Melancholia

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Nom du groupe Blessed In Sin
Nom de l'album Melancholia
Type Album
Date de parution Octobre 2000
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album23

Tracklist

1.
 Under the Veil of Isis
 07:18
2.
 Rememberances
 05:51
3.
 Erzebeth
 04:20
4.
 De Profundis Tristitia
 06:06
5.
 Melancholia
 06:16
6.
 Princesse
 05:36
7.
 Wisdom
 03:08

Durée totale : 38:35

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Blessed In Sin


Chronique @ adrien86fr

09 Août 2011

Oeuvre remarquable de mysticisme noir et de mélancolisme

Nuit du 8 au 9 juin 1996, cimetière central de Toulon dans le Var, région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Quatre individus âgés de 18 à 20 ans saccagent la sépulture d’une femme décédée vingt ans plus tôt, l’exhument de son tombeau avant de planter un crucifix cime contre terre dans le cœur du cadavre diaphane et d’en fracasser le crâne. Macabre et surréaliste fait divers d’une réalité ayant dépassé la fiction dont la sinistre origine ne peut qu’émaner de la folie des activistes de l’underground black metal local…

Blessed in Sin voit le jour en 1993 à Toulon autour des frères de sang Overlord Nasty Metatheos et Black Christ, respectivement vocaliste et guitariste de leur état et anciens membres du groupe de death metal provençal Bloody Ritual. Inspiré entre autres tant par la scène hellénique alors au sommet de son art (Rotting Christ, Thou Art Lord, Necromantia, Varathron, Legion Of Doom, Sadistic Noise…) que par la NWOBHM et plus précisément Iron Maiden, le black metal de Blessed in Sin se veut être mélodique et mélancolique, rappelant certes les légendes immuables cités plus haut mais néanmoins marqué d’une personnalité propre et d’une aura charismatique certaine enfantée probablement par la réputation sulfureuse que traîne le combo par la force des choses. Suite à la parution de sept démos parmi lesquelles les mythiques « For the Dark Victory » (1994), « A Tribute to Euronymous » (1995) et « Odes Obscures » (1996) et après un hiatus inévitable une fois certains comptes rendus à la Justice, Blessed in Sin revient plus fort que jamais et sort en octobre 2000 un premier album intitulé « Melancholia » sur l’éphémère label parisien A.M.I. Productions.

Nul doute qu’il faille de la patience, de la détermination et un cochon de porcelaine relativement fourni pour acquérir ce premier opus de Blessed in Sin ; Béni dans le Pêché dans la langue du Marquis de Sade ; tant le disque est devenu rare et quasiment introuvable aujourd’hui dans sa version d’origine. Dès lors, son acquisition revêt indubitablement un caractère particulier transpirant d’authenticité et provoque inexplicablement la sensation de posséder un objet d’exception à la candeur mystique et sibylline, porteur d’une véritable âme dont la grandeur n’aurait d’égal que l’Histoire dont il est le témoin privilégié et légitime. En cela, comment ne pas rentrer avec une fascination sans limites dans le black metal mélodique orchestré par le combo varois à mesure que résonnent les premiers riffs de l’introductif « Under the Veil of Isis », mise en bouche divine permettant à l’auditeur de faire connaissance avec l’identité musicale reconnaissable entre mille de Blessed in Sin. Riffs heavy incisifs empreints d’un mélodisme ravageur, nappes de synthés utilisées parcimonieusement, rythmique tellurique, vocaux charismatiques et vindicatifs à souhait ; « Under the Veil of Isis » sonne indubitablement telle une ode à la victoire ultime et absolue d’un combo dont les nombreux détracteurs croyaient à tort l’existence défunte sans se douter que dans l’épreuve et la solitude naissent et s’épanouissent la force et l’inspiration d’une individualité libre et intelligente. Caractérisée par des identités en apparence ambivalentes mais finalement et essentiellement complémentaires, la personnalité musicale et conceptuelle de « Melancholia » se veut être en effet le reflet sincère et authentique des heures sombres vécues par le combo suite à la funeste affaire dont il ne parviendra sans doute jamais à se départir aux yeux des mortels.

Ainsi et garant d’une pluridimensionnalité émotionnelle synonyme d’une certaine richesse et d’une pertinence artistique accrue, le tempérament général du disque se partage emphatiquement entre rage et désespoir, fureur et mélancolie ; sentiments qui subliment au final le charisme et la portée irrationnelle des sept morceaux qui constituent ce premier effort initiatique. A ce titre, relevons les excellentes « Remembrances », « De Profundis Tristitia » et autres « Melancholia » qui parviennent allègrement à mettre en scène des émotions propres à des expériences personnelles difficiles telles que la perte d’un être cher ou la désolation provoquée par l’isolement carcéral notamment, tout en expriment avec véhémence le courage et la force de subir tout en se rattachant vitalement à des jours futurs qui se lèveront sans doute sous des cieux plus cléments. Symbole de la magnificence musicale de « Melancholia », soulignons entre autres la beauté cristalline des brefs mais intenses passages atmosphériques de la céleste « Remembrances » ainsi que la remarquable interprétation lyrique du talent d’écriture du vocaliste Overlord Nasty Metatheos sur le titre éponyme de l’opus. Illustrant la culture et les centres d’intérêts nourrissant l’imaginaire et l’inspiration créatrice de ses géniteurs depuis ses débuts, Blessed in Sin rend ultimement hommage à la folie et aux convictions spirituelles de la comtesse hongroise Bathory qui au XVIème siècle se délectait de bains de sang de jeunes vierges afin de garder la jeunesse éternelle et d’une sorcière anonyme victime de l’Inquisition des hommes de croix à travers les inspirées et non moins efficaces « Erzebeth » et « Princesse », mettant une fois de plus en exergue la dimension mystique du combo et plus rationnellement le sens inné et divin du riff du guitariste Black Christ.

Œuvre initiale et authentique d’un groupe culte dont le caractère de légende s’impose de lui-même, expression artistique et culturelle inspirée d’obédience autobiographique ; le cabalistique « Melancholia » de Blessed in Sin fait indubitablement partie de ces créations musicales immuables empreintes d’une âme authentique dont la découverte et l’investissement des auditeurs les plus téméraires se muent en un voyage sans véritable retour dans l’univers idéaliste du groupe et des codes et valeurs qui lui sont propres. Suscitant autant le mépris que la dévotion des initiés, Blessed in Sin fait incontestablement partie de ces rares groupes qui auront marqué à jamais le véritable underground black metal hexagonal. Un disque s’avérant être sans nul doute une pierre angulaire de ce dernier, à placer sans hésitation aux côtés d’un « Dor-Nu-Fauglith » d’Osculum Infame ou d’un « Vampires of Black Imperial Blood » de Mütiilation.

2 Commentaires

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Scoss - 11 Août 2011: Je croyais pourtant que Blessed In Sin était un groupe crade et malsain et non mélodique et mélancolique comme tu le décris.
Pour le reste encore une superbe chronique.
MikeSlave - 14 Octobre 2012: beau papier qui me ferait presque oublier que ce groupe m'a toujours paru sur-côté.
Enfin je connais ta passion pour les pères fondateurs de la scène française et ton papier l'exprime parfaitement.
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