Si nous voulions aujourd’hui tenter de définir avec précision les contours de la créativité des Danois de
Manticora, l’exercice nous obligerait sans aucun doute à échafauder, en une construction écrite absconse, un texte dans laquelle des groupes comme
Blind Guardian,
Iced Earth, Nevermore,
Symphorce ou
Persuader auraient inévitablement une place prégnante dès lors qu’il faudrait y définir les influence du quartet. Une démonstration dans laquelle, de surcroît, des qualificatifs tels que Heavy Speed
Metal Progressif, Thrash
Metal, Death
Metal et même Black
Metal seraient forcément également de mise quand il s’agirait de parler du style défendu par nos hommes. Un pamphlet qui, à vrai dire, malgré tout le talent de celui qui prendrait le risque de le composer, et, personnellement, loin de moi l’idée de m’y coller, ne rendrait sans doute jamais véritablement honneur à la maestria et à l’inventivité d’un groupe aussi débridé et ingénieux.
Mycelium, dixième véritable album de Lars F. Larsen et de ses comparses, qui sort en cette année 2024 chez Mighty Music est une illustration parfaite de cette inventivité bouillonnante. Au-delà d’un préambule instrumental, la fougue ébouriffante avec laquelle ces quatre-là y assènent leur musique est juste ahurissante (les frénétiques et excellents
Necropolitans, Demonday avec leurs passages aux voix Black/Death et aux rythmes blastés, le remarquable et virulent
Golem Sapiens ou encore, par exemple, le somptueux
Beast of the Fall).
Sans relâche, implacablement, vous prenant à la gorge et vous plongeant dans un chaos et une violence divine, ces musiciens ne vous laissent aucun répit. Et lorsqu'ils consentent enfin à vous laisser reprendre vos esprits en une bouffée salutaire, seul vous étreint cette entêtante obsession qui vous pousse à reprendre la mer avec eux encore. Et encore. Et encore.
Enfin du moins pour ceux qui, comme votre humble serviteur, aiment ce genre de voyage en apné intense et agressif.
Pas sûr, en effet, que pour le quidam peu habitué, les eaux relativement calmes des instrumentaux
Winter Solstice et
Equinox, ainsi que celles de la
Power ballade
Angel of the Spring que Hansi Kursch et ses acolytes n’auraient sans doute pas renié, suffisent au cœur d’une tempête aussi déchaînées.
En tout état de cause, indéniablement, la musique de
Manticora est une musique riche dans laquelle il faudra s’immerger avant d’en découvrir toutes les subtilités. Et tout comme certains des autres tableaux composant l'œuvre de cette équipage,
Mycelium nécessitera plusieurs écoutes avant de révéler tous ces trésors. Pour peu, bien évidemment, que l’auditeur consente à ce sacrifice qui n’en est pas vraiment un. Ce qui, soit dit en passant, dans un monde où l’immédiateté apparaît comme la religion dominante, ne sera pas une mince affaire.
Afin d’être le plus exhaustif possible concernant ce nouvel opus, n’oublions pas de parler de ces parties batterie pour signaler qu’elles ont été entièrement programmées puisque Lawrence Dinamarca a visiblement quitté le navire. Si autrefois le procédé pouvait être embarrassant tant les machines peinaient, loin s’en faut, à retranscrire un minimum l’aspect organique du jeu et la nuance propre à un véritable être humain, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui les progrès de la technologie étant ce qu’ils sont.
Mycelium, dixième véritable album de
Manticora, est une œuvre sombre, agitée et maîtrisée de bout en bout. Un périple qui ne vous laissera pas indemne en somme.
Oeuvre maitrisée de bout en bout!!! Sans commentaires...
Merci pour ton analyse j'aime beaucoup ce groupe depuis des années et les danois n'ont jamais sorti deux albums identiques et ce petit dernier est un peu plus extrême que le précédent. Les guitares semblent sonner plus modernes également non ? La batterie bastonne sévère aussi, au final c'est un bon cru .La note de 16/20 me semble justifiée.
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