NON

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Nom du groupe The Amenta
Nom de l'album NON
Type Album
Date de parution 20 Octobre 2008
Style MusicalDeath Industriel
Membres possèdant cet album47

Tracklist

1. On
2. Junky
3. Vermin
4. Entropy
5. Slave
6. Whore
7. Spine
8. Skin
9. Dirt
10. Atrophy
11. Cancer
12. Rape

Chronique @ Eternalis

02 Fevrier 2011

une masse informe évoluant entre death, indus, black et electro des plus noirs et bruitistes, profondément minimaliste

La destruction de l’âme par le média ; corruption intellectuelle par le visuel ; anéantissement de la pensée individuelle par le parti…la société nous ronge chaque jour un peu plus de notre libre arbitre et de notre propension à penser indépendamment et NON sous le joug d’une idéologie à laquelle on se dit adhérer pour cacher un manque d’autonomie cérébral.
Cette capacité volontaire à autodétruire son propre inconscient personnel…cette peur abstraite de la solitude, de la différence…cette volonté âpre de repousser l’unicité pour se confondre dans une masse béante et rassurante, se cacher dans une uniformité bienfaisante et tranquille.

Tout ceci est notre monde…tout ceci fit l’objet d’un concept répondant au doux patronyme de "NON".

Quel univers musical plus approprié qu’une masse informe évoluant entre death, indus, black et electro des plus noirs et bruitistes, profondément minimaliste et se galvanisant du plus violent de ces différents mondes ? The Amenta donna vie à ce monstre sonore ignoble et expérimental, que personne n’attendait et qui choque autant qu’il déstabilise les aprioris…et si tout n’avait pas été déjà créé ?
Présentant un concept infiniment nihiliste et anarchiste, The Amenta se divulge sous la forme d’un terrorisme intellectuel symbolisé en premier lieu par un artwork mettant en scène des terroristes ayant pris en otages des écrans de télévisions fantomatiques. Chimériques à l’instar des musiciens, dont les noms ne seront pas mentionnés dans un livret minimaliste aux couleurs à la froideur exultée d’un Matrix désormais culte.

Minimaliste mais dans le même temps d’une complexité rare, The Amenta abreuve l’auditeur d’une musique sale et glauque, où quelques références de Strapping Young Lad, Ministry ou Fear Factory pourront remonter légèrement aux oreilles de l’auditeur sans pour autant les agresser. Car ce que l’on entend sur une composition comme "Slave", et son introduction ignoble "Entropy" (capharnaüm sonore, bruitiste et malsain, fait de diverses sonorités industriels et évoquant le Nine Inch Nails à ses heures les plus torturées, entre percussions électroniques et vocaux déchirés de haine), c’est une haine pure, viscérale ; couplée à une sensation de peur s’emparant de nous. Un blast supersonique, très synthétique, tranchant, littéralement acéré même, nous accueille avec des vocaux lointains, susurrés, passés dans un vocodeur afin de leur offrir une connotation plus inhumaine que jamais. Nergal, méconnaissable, intervient dans cet uppercut sombre et presque épique, brutal mais parfois atmosphérique, comme s’il n’agissait déjà plus mais se résignait à observer ce troupeau grouillant et déjà perdu.

Là où "Whore" et "Junky" exploiteront des atmosphères plus directes et simplistes, "Spine" par exemple affole par sa complexité technique et cette sensation oppressante de schizophrénie, marqué par des pauses souvent minimes, des accélérations de quelques secondes, des hurlements plus marqués dans une ligne vocale déjà particulièrement ignoble et dégueulasse. Le chant, n’ayant ici plus rien d’humain, devient métaphore d’une détresse humaine et d’une haine envers ce que l’humanité a fait de sa race. Il n’y a plus qu’ici que déclamation de nihilisme et de violence, sans sommation et sans retenu, à l’instar d’un être omniscient vomissant sa haine sur un monde répugnant.
"Skin", quand à elle, marque une pause dans l’évolution narrative de l’album. Les guitares disparaissent, une voix féminine déclame une narration prenant la forme d’un constat de fin du monde, d’un couperêt définitivement tombé, sous un fond musical entre ambiant et industriel pur, comme si les expérimentations de The End rencontraient la terreur mélancolique d’Aphex Twin.
Tout ceci introduit un "Dirt" déjà différent…plus lent, encore plus sombre et apocalyptique. Les blasts rapides et les riffs death disparaissent au profit d’une atmosphère chargé de mort et de puanteur, d’éléments indus étouffants et glauques. Le pont, particulièrement violent, met en scène une batterie jouant seule avec les samples, avant qu’un bloc monolithique de riffs meurtriers et suffocants ne viennent assaillir l’auditeur de toutes parts.

"Atrophy", dans la ligne logique d’"Entropy", froide et chaotique, intermède bruitiste, prépare magnifiquement un "Rape" à la violence inouïe, particulièrement dans le fond (plus que la forme), une violence sourde et complètement anarchique, à l’instar d’une bombe explosant littéralement dans notre crane à la manière d’un Red Harvest. Une rapidité d’exécution impressionnante accompagne des vocaux hurlés comme jamais, des riffs brutaux et secs mais surtout des arrangements plus massifs et imposants encore que précédemment, enveloppant complètement l’auditeur, le plongeant dans un chaos total, tout comme ces blasts intenses surgissant de nulle part au milieu de hurlements sourds. Puis le silence…quelques instants…avant le spectacle…ce paysage détruit, maudit, malade et rongé dorénavant mort, qui n’aura plus à ramper pour survivre. La seconde partie de cette composition de sept minutes se veut contemplative, narrative et NON plus active…comme si après cette débauche de brutalité, il n’y avait plus rien à dire…si ce n’est contempler l’étendue des dégâts…nos propres dégâts…une force d’évocation presque atmosphérique que n’aurait pas renié Devin Townsend dans le Strapping Young Lad éponyme, tout aussi bordélique que "NON".

The Amenta n’est pas un messie…mais son art déploie des émotions si intenses, d’une manière si originale qu’il bouleverse les règles établies dans une scène extrême probablement tout aussi sclérosée actuellement que la société critiquée. Les australiens choquent et osent, et, loin de se cacher derrière des visages ou des noms, préfèrent l’aNONymat au profit de l’unique art musical. Les musiciens ne sont plus, ils deviennent parties intégrantes d’une élaboration musicale complexe et avant-gardiste, la chair même du projet…se nourrissant de la pourriture du monde pour donner vie à la magnificence pourriture de notre société…miroir et reflet de notre propre existence.

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Silent_Flight - 03 Fevrier 2011: J'ai voulu l'acheter, et puis NON. (pffffffffrt...)
Vrael - 03 Fevrier 2011: La vache, ça a vraiment l'air bien... je viens de me faire le bébé de Tryptikon, j'ai adoré, et vu ce que tu dis de NON je vais pouvoir enchaîner l'industriel bien glauque. On verra quand j'aurai écouté, d'ici là encore bien joué et merci pour la découverte ;)
Arthrospira - 04 Fevrier 2011: Excellente chronique pour un excellent album ! Ca faisait longtemps que j'attendais un groupe comme ça.
zarkhan - 05 Fevrier 2011: Excellente chronique. Je me le suis réécouté il y a peu et cet album est bien mieux passé qu'auparavant. J'avais été déçu lors de sa sortie car son côté monolithique et "déstructuré" m'avait lassé assez vite. Disons que ce disque réclame une humeur particulière pour pleinement apprécier ses ambiances crasseuses, martiales et cette amertume qui plane tout au long des morceaux. Au final, un bon album très bien exécuté (le batteur est excellent) qui mérite largement que l'on s'y attarde, même si pour ma part je lui préfère nettement Occasus (putain le morceau d'ouverture !). Red Harvest est également un groupe à ne pas rater dont les albums Sick Transit Gloria Mundi et Internal Punishment Programs sont tout bonnement géniaux !
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Chronique @ eulmatt

08 Janvier 2009
The Amenta, jusqu’en 2008, c’était avant tout un nom associé à une image assez marquée. Auteur d’un premier album volontaire et plutôt en marge, le groupe a su construire un concept. La nationalité australienne qui va bien dès qu’il s’agit d’être un peu barré, le goût proNONcé pour un metal extrême confinant à l’indus, le tout au service d’une démarche artistique entièrement dédiée à une misanthropie froide et inorganique.
Il fallait bien que nos amis transforment l’essai, et on a bien senti au travers de la promotion de NON, ce second album sous la houlette du label Listenable, que les ambitions sont là.

Le concept est donc poussé à fond. NON se veut un condensé de la négation humaine, un brûlot de douze titres aux noms évocateurs, mots uniques posés là comme une litanie de souffrance. L’artwork du disque met parfaitement en relief la teneur de son contenu, genre combo terroriste du metal. Les lyrics concordent avec le discours du groupe, bref, tout semble réuni pour submerger l’auditeur d’une vague misanthrope décharnée et rédhibitoire. On découvre même une liste respectable de guests, parmi lesquels Jason Mendonca (on devine ici un lien commun avec The Berzeker), ou plus surprenant, le redoutable Nergal. Ceci dit, l’apparition de ces invités reste plus prégnante dans le livret qu’à l’écoute du disque lui-même, il faut bien le dire.

Arrive la musique, servie sur un plateau par une introduction où les samples anNONcent sans vergogne la teneur hautement industrielle du disque. Et là, les écoutes successives n’y font rien, le constat est amer. On se heurte trop souvent à un mur, matérialisé d’abord par une batterie insipide se bornant à du mitraillage saccadé, et dont on se met à douter d’une présence humaine derrière les fûts, tant le rendu est synthétique. Certes c’est de l’indus, donc on ne va pas s’effaroucher pour si peu. Le problème, c’est que niveau guitare, on n’est pas mieux loti: les riffs n’en sont guère, on doit se contenter d’un jeu à deux ou trois notes, simplement agrémenté de quelques harmoniques et de lacérations stridentes. On saisit vite que l’ossature des compositions est avant tout rythmique, et que l’utilisation régulière de claviers et de samples est fondamentale dans la construction des morceaux. Le fil se reconstitue autour du chant, agressif sans être impressionnant, et conduisant lui aussi à une lassitude rapide. Régulièrement des transitions inspirés d’électro/ambiant viennent faire office de respirations, plutôt cohérentes avec le fil du disque, mais sans vraiment parvenir à casser une certaine linéarité.

Le tableau que je dépeins ici n’est pas reluisant, j’en conviens. Après tout, il n’est pas forcément opportun de juger l’approche artistique de The Amenta en zoomant trop en détail à l’échelle de la composition. Dans ces sphères industrielles assez brutales, on gagne sans doute à considérer le disque dans son ensemble, pour rechercher un côté immersif et introspectif. L’idée d’une misanthropie destructrice y trouve sans doute mieux sa signification. Mais là encore, même sous cet angle, NON n’est pas complètement convaincant. Pour ma part je dois attendre le quatrième morceau, Entropy, pour connaître enfin la sensation de pénétrer au coeur de l’univers des Australiens. Cette courte instrumentale, angoissante et paroxystique par son final inspiré de techno hardcore, aurait mérité d’être poussée plus loin...mais les trois morceaux suivants parviennent toutefois à se laisser plus facilement apprivoiser. Slave, notamment, présente sans doute le meilleur équilibre, entre une approche brutale maîtrisée et convaincante (la rythmique décollant en puissance grâce à sa bonne coordination avec des riffs plus massifs), et des passages ambiants prenants: le résultat prend soudain du relief, de la profondeur, et on sent enfin passer le courant entre l’artiste et l’auditeur, saisi par le désespoir et la haine de ce monde décharné.

Hélas, la diffusion de l’essence de NON reste trop précaire, et la majeure partie du temps le disque conserve son visage hermétique. On peut même parler de frustration, avec une question de base qui reste sans réponse: est-ce moi qui n’arrive pas à saisir le sens artistique du disque, ou bien est-ce The Amenta qui a finalement navigué à vue et qui s’est heurté lui-même à l’ambition de son concept ? J’ai suffisamment cherché et insisté pour pencher vers la seconde réponse, m’étant convaincu que ce disque n’a pas grand chose à offrir derrière sa façade indus / ambiant / death aride et hermétique. Mais il y a là une grande place de subjectivité qui pourra diviser les amateurs du genre.

En conclusion, ayons au moins l’honnêteté de reconnaître aux australiens une certaine cohérence entre les intentions et le résultat : NON est bien un accès colérique et haineux d’indus flirtant avec le death, parsemé de dark ambiant, proprement exempt de tout sentiment positif et de poésie...mais ce déluge un peu impersonnel ne parvient pas à révéler suffisamment de relief pour soulever l’enthousiasme à son écoute.
Avec toutes les réserves que l’on doit porter sur ce type de comparaison, on peut avancer qu’avec NON, The Amenta manque son pari et reste loin derrière loin un Red Harvest, qui sous une forme différente, parvient depuis des années à évoquer avec brio un monde apocalyptique, lunaire et misanthrope, en jouant la carte de l’indus.

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Eternalis - 08 Janvier 2009: Splendide chronique qui me surprend un peu car j'avais écouté "Slave" sur un sampler et je m'étais pris une telle baffe que j'avais voulu acheter ce disque sur le chant.

Finalement, à cause d'achats annexes, je ne me le suis pas procuré mais il fait partie de ma liste d'avenir, mais tu me fais douter maintenant...je m'attendais réellement à un chef d'œuvre...
eulmatt - 08 Janvier 2009: Attention je dis dans ma chro que ce genre d'oeuvre peut générer des réactions très diverses: elle a un côté abstrait, et le ressenti a beaucoup de subjectif.
Malgré de nombreuses écoutes, je ne suis pas parvenu à rentrer dedans, mais je me doute que ce disque parle à d'autres.

Par contre, je trouve effectivemment que Slave est le meilleur morceau du disque...
Eternalis - 10 Janvier 2009: Dommage que le morceau promo soit le meilleur...
bfg666 - 27 Avril 2010: [quote]NON est bien un accès colérique et haineux d’indus flirtant avec le death[/quote]
Tiens, c'est marrant, j'aurais dit le contraire : c'est plutôt du gros death qui tache flirtant avec l'indus ! Saoûlant au début, avec sa boîte à rythmes constamment hystérique (du genre "TV2" de Ministry, le décalage ironique en moins), l'album s'améliore dans sa deuxième moitié, moins étouffante...
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