La folie est quelque chose d'indescriptible et d'unique aux yeux du plus grand nombre. Et représenter à travers l'art quelque chose que personne n'a jamais su décrire, ni voir réellement, n'est pas une mince affaire. Voilà le défi que semble s'être imposé le duo suédois d'époque, l'horrible
Abruptum.
Qualifier cette musique de Black
Metal ? Et bien... oui et non, disons-le. Certes, il ne s'agit en aucun cas de ce Black
Metal au son de guitare lacérant, à la caisse claire martelée, à la basse grésillante et au growl aigu et agressif, mais plutôt d'une musique qui justement ferait pâlir ce Black
Metal. Là où certains groupes, à mon goût, ne se sont contentés que de frôler la
Mort à travers leur musique,
Abruptum l'a totalement saisie par les hanches et l'a langoureusement embrassée. Et voici le résultat : ce premier album, Obsuritatem Advoco Amplectère Me naît en 1993 sur le label du très célèbre Euronymous qui voyait en ce duo « l'essence sonore du mal ». Si je puis me permettre, je reprendrais ces propos pour décrire la musique d'
Abruptum.
L'album est divisé en deux morceaux éponymes, chacun d'une longueur de 25 minutes. Et tous les amateurs du combo sauront à quel point il est dur d'analyser cette noirceur. Car
Abruptum est bel est bien ce que j'ai entendu de plus noir, de plus glauque, malsain, nauséabond, effrayant, envoûtant, hypnotisant, fascinant. C'est une marée de folie qui va s’abattre sur vous avant de vous remuer les entrailles, pour repartir avec son butin et relancer l'assaut de plus belle.
S'ouvrant sur quelques notes dissonantes de synthétiseur, la première piste, ainsi que la deuxième, vont vous noyer à travers des guitares dissonantes et une batterie suivant avec peine et lourdeur de nombreux rythmes qui accompagneront votre descente vers le néant. Parallèlement, les toux, les plaintes, les chuchotements et murmures, les hurlements et les incantations de IT vous feront grincer des dents, tandis que l'abus de reverb résonnera indéfiniment dans votre tête. Selon le duo, les parties vocales auraient été enregistrées pendant une séance de torture.
Alternant entre les rythmes rapides et les passages lents et moribonds, la musique d'
Abruptum se révèle aussi extrêmement variée. Au milieu de ce gouffre infini, les guitares crachent leurs larsen tandis que les voix déformées par la folie frôlent la saturation et vous feront faire la plus belle arythmie de votre vie. Le violon strident s’agglutine au sommet de cette cacophonie macabre tout en laissant une place au synthétiseur offrant une ambiance de fond amplifiant très nettement le malaise ressenti, et crachant au passage quelques sons de cloches funèbres et de très basses fréquences annihilant toute forme de vie.
Quelques cliquetis étranges soutenus par une guitare dont les cordes frottées semblent se remuer dans ses entrailles, une cymbale crash frappée à la guise du détraqué IT qui se tient derrière, une agonie presque jouissive, ou encore des mélodies dissonantes chantonnées dans l'ombre vous parcourront l'intégrité de la colonne vertébrale.
Et lorsque l'agonie touche à sa fin, les dernières notes de synthétiseur retentissent encore dans votre esprit, comme le souvenir d'un holocauste démoniaque qui aurait annihilé votre simple existence.
Il est extrêmement difficile d'analyser clairement la musique d'
Abruptum car, même après des dizaines d'écoutes, elle vous surprendra toujours, vous dévoilant un nouvel aspect de la folie dont elle cache les plus horribles aspects. Le reste de la discographie du combo est également à découvrir si elle vous est inconnue, car elle fait preuve d'une immense capacité d'innovation et de créativité de la part des musiciens dans le sens de l'atmosphère dégagée et des ressentis des amateurs de musique les plus courageux...
Une horreur de toute beauté. Tout simplement.
Super chronique, merci! Je n'ai qu'une hâte, aller écouter =) tout en apréhendant un peu quand même^^
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