On ne présente plus les Austr
Aliens de
Northlane. Devenu en une poignée d’années un espoir confirmé, le quintet ne cesse de prendre en contrepied les tendances actuelles pour amener un vent de fraicheur mais surtout une vision complètement révolutionnaire d’une musique parfois prévisible, âpre. A l’heure actuelle, outre une poignée de groupes tels que leurs homologues Thornhill ou le combo britannique
Loathe, aucun ensemble de musiciens ne ressemble à nos artistes et aucun d’autres eux ne peuvent revendiquer une telle créativité. Car au-delà de la brutalité du metal, du riffing et des rythmes punk,
Northlane est avant tout une expérience, une vision avant-gardiste sans la moindre frontière et sans la moindre peur.
Avec cinq opus dont le très remarqué
Alien avec son atmosphère extrêmement lourde, obscure et ses sonorités électroniques, depuis l’arrivée de Marcus Bridge au micro, les Austr
Aliens ont profondément varié leur spectre musical. Au départ dans un metalcore plus traditionnel, technique, et direct, nos artistes ont gardé leur empreinte percutante mais dans des compositions plus lentes et graves. Bien que cette tendance djent voire inhospitalière n’ait jamais vraiment quitté l’univers de
Northlane, elle est depuis peu l’essence même du travail instrumental et lyrique du groupe.
L’ensemble des critiques furent d’ailleurs mitigés à la sortie des titres 4D et
Bloodline. Si les deux morceaux rappelaient non sans nostalgie les années dorées du neo metal, notamment
Linkin Park ou encore
Static-X, l’un aux allures de drum & bass et l’autre aux accents électro prononcés ainsi qu’à un intense noirceur marquaient un tout nouveau tournant dans l’aventure des musiciens. Il est désormais intéressant de voir si la formation va insister sur cette partition menaçante, austère ou si le quintet va de nouveau dépasser les frontières de l’extravagance. Rien de mieux que
Obsidian, sixième parution du groupe pour lever le voile.
Enregistré dans le studio de Chris Blancato comme le précédent album, la formation a en revanche fait le choix de se séparer de son label emblématique UNFD et de prendre son envol dans sa maison de disques indépen
Dante Believe. Au niveau du mixage, c’est l’ancien guitariste de
Periphery Adam Nolly Getgood, aux commandes de certaines œuvres de
Devin Townsend,
Architects ou encore
Animals As Leaders qui a été choisi. Quant au mastering, il est l’œuvre d’Ermin Hamidovic, fin connaisseur de metalcore et déjà aux œuvres d’ouvrages notables comme Fracture de
Bleed From Within ou de Cannibal de
Bury Tomorrow.
A l’image de son artwork signé Dan Barkle,
Obsidian est une suite parfaitement logique d’
Alien et un tableau d’une extrême pesanteur, d’une distanciation encore plus prononcée par rapport à son prédécesseur. L’ensemble des compositions auront tout de même leur lot de clarté, principalement lors des refrains et apporté par le chant clair mélodieux de Marcus Bridge. Le groupe comme à son accoutumée a pris de sacrées risques sur ce nouvel exercice avec une vision plus pop, plus alternative mais sans jamais délaisser ce qui fait sa plus grande force : son tempérament plus agressif et groovy.
Pour accentuer par ailleurs cette atmosphère entraînante et pour marquer ce qui est sans nul doute sa grande révolution, le quintet affiche une image électro dance music et techno des années 90. Nos musiciens nous avaient déjà habitués à quelques attraits électroniques comme sur
Eclipse ou
Sleepless mais jamais sur une œuvre complète. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce choix des Austr
Aliens, au-delà d’être étonnant et déconcertant n’est pas forcément évident à comprendre sur les premières passes mais est loin d’être inintéressant.
Tantôt sur une conception plus progressive, parfois sur une structure typée pop, d’autres fois dans des démonstrations en roue libre, même si le style électronique laisse assez peu de liberté, nos musiciens savent parfaitement se diversifier sans se parodier, toujours avec des apports justes et réfléchis. Le combo nous le prouve dès les premiers instants avec Clarity. Son introduction atteste d’une progressivité et d’une montée en puissance avant la grande explosion. Tout de suite, on retrouve l’unicité des Austr
Aliens avec une exécution à la batterie hâtive et endurante. Le chant est hargneux, inflexible avant de devenir plus harmonieux, apaisant notamment par les belles envolées de notre vocaliste. Le breakdown est dans la continué du morceau, totalement imprévisible. Sans être d’une impressionnante lenteur ou d’une pénible massiveté, il se démarque par ses effets électroniques étranges mais captivants.
Clockwork et
Echo Chamber représentent les aspects plus accessibles de
Northlane avec un schéma instrumental conventionnel, un rythme ainsi qu’un lyrique très cycliques. Bien que les mélodies sont simplistes d’apparence, elles ne manquent pas d’être entraînantes toujours via cette résonnance électronique et des guitares engageantes. Les deux titres ne sont pas en reste en termes d’incision avec leurs pannes respectives, l’un avec ses basses denses et l’autre sur son ralentissement de tempo.
Le groupe n’a pas entièrement tourné le dos à son passé et le témoigne avec
Carbonized qui est peut-être la seule ombre de ce tableau. Avec sa marque neo, la composition affiche assez peu de transformations pour une proposition finalement bien monotone. Même le chorus, habituellement un atout de notre quintet est quelconque, sans grande expression. Fort heureusement, à la suite de notre écoute, on retrouvera nos artistes dans leur fantaisie et leur extravagance comme lors du breakdown d’Abomination qui nous plonge dans une rave party ou de Xen avec sa dissonance, son séduisant solo et son outro futuriste. Le point d’orgue de l’œuvre est sans conteste l’éponyme avec une montée dans les aigues des plus frissonnantes ainsi qu’un passage plus grave et solennel. Côté production, la balance entre metal et électronique est relativement équilibré, même si l’on regrette de temps à autres des guitares un peu trop en arrière-plan.
Obsidian marquerait-il une nouvelle ère du metalcore ? Il est encore trop tôt pour y apporter une réponse définitive mais ce qui est sûr, c’est que cet album va inspirer plus d’un groupe.
Northlane continue à pousser les limites de son style, toujours dans une réussite presque enfantine et nous emmène dans un univers à la fois rafraichissant et brut. Ce sixième disque est un nouveau coup de génie, une recherche musicale à la fois curieuse et troublante mais néanmoins aboutie. Nous n’avons désormais plus qu’une hâte, c’est de savoir où la prochaine exploration des Austr
Aliens nous emmènera.
Merci pour la chronique. Assez agréablement surpris, moi qui suit rarement friand de metalcore, j'ai trouvé la première écoute plutôt agréable. Le chant clair passe plutôt bien (ça me fait pas mal penser à Tesseract), il n'a pas le ton plaintif très émo qui a tendance à me bloquer. La prod est très bonne, et les instrus électro toujours à propos.
Merci Molick. J'avais pensé à pousser la comparaison avec Daniel Tompkins mais je me suis finalement abstenu. Je trouve aussi que l'on retrouve un peu de Chino Moreno, qu'en penses-tu ? En tout cas, nul doute que ce Obsidian sera dans mon top metalcore, surtout au vu des sorties de l'année pour le moment ...
Y a ptetre des ptits airs de Chino Moreno, mais ça m'a pas marqué à l'écoute (alors que Tesseract ça m'a fait tilt direct). Pour le moment j'attends encore de voir sur la durée s'il tient bien (c'est généralement le problème avec le metalcore, ça devient vite lassant pour moi). Par exemple autant j'aime beaucoup Bleed From Within, autant je me vois pas écouter un album 2 fois dans la journée.
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