Oak, Ash & Thorn

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16/20
Nom du groupe Dark Forest (UK)
Nom de l'album Oak, Ash & Thorn
Type Album
Date de parution 24 Avril 2020
Style MusicalPower Metal
Membres possèdant cet album2

Tracklist

1.
 Ælfscyne
 01:25
2.
 Wayfarer's Eve
 05:24
3.
 The Midnight Folk
 05:10
4.
 Relics
 05:55
5.
 Avalon Rising
 07:15
6.
 Oak, Ash & Thorn
 11:55
7.
 The Woodlander
 04:43
8.
 Eadric's Return
 07:23
9.
 Heart of the Rose
 03:35

Durée totale : 52:45


Chronique @ Hibernatus

23 Mai 2020

une maturité pleinement aboutie

Les Anglais de Dark Forest ont déjà une longue carrière, évolutive, marquée par une production parcimonieuse et un peu en dents de scie. Les premiers opus, qui culminent avec l'excellent « Dawn of Infinity » de 2011, délivraient un NWOBHM de haute tenue. L'album suivant viendra doucher l'espoir qu'avaient pu soulever ces prometteurs débuts en amorçant un virage Power mélodique assez convenu. Passage à vide, disque de transition : en 2016, « Beyond the Veil » redressait le cap et délivrait 70 minutes de Power Prog aux accents Folk parfaitement réussies, pour ne pas dire enthousiasmantes.

Il leur faudra près de 4 ans pour lui donner un successeur, « Oak, Ash and Thorn », superbement illustré par Duncan Storr. Si la qualité des pochettes est une constante chez Dark Forest, celle de la musique nous a déjà échaudé, d'autant que « Beyond the Veil » plaçait la barre bien haut. On peut se rassurer : le format plus concis (50') de la sortie 2020 n'est pas le signe d'une inspiration qui s'essouffle, mais celui d'une maturité pleinement aboutie.

Mûrement réfléchi, l'album est construit avec toute la rigueur d'une dissertation de Science Po. Une introduction concise, arpèges médiévaux sur fond d'eau courante et de chants d'oiseaux (Ælfscyne), ouvre la voie à une première partie toute de fraîcheur, d'entrain et d'exubérance. La seconde partie voit la joie se mêler de mélancolie et de grandeur, avec les morceaux de bravoure que sont les longs Eadric's Return et surtout le somptueux éponyme Oak, Ash and Thorn. L'instrumental Heart of the Rose est la parfaite conclusion : d'abord aérienne, ensuite martelée avec vigueur, rehaussée d'un break acoustique et ornée de belles parties solo, des touches de clavier lui confèrent une profondeur symphonique du meilleur goût.

Un premier trait va frapper l'auditeur : l'omniprésence du matériau celtico-médiéval. Ce n'est certes pas une surprise chez Dark Forest, qui a usé de cet épice dès ses premiers albums. Les éléments folkloriques sont en parfaite congruence avec l'inspiration des compositeurs, les deux guitaristes et le chanteur : la nature, la magie, les légendes et l'histoire mythifiée. En cela, Dark Forest est dans la continuité d'une certaine tradition anglaise de Metal médiéval, illustrée par Skyclad et Wytch Hazel, mais qui remonte à loin : songeons au Rainbow de 16th Century Greensleeves ou à des groupes précurseurs des années 60, comme High Tide. On réfutera cependant le qualificatif trop réducteur de Folk Metal. On reste bien ancré dans le Heavy-Power que vivifient ces éléments traditionnels.

Seconde caractéristique marquante de l'album : la basse est inexistante. Personne n'est crédité de la quatre cordes et le bassiste Paul Thompson avait quitté le groupe plusieurs mois avant l'enregistrement. La section rythmique n'en est pas pour autant appauvrie car les deux guitaristes Christian Horton et Pat Jenkins (ils alternent les rythm et lead guitars) rivalisent d'énergie et d'à-propos dans le riffing. Surtout, on bénéficie de la louable performance du batteur Adam Sidaway, qui sait jouer de toutes les notes de ses fûts pour un jeu inventif et varié sans pour autant négliger l'intensité de la frappe. On est loin des prestations souvent stéréotypées de la batterie typée Power.

En dehors de Oak, Ash and Thorn, et dans uns moindre mesure, d'Avalon Rising, l'album est moins progressif que son prédécesseur. Ce qui ne veut pas dire que les compos soient simples. Sur un tempo de base généralement rapide abondent les ruptures et changements de rythmes, les breaks en arpèges, les variations de lignes vocales. Les passages instrumentaux sont longs et abondants et on se régale des leads inspirés, en parfaite harmonie, de Horton et Jenkins : inutile de citer des titres particuliers, ils occupent tout l'album. Et à l'image du disque tout entier, chaque morceau possède peu ou prou une introduction et une conclusion propres à les mettre en valeur.

Il y a un peu d'Avantasia dans cet opus (Wayfarer's Eve) ; certaines similitudes avec leurs collègues de label et par ailleurs amis d'Atlantean Kodex ne sont pas à exclure (Eadric's Return) ; malgré son tempo bien plus enlevé, je n'arrive pas à m'empêcher de trouver une petite parenté entre The Woodlander et le Man of the Silver Mountain de Rainbow.

On a parfois reproché à Dark Forest une trop grande proximité avec la musique d'Iron Maiden, accentuée par le timbre assez Dickinsonien du chanteur Josh Winnard. La critique porte assurément sur le mélodieux (et non moins excellent) Relics, au mid tempo inhabituel dans cet album. Un peu, aussi sur The Midnight Folk avec ses Who ho ho ; pourtant, ici, on a des riffs et des intonations qui rappellent plus la musique de Wytch Hazel et le chant de Colin Hendra. La voix de ce dernier résonne encore plus franchement dans Wayfarer's Eve et Avalon Rising : une influence musicale sans doute pas tout à fait fortuite, Josh Winnard ayant été guitariste de Wytch Hazel avant de devenir le frontman de Dark Forest.

Winnard a réalisé d'énormes progrès depuis ses débuts laborieux dans le groupe. Sa voix chaleureuse, pleinement assurée sur toute l'étendue de son registre, porte des lignes vocales aussi convaincantes que convaincues. Il est troublant sur la très esthétique intro a capela de Oak, Ash and Thorn, majestueuse et incantatoire ; et un peu plus loin sur le même titre, il est magnifique en chantant, tout de rondeur et d'emphase, les vers du poème de Kipling qui a donné son nom au morceau et au disque.

Belle réussite, donc, que ce 5e album de la formation du Black Country. On ne cachera pas toutefois que l'aspect positif, optimiste et essentiellement joyeux de la musique de « Oak, Ash and Thorn » est quelque peu trompeur : la légèreté du propos n'est qu'apparente. Si je l'avais trouvé simplement sympa à la première écoute, la 20e m'en révélait encore des facettes insoupçonnées. La bête se mérite et impose quelques efforts de la part de l'auditeur, histoire d'apprécier l'étendue du travail créatif des musiciens. Leur sortie mérite une mention « très honorable » et fait espérer un délai d'attente beaucoup moins long pour le prochain full length de Dark Forest.

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