L’impatience était grande. C’est un euphémisme de dire que
Carpenter Brut a roulé sur la scène musicale ces dernières années tant ils sont partout, autant sur les plus grandes scènes des festivals que restant fidèles à leurs racines en jouant dans des clubs plus confidentiels pour conserver les pieds sur terre. Le projet de Franck Hueso a pris une ampleur phénoménale depuis les premiers eps et nous voilà désormais au crépuscule de sa première trilogie.
Clôturant l’arc “
Leather” après “Teeth” et “Terror”, “
Leather Temple” termine la narration de Bret
Halford, devenu tueur en série dans le précédent volet et désormais à la tête d’une véritable secte et d’adorateurs vénérant ses actions.
A quoi s’attendre après un second album beaucoup plus percutant, agressif et doté de nombreux intervenants vocaux ? Aller encore plus loin ? Revenir en arrière ? Prendre de nouvelles directions ?
Difficile de réellement répondre à toutes ces questions après maintes écoutes de ce dernier-né.
Le premier point important est l’absence totale de “guest” au chant,
Carpenter Brut revenant à un opus purement instrumental là où son géniteur avait avoué en interview adorer inviter des vocalistes car lui-même écoutait majoritairement de la musique chantée. Nous saurons prochainement si c’est un choix purement artistique ou une absence de nouveaux guests apportant quelque chose au son de
Carpenter Brut (il faut dire que la barre avait été placé haute avec le précédent album). Toujours est-il que “
Leather Temple” se veut plus concis, très cinématographique dans son approche, avec une tonalité sonnant vraiment la fin d’un concept.
Dès l’intro “
Deus Ex Machina”, on se croirait dans une soundtrack dystopique, à grand coup d’orgues et d’envolées symphoniques hollywoodienne. On reconnaît néanmoins la patte et surtout la production une nouvelle fois impressionnante concoctée au
Deviant Lab, explosant sur Major Threat avec un message clair : il y a
Carpenter Brut et il y a les autres. Si la synthwave a vu une multiplication exponentielle de groupes et de clones en quelques années,
Carpenter Brut est bien son chef de file incontestable et sa façon de sonner, de multiplier les couches, de créer une puissance incroyable tout en restant audible et mélodique fait de lui un véritable monstre de créativité. Ce premier morceau dévoile un combo restant dans la tonalité sombre et massive du précédent album, avec une entrée en matière moins extrême que “Straight Outta
Hell” certes (ce break disco rappelant les premières heures) mais d’une efficacité redoutable. Le title-track, premier extrait mis en ligne, s’avère plus dark et menaçant, laissant surgir cet esprit plus tordu et sectaire qui émane de cet album, à l’instar de grandes messes de fidèles symbolisées par ces synthétiseurs évoquant des voix. La rythmique est syncopée, on imagine parfaitement les attaques de guitares que Adrien Grousset se fera un plaisir de produire sur scène tandis que la batterie martèle un tempo martial et mécanique.
Ensuite, le disque nous guidera aux travers de lieux connus et de ruelles certes dangereuses mais moins pernicieuses que sur l’album précédent. Un “Neon
Requiem” rappelle les tempos enflammés d’un “Sexkiller on the Loose” ou “Meet Matt Stryker” pour littéralement mettre le feu dans une fosse bouillonnante. “She Rules the
Ruins” dresse un visage plus solennel sur son introduction avant d’infliger une mandale ultra-puissante à la “
Turbo Killer”. Quant à “Speed or Perish”, on pense aux dangers de “The Perv”, autant de réminiscences de “
Trilogy” qui n’est pour déplaire à personne mais qui dénote de la progression constante dont faisait preuve
Carpenter Brut jusqu’à maintenant. Néanmoins, la qualité d’interprétation, la puissance pure et surtout la production titanesque place “
Leather Temple” bien au-dessus de la mélée. “The Misfits / The Rebels” surprend de son côté par sa rapidité et explore de nouvelles sonorités grinçantes, certains samples évoquant là encore des voix. Le thème principal du morceau est malsain au possible (digne d’un film d’horreur) mais possède toujours ce don de pouvoir vous faire danser ou vous arracher la tête au headbanging (au choix). “Iron Sanctuary” est un parfait mix entre des sonorités “old school” (le thème principal) et un agencement qu’on retrouvait par exemple sur “
Leather Teeth” ou “Cheerleader Effect”.
“
The End Complete” porte très bien son nom, sonnant le glas d’une aventure par une musicalité bien plus mélancolique, presque contemplatif pour se terminer sur les premières notes de "
Leather Teeth". La boucle est bouclée.
“
Leather Temple” continu de démontrer l’immense talent de
Carpenter Brut et vient finir en beauté la trilogie conceptuelle. Ce même talent amenant une exigence perpétuelle, j’aurais aimé une prise de risque supplémentaire (à l’instar d’un
Perturbator par exemple), de nouvelles idées ou être surpris là où le trio pioche parfois dans son passé pour produire son présent. Il n’en reste pas moins que ce disque est largement plus impactant que la plupart des disques du genre sortant actuellement. Un chapitre se termine : l’avenir est grand ouvert et reste à écrire.
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