Après des débuts prometteurs à l'aune de ses deux EP – le rayonnant et éruptif «
Vanitas » (2022) suivi de l'audacieux et exalté «
Chaos Theory » (2024) –, l'opiniâtre quintet britannique n'aura de cesse de se livrer à son art. Aussi enrichira-t-il cet encourageant background studio par moult prestations live, à commencer par un concert à guichet fermé réalisé au Flapper, à Birmingham, sa terre natale ; occasion lui sera alors donnée d'entreprendre une tournée sur la scène britannique, dont une apparition au réputé
Burn It
Down Festival, en août 2024, aux côtés de
Wargasm, Caskets et Creeper, entre autres. Portée par nombre de retours positifs et impulsée par une inébranlable motivation, la troupe ne mettra pas bien longtemps pour réinvestir les studios.
Aussi, mi-novembre de cette même année sortira le single «
Wait and See », auquel en succéderont trois autres («
Your Demise », «
Lucid Dreams » et «
Eclipse » en 2025), ces derniers étant retenus parmi les sept pistes que compte leur troisième et présent EP «
Journey to the Sun » ; une auto-production modeste des 23 minutes de son ruban auditif, composée dans son intégralité par le groupe lui-même, dont les paroles – relatant les thèmes de l'aventure, de l'espoir, de la souffrance et de la victoire – sont l'oeuvre de
Jade Maris, la frontwoman du collectif d'outre-Manche. Ce faisant, trois ans suite à sa sortie de terre, nos acolytes seraient-ils alors en capacité de rejoindre les valeurs montantes d'un registre metal alternatif à chant féminin en proie à une concurrence galopante ?
Dans cette troisième traversée, aux côtés de
Jade Maris, se retrouvent conjugués les talents de Mitchell Barlow et Elijah Storer aux guitares, Jonathan Willingham à la basse et de Jackson Cann derrière les fûts. De cette étroite collaboration naît un propos metal alternatif faisant à nouveau cohabiter djent, heavy progressif, metal symphonique moderne, environnement cinématique et death mélodique. Un essai à la fois pulsionnel, rayonnant, un tantinet corrosif et sensible, dont les sources d'influence sont à chercher du côté de
Crystal Viper,
Rage Of Light, Ad
Infinitum,
Battle Beast,
Theatre Of Tragedy Lacuna Coil et
Issa, une fois encore. Est-ce à dire qu'un bis repetita, à l'exclusion de tout autre alternative qui, précisément, lui conférerait toute son originalité, serait au bout du chemin ?
Une originale combinaison de styles, alliant inaliénable fougue rythmique, élégance mélodique et technicité instrumentale et oratoire bien huilée, et qui a pour pendant une production d'ensemble de bonne facture : enregistré dans son entièreté par le groupe, mixé et mastérisé par Mitchell Barlow, jouissant d'arrangements orchestraux aux petits oignons, signés Matthew Jones (Capsaarx Studios), et à nouveau produit par Ethan
Vega quant à ses lignes de chant, le mouvement repose sur un mix bien équilibré et sur une saisissante profondeur de champ acoustique tout en ne concédant que de rares sonorités parasites. Mais levons plutôt l'ancre pour une brève croisière en quête d'îlots d'enchantement...
A l'instar de son devancier, cet élan ouvre le bal par une laconique entame symphonico-cinématique et progressive, qui a toute sa raison d'être. Ce à quoi nous sensibilise « In Absence of Light », une poignante et violoneuse plage aux arrangements ''nightwishiens'', digne d'une grande production hollywoodienne, laissant échapper un récitatif en voix féminine claire et profonde, ainsi qu'un prégnant solo de guitare pour clore le chapitre. C'est donc sous les meilleures auspices que démarre notre périple...
Le plus clair de la traversée s'effectuera sur une mer déchaînée, non sans laisser quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le tympan. Ce qu'atteste, d'une part, « Solaire », up tempo aux riffs en tirs en rafale, à mi-chemin entre
Lacuna Coil et
Issa ; n'ayant de cesse de nous asséner de virulents coups de boutoir et de faire vrombir sa basse, et recelant parallèlement un refrain catchy mis en exergue par les puissants et fluides médiums de la sirène ainsi qu'un bref mais fringant solo de guitare et de délicats arpèges pianistiques, le ''tubesque'' méfait ne se quittera qu'à regret. On ne saurait davantage esquiver le tempétueux « Behind the
Mask » à la lumière de la soudaineté de ses accélérations comme de ses orientalisantes senteurs et de son final en crescendo souligné par les saisissantes notes en voix de tête disséminées par la diva ; s'esquisse alors un solaire et sensuel effort dans la veine coalisée de
Theatre Of Tragedy,
Lacuna Coil et
Crystal Viper. Peut-être bien le masterpiece de la rondelle.
Sur un même modus operandi, les passages à la touche death mélodique plus marquée pourront à leur tour, et d'un battement d'ailes, nous aspirer dans la tourmente. Ce qu'attestent, en premier lieu, «
Your Demise » et «
Eclipse », impulsifs élans aux riffs acérés, au confluent de
Crystal Viper et de
Rage Of Light ; instillant des enchaînements intra piste des plus sécurisants ainsi qu'un refrain empreint de sensualité, mis en exergue par les growls glaçants comme par les claires ondulations de la déesse, ces deux efforts aux accents djent pousseront assurément à un headbang bien senti et quasi ininterrompu. On pourra encore se voir happé par «
Lucid Dreams », pulsionnel mouvement au carrefour entre Ad
Infinitum et
Battle Beast, tant au regard de ses étourdissants gimmicks et de son flamboyant solo de guitare que des pénétrantes modulations de la princesse greffées sur de sémillants harmoniques.
Au final, le combo britannique nous livre un propos à la fois impulsif, solaire et empreint de délicatesse, poussant à y revenir sitôt l'ultime mesure envolée. Dans la mouvance de son aîné, cet élan bénéficie d'une ingénierie du son difficile à prendre en défaut et d'arrangements finement esquissés, comme en témoigne notamment le cinématique et bref titre éponyme, «
Journey to the Sun », jouant le rôle d'interlude. Si ses exercices de style ne s'avèrent guère plus diversifiés que ceux de son devancier, quelques prises de risques sont toutefois à nouveau de mise, et les riffs des plus efficaces. Peu à peu le collectif gagne en aura mélodique ce qu'il ne perd nullement en technicité instrumentale et vocale. Bref, une troisième offensive aussi rugissante que frénétique, plaçant désormais nos cinq acolytes à un cheveu des valeurs montantes de l'espace metal alternatif à chant féminin. Sans doute un album full length saura-t-il transformer l'essai.
Wait and See...
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