S'il est des formations à s'être laissé le temps nécessaire au peaufinage de leurs gammes et de leurs arpèges, ce sextet italien originaire de Sassari, en Sardaigne, né en 2004 du fusain du batteur et parolier Giorgio Pinna et de son frère, serait assurément du nombre. En effet, si le line-up s'est constitué l'année même de sa création, le combo ne réalisera son introductif EP, « Souls
Machine », qu'en 2008. S'ensuivra, trois ans plus tard, son premier et présent album full length, «
Maitri » ; une galette signée chez le puissant labal britannique Copro Records, où se succèdent sereinement 11 pistes sur un ruban auditif de près de 45 optimales minutes. Quelles seraient alors les chances pour ce nouvel entrant dans le si concurrentiel espace metal symphonique à chant féminin d'élargir le champ de son auditorat ? Ce premier effort de longue durée serait-il dores et déjà à même de faire de lui un challenger dont ses homologues générationnels pourraient avoir à se méfier ?
A bord du navire, nous accueille l'équipage originel au grand complet, à savoir : la chanteuse aux claires et puissantes inflexions Claudia Barsi, non sans rappeler celles de Päivi ''Capri'' Virkkunen (
Amberian Dawn) ; Marco Fozzi et Salvatore Moretta aux guitares ; Andrea Pinna aux claviers ; Renato Pinna à la basse et aux growls ; Giorgio Pinna à la batterie. De cette étroite collaboration émane un propos metal mélodico-symphonique progressif, un brin cinématique et aux senteurs méditerranéennes, dans le sillage d'
Amberian Dawn (seconde mouture),
Epica,
Xandria (première période),
Diabulus In Musica,
Against Myself,
Nightwish et
Delain. Sous la direction artistique et finement mixé par le bassiste nord-américain Riccardo Atzeni (ex-
Dominici, ex-Brian Maillard, ex-
Solid Vision), jouissant en prime d'un enregistrement de bonne facture co-signé Sandro Gallo et Paolo Pastorino (ex-guitariste de No
Mercy et ex-bassiste de feu
Reel Fiction), la rondelle accuse fort peu de sonorités résiduelles. Mais embarquons plutôt pour une croisière parsemée, espérons-le, de terres d'abondance...
C'est sur un torrent de lave en fusion que nous projettent volontiers nos compères, avec pour effet d'aspirer le tympan sans avoir à forcer le trait. Ainsi, passée la brève et cinématique entame aux arrangements ''nightwishiens'', « Intro », c'est au tempétueux « Limit » que revient l'honneur d'ouvrir les hostilités. Dans le sillage d'
Against Myself, ce magmatique effort dissémine ses riffs corrosifs tout en sauvegardant une sente mélodique des plus enivrantes sur laquelle viennent se greffer les limpides volutes de la sirène. Dans cette énergie, et non sans rappeler
Amberian Dawn, les tubesques méfaits power symphonico-progressifs «
Freedom Inside You » et «
Anti Asceticism » dévoilent, quant à eux, un refrain catchy mis en exergue par la chatoyante empreinte vocale de la princesse, ainsi qu'un martelant tapping doublé d'un vibrant solo de guitare pour l'un, un pont techniciste de fort bon aloi pour le second. Et comment ne pas se sentir porté par les vibes enchanteresses inscrites dans l'adn de l'entraînant et ''delainien'' « Killing My Enemies » ou encore de l'invitant et ''xandrien'' « For Getting Back » ?
Quand il ralentit le rythme de ses frappes d'un cran, le collectif transalpin trouve là encore matière à nous retenir plus que de raison. Ce qu'illustre, d'une part, « Deaf Humanity », chavirant mid tempo aux riffs crochetés, au carrefour entre
Diabulus In Musica et
Amberian Dawn. Glissant le long d'une radieuse rivière mélodique, témoignant parallèlement d'enchaînements intra piste ultra sécurisés et encensé par le gracile filet de voix d'une interprète bien habitée, le troublant méfait ne se quittera qu'à regret. Dans cette dynamique, on retiendra, d'autre part, « Collateral », un mid /up tempo aux couplets bien customisés relayés chacun d'un entêtant refrain, que n'auraient nullement renié ni
Epica ni
Xandria. Doté de riffs épais et d'une basse claquante, recelant conjointement une montée en régime aussi soudaine que grisante de son corps instrumental, l'instant privilégié poussera non moins à une remise en selle sitôt son ultime mesure envolée.
Dans un souci de diversification en matière d'exercices de style, la troupe a, par ailleurs, tenu à s'affranchir de toute empreinte vocale, cette dernière laissant alors entrevoir une cohésion instrumentale difficile à prendre en défaut. Ainsi, voguant sur d'ondoyantes nappes synthétiques, livrant de délicats arpèges au piano et pourvu de riffs acérés, l'opulent et cinématique «
Nox » n'est pas sans rappeler un
Nightwish estampé «
Century Child ». Une manière aussi agréable qu'habile de clore le chapitre.
Mais ce serait à l'aune d'amples espaces symphonico-progressifs que nos acolytes seraient au faîte de leur art. Ce qu'atteste le titre éponyme de l'opus,«
Maitri », ''delainienne'' fresque déversant ses 6:17 minutes d'un parcours à la fois épique, romanesque et imprégné d'hypnotiques sonorités sud-méditerranéennes. Instillé d'un infiltrant cheminement d'harmoniques, mise en habits de lumière par les fluides oscillations de la déesse et agrémentée d'un éblouissant solo de guitare, la luxuriante offrande se prêtera, à son tour, à un headbang subreptice.
Pour son premier essai, le combo italien nous immerge au sein d'un propos à la fois rayonnant, pulsionnel, un brin énigmatique et complexe, bénéficiant d'une production d'ensemble plutôt soignée mais nullement aseptisée, et témoignant d'un réel potentiel technique et esthétique de ses auteurs. Diversifié sur les plans atmosphérique et rythmique, varié quant aux exercices de style dispensés et délivrant d'enveloppantes lignes mélodiques, l'opus se suit de bout en bout sans encombres. D'aucuns auraient peut-être espéré voir l'une ou l'autre ballade inscrite au cahier des charges ainsi qu'une plus nette mise à distance de leurs sources d'influence afin de conférer davantage d'épaisseur artistique au projet. Si quelques prises de risques manquent encore à l'appel, à l'aune de cette première déferlante aux effets dévastateurs, la troupe dispose néanmoins de l'arsenal requis pour espérer se hisser parmi les sérieux espoirs de ce registre metal. Wait and see...
Note : 15,5/20
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