse également entrevoir davantage de prises de risques, dont d'inédites portées, ainsi qu'une architecture compositionnelle plus complexe et un trait de plume plus affiné qu'autrefois. Le foisonnant effort ouvre en parallèle plus largement le champ des possibles atmosphériques, variant ainsi ses ambiances à l'envi.
Plus encore, mis en habits de lumière par un duo en voix claires des plus charismatiques et en parfaite osmose, le grisant effort se fait des plus émouvants.
L'influence de ses maîtres inspirateurs se faisant des plus discrètes, repoussant corrélativement toujours plus loin ses propres limites sans pour autant avoir tourné le dos à son passé, essaimant par ailleurs des sentes mélodiques finement sculptées et des plus singulières, on comprend que le groupe confère aujourd'hui à son projet une identité artistique stable ; autant d'éléments laissant à penser que cette œuvre forte serait synonyme de tournant dans la discographie du prolifique quintet. Ainsi, à l'aune de son huitième mouvement,
Visions Of Atlantis ancre son projet dans une ère nouvelle...
Ta chronique me donne envie de découvrir ce disque
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