A force d’être enfermé au fond d’une crypte on finit inévitablement par sentir soi-même le cadavre et L’Eterno
Maligno Silenzio, troisième macchabée déterré par la formation italienne
Tenebrae in Perpetuum, dégage un fumet made in
1994 des plus envahissants. La démarche revendiquée par
Atratus (guitare/basse) depuis 2001 est simple : ressusciter le black metal scandinave des ’90 à travers une vision élitiste de l’art noir. Pour ce faire,
Atratus s’est à nouveau adjoint les services de
Vidharr à la batterie et engagé Ildanach (
Absentia Lunae) aux vocaux. Ce dernier signe également la majorité des lyrics. Pour la petite histoire, Numinas de
Krohm signe les paroles du titre "Oltre I Confini Umani".
A l’image de l’artwork obscur et minimaliste, L’Eterno
Maligno Silenzio délivre un black metal des plus traditionnels avec des riffs coupants sans grande originalité au-dessus desquels planent des arpèges glacés et glaçants, une batterie qui ne s’égare jamais dans le démonstratif en alternant parties rapides et parties mid-tempo tout en tapant dans les cymbales tout du long, des vocaux écorchés bien maîtrisés tout à fait convenus pour le style et un son bien nécro. C’est donc à un catalogue musical en forme de cliché auquel on a droit ici. Si cet album se réduisait seulement à ces quelques caractéristiques je conseillerais sans hésiter de se replonger dans une œuvre comme Transilvanian Hunger de
Darkthrone et de classer l’affaire. Mais ce n’est pas un hasard si
Tenebrae in Perpetuum est considéré comme un incontournable de la scène black metal transalpine actuelle et, avec ce nouvel album, la formation italienne le démontre sans équivoque.
Tenebrae in Perpetuum maîtrise suffisamment les codes du genre pour se permettre des petits écarts sans vendre son âme pour autant. C’est ainsi que sur L’Eterno
Maligno Silenzio le "true" black metal s’en vient à côtoyer des parties lentes et dépressives qui peuvent faire songer parfois à
Beatrik (autre groupe de
Atratus) comme sur le titre "Il Morto Cthulhu Aspetta Sognando". De même que les vocaux écorchés de Ildanach se muent subitement en chœur funèbre digne d’une assemblée de moines dépressifs. Cette alchimie fonctionne bien et imprègne tout l’album d’une atmosphère spectrale, funèbre et rituelle plus forte que jamais, exception faite du morceau "Rapitemi Anime Della Natura" plutôt énigmatique. De plus, l’ensemble est beaucoup moins noyé de réverb’ que sur
Antico Misticismo et la production est plus claire et propre (tout en conservant le côté crado du black s’entend).
Si sur le précédent effort des italiens l’auditeur avait la sale impression de n’être qu’un simple spectateur du culte, avec L’Eterno
Maligno Silenzio les portes de la crypte s’ouvrent en grand et nous invite à sacrifier au Grand Maitre sans perdre un instant.
Pas de note cette fois, car pour ce genre d'album c'est moins la virtuosité des musiciens que le ressenti de l'auditeur qui est important. Certains trouveront ce disque d’un ennui mortel alors que d’autres apprécieront de voyager régulièrement avec lui vers des contrées ténébreuses et solitaires. Sachez seulement que les amateurs d'un black dépressif et morbide ainsi que tous les nostalgiques de la magie noire musicale des années ’90-‘95 devraient y trouver leur compte.
Voyager régulièrement avec lui durant une nuit noire et pluvieuse comme ce soir, dans une forêt décharnée ou un paysage asséché ; quel pied! La solitude, la peur, la folie, la misanthropie... le black metal...
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