Moins d'un an à peine suite à un prometteur EP éponyme, et voici que ressurgit de l'ombre le jeune et talentueux sextet américain, plus déterminé que jamais à en découdre avec la féroce concurrence continuant à agiter ce registre metal depuis plus de deux décennies déjà. Et ce, à l'instar de leur tout premier album full length «
Nocturnal Resurrection », généreuse et troublante livraison de 44 minutes parue chez
Mausoleum Records. Ainsi retrouve-t-on impliquée dans ce nouveau projet la bande californienne au grand complet, à savoir : Heather Michele Smith (soprano au grain de voix proche de celui de Julia Flansburg (
Angelical Tears) et growleuse) ; Roman Anderson (batterie) ;
Valerie Hudak (claviers) ; Matt Mitchell (guitares) ; Benjamin Armstrong (basse), sans oublier William Lloyd Walker (guitares), fondateur du groupe né en
2012.
Une progression qui n'est nullement synonyme de changement de cap mais plutôt de graduelle évolution, les natifs de
Sacramento continuant à oeuvrer dans un metal symphonique gothique aux relents dark et prog, doublé de légers remaniements, nous faisant ainsi voyager entre
Nightwish (première mouture),
Delain,
Angelical Tears,
Draconian,
Tristania et
Moonspell. De plus, les 8 pistes de cet opus incluent les cinq titres remastérisés de son aîné, signe que le groupe est loin d'avoir tourné le dos à son passé. Si seuls trois d'entre eux sont inédits, par souci de cohérence stylistique, ces passages reprennent tous trois la même recette technique et atmosphérique que les cinq morceaux introductifs. Simplement, la qualité des enregistrements, tout comme celle des enchaînements, s'est élevée d'un cran, le combo américain ne concédant plus que peu de notes résiduelles. On aura également apprécié une belle profondeur de champ acoustique et un mixage parfaitement ajusté entre lignes de chant et instrumentation signé Emil Nödtveidt. Que nous réserve alors cette galette ?
Sur la majeure partie de l'oeuvre, investie sur le schéma vocal du type « la belle et la bête », assuré par Heather elle-même, la rythmique se fait vivace et bien souvent retient le pavillon. Dans cette mouvance, et en guise de rappel du précédent méfait, on ne passera pas outre « Lycan
Lust » et «
Blood and Fire » pour leurs refrains catchy mis en habits de lumière par les aériennes inflexions de la belle. A mi-chemin entre
Tristania et
Delain, ces saignantes offrandes aux riffs acérés se dotent de growls glaçants au moment précis où les éléments se déchaînent. Enfin, si la ligne mélodique de «
Exhumed » s'avère moins propice à la captation de nos sens, ce titre d'inspiration gothique dans le sillage de
Draconian ne magnétise pas moins le tympan par ses notes orientalisantes sur les couplets. Enjolivé par les médiums de la sirène, ce moment fort en contrastes vocaux octroie parallèlement des growls inquiétants. Et l'on se prend au jeu...
Nos acolytes ont aussi conféré une progressivité à leur schéma rythmique, avec de sémillants passages à la clé. « In the
Road of
Desire », dans la veine de
Forever Slave dans ses harmonies et son empreinte vocale, en est une première illustration. Les refrains explosent de leur saveur mélodique suivant une rythmique enjouée. Apparaît un break aux beaux arpèges au piano et où les ondulations délicates d'Heather font mouche. Si la reprise s'opère par une lead guitare fougueuse, notamment sur un solo endiablé qu'étreignent des grunts dictatoriaux, c'est encore à la belle, par ses délicates modulations, de clôturer la piste.
Plus sanglant et doté d'un venimeux serpent synthétique et de gimmicks guitaristiques qui lentement s'embrasent, « Namesake », quant à lui, nous aspire dans un champ de turbulences duquel il s'avère difficile de s'extraire sans meurtrissures du pavillon. Pour notre plus grand plaisir...
Lorsqu'il ralentit un poil la cadence, le collectif étasunien nous aspire tout autant, disséminant également de saisissants arpèges. Il le prouve à l'image du tubesque « Fading », doté de refrains immersifs à souhait. Tout comme sur l'énigmatique et troublant « Blink », on aurait souhaité voir la belle s'exprimer uniquement de son timbre limpide et chatoyant, les grunts n'ajoutant rien au sel du propos. Quant aux arrangements nightwishiens, ils sont de bonne facture et on se surprend à remettre le couvert. Et comment résister au torrent de saveurs exquises transpirant par tous les pores de l'entraînant et ''delainien'' «
Winters Come tom Call » ? Un petit pont mélodique vient tamiser l'ambiance, s'inscrivant opportunément dans la trame d'une piste aux allures d'un hit en puissance.
Dans la continuité de son prédécesseur, ce manifeste marque tout autant les esprits par sa capacité à mêler de savoureuses mélodies à une atmosphère plurielle, sans occulter de prégnants mais non envahissants passages technicistes. En outre, bien rares sont les moments de flottement et les petits défauts de production de l'introductif effort ont fait place à une œuvre soignée mais non aseptisée. Cependant, pourtant bien inspirés, nos six gladiateurs n'ont concédé aucune prise de risque et l'originalité tant attendue manque encore à l'appel. De plus, le recours systématique aux grunts est une pratique qui, à la longue, peut lasser l'auditeur non averti. Aussi, un panachage de l'offre vocale (duos féminins et/ou mixtes, choeurs...) aurait-il permis d'éviter cet écueil.
Quoiqu'il en soit, tant par son éclectisme que par son dynamisme, cet album pourra sans mal combler les attentes d'un public en phase avec le genre. Bref, le potentiel artistique et technique est là et ne demande qu'à être valorisé pour envisager de voir un jour le collectif voler la vedette à ses homologues générationnels, voire partager l'affiche avec les cadors du genre. Il se pourrait d'ailleurs que l'exigeant sextet californien ne soit qu'au début d'une aventure au long cours. Du moins, on ne peut que le leur souhaiter...
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