Kompass zur Sonne

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17/20
Nom du groupe In Extremo
Nom de l'album Kompass zur Sonne
Type Album
Date de parution 08 Mai 2020
Style MusicalFolk Metal
Membres possèdant cet album5

Tracklist

1.
 Troja
 03:32
2.
 Kompass zur Sonne
 03:29
3.
 Lügenpack
 03:43
4.
 Gogiya
 04:08
5.
 Salva Nos
 04:05
6.
 Schenk Nochmal Ein
 04:56
7.
 Saigon und Bagdad
 03:58
8.
 Narrenschiff
 04:43
9.
 Wer kann Segeln ohne Wind
 03:49
10.
 Reiht euch ein ihr Lumpen
 03:36
11.
 Biersegen
 04:10
12.
 Wintermärchen
 03:43

Durée totale : 47:52


Chronique @ Hibernatus

21 Juin 2020

le terroir des Allemands est loin d'être épuisé, leurs treilles produisent encore un succulent nectar

Après l'improbable aéroplane de « Sterneneisen », après la débauche alcoolisée de « Quid Pro Quo », In Extremo nous invite ici à un trip ferroviaire, avec des musiciens grimés en mécaniciens de machine à vapeur. Selon vos préférences littéraires, la bête humaine ou la compagnie des glaces, bien que le titre de l'album, « Kompass zur Sonne » (cap au soleil), semble exclure cette dernière référence, le mot « soleil » étant tabou dans l'univers de G.J. Arnaud. Ma très incertaine compréhension de la langue allemande me laisse par ailleurs subodorer pas mal de second degré (comme le montre la vidéo officielle), alors laissons-là ces vaines comparaisons.

Disons-le sans plus tarder : le 13e album des Berlinois fait définitivement oublier le petit passage à vide du début des années 2010. Loin d'être un feu de paille, le « Quid Pro Quo » de 2016 annonçait bien le réveil des chevaliers teutoniques et de leur Metal médiéval. L'équilibre est parfait. Un peu de « pop » au sens noble du terme, entendez de belles chansons pas spécialement Metal, mais pas non plus outrancièrement Folk, et qui sonnent juste ; des compositions contemporaines bien moins artificielles que celles de « Sterneneisen » ou « Kunstraub » ; et une plongée dans la recherche musicologique des siècles passés qui fit la pleine originalité d'In Extremo dans ses grandes heures, avec des arrangements plus modernes et pleinement réussis.

Les compositions modernes sont très majoritaires (8 sur 12) ; bien diversifiées, elles ont chacune un petit quelque chose qui fait mouche, même si l'opener Troja est quelque peu simpliste : mais après tout, il s'agit d'un tour de chauffe introduisant l'album. Comme il se doit chez In Extremo, on a cette grosse rythmique Metal soutenant le jeu d'instruments traditionnels : au premier rang desquels on trouvera la cornemuse, que les connaisseurs des disques antérieurs pourront trouver ici un peu convenue, mais qui ne déroge pas pour autant. Le chant de Michael Rhein nous offre ses meilleures facettes, tour à tour râpeux, langoureux, mélancolique et rugissant; il sait s'accompagner de guest singers aux registres complémentaires et dont l'apport est une réelle plus-value (ce qui n'était pas forcément le cas dans le précédent album « Quid Pro Quo »).

L'inspiration indus est évidente sur Kompass zur Sonne, bien normale pour un voyage en chemin de fer, et surtout sur le claudiquant Troja et sa grosse armature de basse : on dirait du Rammstein avec cornemuses. On retrouve de l'indus à des doses plus résiduelles dans Saigon und Bagdad ou le très envolé Lügenpack, dont les paroles remontent pourtant au XIIIe siècle. Et plus homéopathiquement, Narrenschiff a aussi ses petites traces d'indus.

Reiht euch ein ihr Lumpen est enjouée comme la joyeuse chanson à boire qu'elle est, sans être pour autant un titre marquant de l'album. D'un tout autre calibre est Narrenschiff, la nef des fous. Il fallait bien une chanson à thématique nautique pour un nouvel album d'In Extremo, mais le propos est ici métaphorique : il fait référence à un « best seller » de la fin du XVe siècle, où l'auteur se répand en propos amers sur la stupidité de l'espèce humaine embarquée dans une croisière sans retour. Un sentiment d'inéluctabilité nimbe ces couplets graves et résolus, ces refrains pleins d'entrain apparent mais à l'enthousiasme maculé d'une secrète fêlure, et ces chœurs insouciants prêts pour le fatal appareillage. Bel hommage, aussi, à la tradition des chants de marins allemands.

Avec le vigoureux pamphlet anti-guerre qu'est Saigon und Bagdad, on a un écho beaucoup plus heureux du fadasse Lieb Vaterland, Magst Ruhig Sein du précédent disque. Énergique et nerveux, il se démarque aussi de son mollasson prédécesseur par l'utilisation des chants enfantins ; quand Lieb Vaterland ennuyait avec ses chœurs doucereux, la simple phrase répétée deux fois par une frêle voix de gamin, accusatrice, possède un impact beaucoup plus fort (Habt ihr nichts gelernt, n'avez-vous rien appris). Et l'obsédante litanie de lieux dévastés par les combats présente un effet cumulatif qui ne laisse pas indifférent. Sans parler de l'usage ponctuel d'un harmonica typé « Il était une fois dans l'ouest », de prime abord incongru mais qui renforce bien l'effet dramatique.

« Kompass zur Sonne » nous offre deux ballades aux registres différenciés. Bercée par les profondes sonorité du violoncelle et renforcé par les pleurs de la chalémie, Schenk nochmal ein est une élégie poignante à l'amour perdu ; une rythmique vigoureuse et une mélodie enchanteresse, emportée par la voix pleine de sensibilité de Rhein, constituent de solide garde-fous contre toute accusation de mièvrerie. Wintermärchen est la mise en musique d'un poème de l'écrivain du XIXe siècle Otto Ernst. Cet hymne panthéiste à la souveraine mélancolie met particulièrement en valeur le chant de Micha Rhein, d'abord presque chuchotant, enjôleur ensuite et pour finir extatique dans un final glorieux qui conclut dignement l'album.

Entre-temps, on a le plaisir de croiser des titres à l'inspiration plus franchement traditionnelle et qui portent la griffe caractéristique d'In Extremo. Avec l'Austro-russe Georgij Makazaria, du groupe Russkaja, Rhein et ses musiciens mettent le feu dans l'endiablé Gogiya, dont les paroles en allemand ne font guère illusion : les rythmes changeants et dansants, les mélodies, les chœurs et les chants sont puissamment slaves ! Un même esprit de collaboration anime le beaucoup plus simple Wer Kann Segeln ohne Wind, issu d'un chant populaire suédois. Là aussi, Rhein s'associe avec un chanteur de la nationalité idoine, en la personne de Johan Hegg, d'Amon Amarth. Introduits par de délicates notes de harpe, les deux frontmen déclinent deux couplets en forme de rimes embrassées, chacun dans leur langue. Étonnant comme l'organe caverneux de Hegg fait passer la voix de Rhein pour celle d'une fillette ! Un bref passage instrumental avec solo de chalémie, et le titre s'achève en duo fraternel bien en accord avec les jolies paroles de la chanson, faisant la part du possible et de l'impossible : je peux faire voile sans vent, ramer sans rame, mais pas quitter un ami sans pleurer.

À ce stade, on est déjà bien content de son acquisition, mais c'est sans compter la divine surprise de l'album : In Extremo renoue avec les chansons en latin tirées du répertoire médiéval. Avec son gros riff et son rythme pesant, ses flûtes, ses scies de violon et ses tambourins, le brillant Salva Nos nous ramène deux décennies en arrière, aux meilleurs moments de la fusion Metal-musique médiévale du groupe. Quant à Biersegen (si si, malgré le titre, les paroles sont en latin), on passe à autre chose. Franchement novateur, le titre est déchaîné, écartelé entre des inspirations concurrentes et pourtant parfaitement réussi. Une intro ténébreuse en chant de gorge de style mongol renforcé sur la fin par une lourde batterie cède la place à une jubilante cornemuse ; suit une voix hachée, monocorde, scandée par des barrissement de chalémie ; un refrain furieux, hystérique. Après, c'est le chaos, chuchotements, rythmes païens, accords puissants, ahans de bûcherons : le titre n'évoque plus que la débauche paroxystique et dionysiaque d'une orgie de satyres et de ménades entremêlés. Carrément splendide et digne de figurer au rang du meilleur d'In Extremo.

Vous l'aurez compris, le terroir des Allemands est loin d'être épuisé, leurs treilles produisent encore un succulent nectar. In Extremo avait pu laisser croire qu'ils délaissaient leurs fondamentaux pour faire du neuf, pas forcément digne de leur héritage. C'est pourtant forts de ce neuf qu'ils reviennent vers ces mêmes fondamentaux, qu'ils revisitent de manière bien vivifiante.

4 Commentaires

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SilverClimber - 22 Juin 2020:

Excellente chronique pour un excellent album. Je l'aime beaucoup personnellement et je me suis donc procuré la version digipack pour laquelle a été fait un excellent travail graphique.  C'est tout un univers qui s'ouvre à nous, In Extremo fait voyager, preuve que leur train est sur de bons rails !

Daweed - 23 Juin 2020:

Merci pour la chro, j avais laché ce groupe apres leur magnifique Mein Rasend herz ( car les suivants se contentaient uniquement d air de cornemuse, sans grande inspiration)...mais la , tu m as donné envie, et en effet, il est tres bon.

du coup, je vais me pencher sur quid pro quo aussi.....

Molick - 23 Juin 2020:

Je n'étais pas très familier avec le groupe, et je ne savais pas trop par où commencer vu la longue discographie. Du coup j'ai lu ta chronique, et j'ai écouté celui là. J'aime bien, c'est quand même un poil répétitif, mais ça ne gêne pas tant que ça l'écoute.

Merci !

Ensiferum93 - 25 Juin 2020:

Merci pour la chronique !
Je n'avais plus vraiment d'espoir mais alors là je me suis pris une sacrée claque, il tourne en boucle chez moi =)

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