Bon, je l’avoue, j’avais un peu perdu de vue
Acherontas après la sortie d’
Amarta, album certes solide, mais trop classique et se fondant dans la masse des très nombreux groupes du genre, montrant un combo qui, malgré des compos bonnes et parfaitement exécutées, était indubitablement en perte d’identité. Les deux albums précédents, sortis sur
Agonia Records, étant complètement passés sous mes radars, c’est donc après une pause de cinq ans que je me repenche sur le combo grec. Et autant dire que ces retrouvailles font sacrément plaisir, moi qui ne m’attendais pas forcément à grand-chose d’un groupe qui ne m’avait pas vraiment fait vibrer depuis leur Amenti de 2013.
Malocchio: The Seven Tongues of Δαημων est donc – déjà ! – le neuvième album d’
Acherontas qui, pour l’occasion, refond son patronyme dans sa langue d’origine (ΑΧΕΡΟΝΤΑΣ), semblant ainsi annoncer le début d’une nouvelle période créative. Disons le tout de suite, ces 42 minutes n’ont rien de très originales, évoluant dans les traces balisées d’un black orthodoxe sombre et rampant, ceci dit, difficile de nier que l’ensemble est d’excellente facture et sonne parfaitement inspiré, avec un très bon riffing et une ambiance mystique et ésotérique extrêmement présente.
D’entrée,
Lucifer – Breath of
Fire nous colle une grosse baffe, morceau rapide et d’une intensité impitoyable qui nous assomme sous un déluge de blasts lourds et dont le riffing acéré, hérissé d’harmonies vénéneuses et complexes, nous marque les chairs au fer rouge. Le morceau alterne intelligemment explosions de colère grondante et longs passages lents, calmes et ritualistes, étalant d’emblée une large palette sonore qui vient nourrir un art black metal possédé et majestueux.
Cette richesse passe tant par la variété des rythmes – écoutez voir le jeu de batterie fouillé et syncopé de
Leviathan - The Fervent Scales in
Reverence - que par le chant du maître de cérémonie, grave et articulé, qui s’écartèle entre déclamations tantôt religieuses, tantôt théâtrales (le début de l’excellent
Belial - The Enn of Beliya’al, où V.P.
Sorcerer semble dans un état de transe), grognements et hurlements bestiaux ainsi que quelques chœurs liturgiques. De même, on retrouve avec plaisir ces notes lumineuses, véritable marque de fabrique du groupe, étincelles mélodiques qui irradient les ténèbres, tourbillonnant en une pluie incandescente qui nous enveloppe et vient révéler la profondeur et la noirceur du gouffre qui s’étend à nos pieds… ou s’élève au-dessus de nos têtes (la fin de
Lucifer- Breath of
Fire, l’intro majestueuse et angoissante de
Belial - The Enn of Beliya’al avec ces notes aussi belles qu’acides, le solo de fin de
Satan -
Exaltation of
Unbeing).
Comme on l’a dit, ces sept nouveaux titres alternent les rythmes, passant d’un metal lent, sinueux, sombre et cérémoniel assez proche d’un
Mayhem ou du dernier
Ofermod, à des fulgurances incandescentes qui rappellent volontiers
Nightbringer, en plus lourd et moins rapide néanmoins. Quoi qu’il en soit, il se dégage de ces sept titres une spiritualité palpable, à l’instar de mille brasiers allumés par ces myriades de notes mystiques qui se tordent et se consument et des fumées épaisses de l’encens qui s’envolent vers la voûte de ces temples sombres et millénaires : le magnifique
Hecate - Queen of the
Crossroads où l’on retrouve la magie de l’
Acherontas des débuts, est l’acme ésotérique de cette incantation, élevant ses mélodies conquérantes, ses blasts guerriers et ses chœurs exaltés dans l’éther d’une nuit sans lune.
Vous l’aurez compris,
Malocchio: The Seven Tongues of Δαημων est un excellent album et marque le début d’une nouvelle ère mystique pour un groupe qui semble plus que jamais inspiré et habité par la Flamme Noire. Une fois n’est pas coutume, laissons au groupe lui-même le mot de la fin, pour une description parfaite de l'expérience tant sensorielle que spirituelle que composent ces sept nouveaux titres : «
Seven pacts with powers unknown to mortal men, yet to be known to the elevated individual that chooses to follow the thread beyond mortality.
Seven pathways to the
Inner Sanctum, grasping a harsh lesson, a taunt of spirit and soul, benign and glorifying. ».
Que l’ascension commence…
Oui, simultanément un retour aux sources et un regain de forme avec un album indubitablement plus dense que les précédents qui sont tout de même de très bonne facture et avec lesquels je serais peut-être moins sévère que toi. A l'image de leurs compatriotes de Kawir, Acherontas égraine les sorties avec une facilité déconcertante sans que cela ne ne ressente sur la qualité, et savent même réagir quand on les croit en pilotage automatique... Merci pour le papier.
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