Bien avant qu’il ne devienne le complice de Toby Sammett dans
Avantasia, et surtout le formidable producteur des talentueux et néanmoins insupportables albums de
Rhapsody, Sascha Paeth se contentait plus humblement d’être le guitariste d'un énième groupe de Heavy allemand essayant de percer au sein de la redoutable scène germanique de la fin des 80’s, dont les fers de lance n’étaient autres qu’
Helloween,
Grave Digger,
Running Wild,
Rage,
Blind Guardian ou encore
Scanner pour n’en citer que quelques uns.
Le respect profond qu’évoquent ces noms mythiques donne la couleur, il ne fallait pas être un pleu-pleu pour prétendre à se faire un nom au côté des poids lourds teutons de cette époque, qui rêvaient tous de prendre la relève de
Scorpions et d’Accept. Écartés les groupes de seconde catégorie qui avaient pourtant fait le charme de la majeure partie des 80’s à l’instar des
Stormwitch,
Atlain,
Living Death ou autres
Gravestone; en ce début des 90’s, l’épuration battait son plein.
Ambitionnant d’intégrer cette élite, Sascha Paeth est recruté durant l'été 1987, suite au départ d'Ingo Millek, par un jeune groupe de Wolfsbourg, qui vient de se rebaptiser
Heavens Gate; le patronyme précédent, Steeltower, ayant été abandonné avec sa musique moins ambitieuse. Le line-up est déjà au complet : le collègue guitariste au sourire jovial du nom de Bonny B. (Mais vous êtes fous ? – Oh oui !), une puissante section rythmique typiquement germanique (Manni Jordan à la basse et Thorsten Müller derrière les futs), et l'arme fatale : Thomas Rettke et sa voix sublime, dont le timbre peut à première écoute évoquer Rob
Halford ou
Ralf Scheepers, mais qu’on n’associe plus à personne qu’à lui-même une fois l’écoute d’un album achevé.
Le groupe se fait remarquer par Frank Bornemann d'
Eloy, signe un contrat chez
No Remorse Records, et sort en 1989
In Control, première galette produite par Tommy Hansen, absolument mythique et plutôt difficile à trouver aujourd'hui, suivie d'une tournée en première partie de W.AS.P. . C'est un carton total au Japon : le groupe, encensé par Burrn ! et
Metal Gear, rentre dans le Top 20 des charts nippons et Thomas Rettke est plébiscité par les lecteurs de Burrn ! meilleur chanteur de l'année devant
Alice Cooper.
C'est dans ce contexte euphorique qu'arrive en 1991
Livin' in Hysteria, distribué cette fois par SPV / Steamhammer suite à la faillite de
No Remorse Records. Les compositions, tout comme celles du premier album de la porte céleste, sont divines pour peu qu’on apprécie le pur Heavy classique. Cette fois armé d’une production plus ambitieuse et résolument moderne signée Charlie Bauerfeind, l’escadron de Sascha frappe très fort et nous bombarde dix missiles sans faille aucune, alliant avec génie puissance et mélodie dans la plus pure lignée des Keepers of the
Seven Keys. Des titres rapides (Flashes) aux mid-tempi (Neverending
Fire), en passant par l’instrumentale Maidennienne (Fredless), l’hymne Priestien (We Can’t Stop Rockin’) et la ballade émouvante (Best Days of My
Life), ces morceaux ont comme dénominateurs communs des chœurs allemands puissants et majestueux, des soli rapides et mélodieux, des breaks alambiqués témoignant d’un travail certain, et surtout un talent fou.
L’artwork, représentant l’esclave d’un dragon bleu en train de balayer les restes d’un repas humain, alors que le patron fume sa pipe digestive, est tout à fait sympathique, sans être à la hauteur de la peinture illustrant les débuts du groupe, dans laquelle résidait une certaine magie, un mystère invitant à la découverte de la Musique, et un sens de l’esthétisme visant à associer
Heavens Gate avec une vision mystique, comme
Running Wild à la piraterie ou
Grave Digger à la culture celte. Le développement de cette imagerie sera vite abandonné, mais on la retrouve encore sur ce second album, avec l’ultime morceau
Gate of
Heaven ou encore la reprise dans Neverending
Fire du thème
Path of
Glory issu de l’opus
In Control. Les deux morceaux étaient d’ailleurs joués à la suite en live.
Malgré cet étalage de savoir-faire et cette réussite artistique totale, certains, qui ne découvriront ce groupe qu’aujourd’hui, hurleront au cliché et au déjà-entendu, c’est compréhensif.
Heavens Gate utilise tous les codes du Heavy, sans originalité aucune, mais en maîtrisant merveilleusement bien le sujet. Le trio d’influences Maiden / Priest / Accept saute aux oreilles mais il est parfaitement digéré, et à l’heure où les Dinosaures sont incapables de ressortir un album aussi bon que ce Livin’ In
Hysteria, il est agréable en se repassant cet opus de constater que l’héritage s’est bien transmis, et que certains enfants, non contents de reprendre l’entreprise, l’ont développée de fort belle manière.
Ce disque est donc conseillé à tout fan de Maiden,
Helloween,
Edguy ou
Gamma Ray, qui prendra une bonne claque et découvrira, peut-être avec une légère érection, une voix à ranger aux côtés des grands ténors du
Metal. A l’attention des mélomanes recherchant un Heavy plus singulier, l’écoute des deux derniers disques du groupe sera éventuellement conseillée avant celle de l’album faisant l’objet de cette chronique. En effet, après trois full-lengths dans cette veine ultra-classique, Sascha et ses comparses, cherchant à se renouveler artistiquement, réaliseront deux oeuvres tout aussi intéressantes et bien plus personnelles, dont l’incompris et pourtant génial
Menergy, qui sera le dernier témoignage du groupe en 1999, avant qu’il ne mette la clé sous la porte du ciel, Sascha appelé à une destinée plus lucrative. Il faut bien remplir son caddie, même lorsque le firmament est votre quotidien.
Mais pourquoi, malgré une starification éclair au pays du Soleil Levant,
Heavens Gate n'a-t-il pas été reconnu à sa juste valeur en Europe ??? Si le succès commercial ne fut pas au rendez-vous, c’est rétrospectivement vraiment curieux car ce groupe avait pour réussir au moins autant de potentiel que les célèbres citrouilles. Le combo restera un second couteau, et ce malgré la sortie de cinq albums remarquables, dont ce Livin’ In
Hysteria particulièrement réjouissant que je vous invite à découvrir ou redécouvrir afin de vous mettre la tête dans les étoiles.
Enfin chopé en dur, une bonne leçon de Heavy, vraiment !
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