Converge demeure un groupe vraiment à part dans le metalcore, enfin à la sauce début 2000's, plutôt hardcore métallique.
Le groupe composé du chanteur Jacob Bannon, du guitariste et producteur
Kurt Ballou, du bassiste Nate Newton et de Ben Koller à la batterie, stabilisé sous cette forme depuis 1999 mais formé en 1990 à
Salem, Massachusetts, a contribué à poser les fondations du metalcore et du mathcore, tout en restant assez inclassable, avec par exemple des touches noisy et des accordages ouverts. Ils ont encore un peu plus brouillé les pistes avec leur dernier disque, "
Bloodmoon" un album collaboratif avec
Chelsea Wolfe et le guitariste Stephen Brodsky (
Cave In,
Mutoid Man, plus un passage à la basse chez
Converge...), qui avait surpris par son audace et le sombre chatoiement des univers qu'il explorait, du gothique au sludge.
Pour son onzième album, le processus d'écriture de
Converge a été long, plutôt informel, évolutif, et chacun y a mis sa patte, en partant d'une idée de l'un ou l'autre des musiciens. De même pour ses textes, Jacob cherchait la connection entre des idées ou des phrases avec des riffs, par exemple.
"
Love Is Not Enough", enregistré et produit par
Kurt Ballou aux Godcity Studios, sort le 13 février 2026 chez
Deathwish Inc/
Epitaph. Par ses couleurs et son graphisme, l'artwork de ce onzième album, comme toujours réalisé par Jacob Bannon lui-même, rappelle celui de leur disque phare de 2001, "
Jane Doe", mais aussi "
No Heroes". Son ange de dos et en contre jour interroge sur ce que celui-ci regarde : notre monde ?
Converge va à contre-courant des tendances actuelles qui sophistiquent à l'extrême des sons artificiels, en délivrant une énergie farouche, brute, qui se retranscrit dans les choix de production. Ça sonne prise directe live, où on imagine les quatre musiciens jouant en lâchant tout ce qu'ils ont dans une salle de quelques mètres carrés.
De quoi donner une petite idée de l'ouragan que devient le groupe en concert, pour ceux qui ne les ont pas vus. Les d-beats de Ben Koller sont furieux, parfois à la limite du grind ("Distract and
Divide", "Force Meets
Presence") et la double grosse caisse vient pilonner sur le morceau éponyme "
Love Is Not Enough".
Avec une basse qui prend presque tout l'espace sur les couplets de "Gilded Cage", la musique se rapproche alors d'un
Unsane, qui tirerait sur un psychédélisme disonnant et obsédant. La quatre cordes de Nate Newton gronde dans le sol terreux, et la guitare de
Kurt Ballou forme des murs de deux mètres d'épaisseur à la texture âpre. Les palm mutes sont agressifs, rugueux à souhait ("Force Meets
Presence"). Le jeu de
Kurt Ballou est moins chaotique qu'à son habitude paradoxalement, sans trop de larsens qui dégueulent partout. Aussi, les hooks façon rock n'roll bluesy sous stéroïdes sont moins présents, alors que c'est une des choses qui rend
Converge reconnaissable entre mille.
La trachée de Jacob Bannon est déchirée, abrasive, dans le même souffle une couche criarde stridente et une autre rauque qui cherche les graves. La rage fuse, concentrée, inarretable, par les screams de Jacob qui ne laisse transparaître sa vraie voix qu'à de rares occasions ("Gilded Cage").
Sur la première partie de l'album, les pistes sont courtes, parfois en dessous des deux minutes, avec un jeu thrashy sec dans certains riffs ("Bad
Faith"), et surtout un esprit hardcore qui tranche les structures dans le vif ("Distract and
Divide, "To Feel Something ").
L'instrumental "
Beyond Repair" est comme une fracture, un trou au milieu de l'opus. Il ressemble à une intro industrielle, qui laisse s'écouler des notes de spleen stressant sur l'auditeur.
Converge conserve la capacité de faire des breaks qui utilisent vraiment le ralentissement du multiplicateur pour en tirer un effet saisissant (ce charley qui découpe patiemment en double croche au milieu de"
Amon Amok").
A la première écoute, je me suis pris cet album dans la gueule, chaque chanson imposant son rythme à ma capacité d'attention. Il a fallu deux ou trois passages pour que tous les aspects les plus calmes prennent place et que sa couleur saturée en contrastes extrêmes se nuance.
L'outro de "Make Me Forget You" avec des nappes de claviers cinématiques, déborde sur le début du morceau final "We Were
Never the Same". Sur ce dernier,
Converge est à la fois contemplatif dans ses guitares et tribal sur un lit de toms basse, sur une séquence rythmique obstinée.
En comparaison avec son dernier album studio, normal si on peut dire, le quatuor à délaissé les facettes complexes de sa musique, pour revenir à ses instincts les plus primaux. "
Love Is Not Enough"est outrageusement brut et direct, aussi inhumain que "
The Dusk in Us" était traversé par les larsens des émotions. Une façon d'en passer par les actes, lorsque pleurer ne suffit plus.
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