Si de nombreuses formations de deathcore adoptent la malveillance et la torture comme une façade pour attirer un public friand d’agressivité,
A Wake In Providence redéfinit cette hostilité avec une atmosphère funeste et menaçante. En effet, le quatuor américain brille dans un blackened symphonique toujours plus sélectif et exigeant. Loin de jouir de la notoriété d’un
Shadow Of Intent, d’un
Carnifex ou d’un
Lorna Shore, notre petite troupe a pourtant montré de sérieuses promesses, notamment sur un second opus
The Blvck Sun || The Blood Moon saisissant et innovant. Œuvre d’un
Will Ramos époustouflant, le vocaliste a laissé sa place à un Adam Mercer certes moins impressionnant mais qui se rattrape largement sur l’aspect émotionnel.
Cette déchirure et cette profonde mélancolie se sont magnifiquement illustrées sur le troisième album
Eternity, avec une orchestration stupéfiante et un chant clair poignant. Malheureusement, même si cette plume mélodique et poétique fut une véritable révélation, la production s’est heurtée d’une certaine redondance ce qui lui a valu d’être reléguée en une réalisation correcte. Malgré cette faute évitable, nos Américains demeurent de dignes candidats pour accéder à un trône bien occupé. C’est justement dans cette optique de titiller les étoiles que le groupe est de retour avec son quatrième ouvrage intitulé
I Write to You, My Darling Decay publié pour la seconde fois sous le label Unique Leader Records.
Nos artistes n’ont clairement pas délaissé la désolation et la rancœur derrière eux avec une recherche orchestrale toujours aussi étourdissante et un panorama musical d’une richesse infinie. Sans renier la cruauté de ses compositions, le collectif américain la sublime de sections qui inspirent la crainte, le tumultueux. Dès l’introduction du morceau d’ouverture The Maddening, nous sommes immédiatement immergés dans une ambiance certes harmonieuse mais sinistre. La symphonie composée de quelques nuances de piano, de violons dramatiques, de cuivres alarmants et de chœurs pressants n’est qu’une attestation de cette angoisse et animosité constantes. La palette vocale, entre gutturaux intraitables et chant clair trouble, ponctue cette noirceur et ce pessimisme.
Cette appréhension se singularise par un chant d’opéra majestueux, un penchant classique presque inédit et terriblement envoûtant. Pour ce travail d’orfèvre, le quintet a fait appel à la soprano Caroline Joy, une très grande artiste puisqu’elle a notamment accompagné Vince Clarke (Erasure/Depeche Mode), a collaboré avec des chefs d’orchestre mondialement salués et s’est distinguée sur des lieux de légende. Cet esprit théâtral n’est nullement le caprice d’un seul titre puisqu’il en est même un fil conducteur de cette toile. Cette voix enchanteresse se mêle parfois au timbre clair de D’Andre Tyre comme sur le refrain d’
And Through The Fog She Spoke où leur association est un immense crève-cœur, un point d’orgue de peine et de douleur.
La complainte la plus impressionnante se trouve sur le titre In Whispers où notre virtuose d’opéra atteint ces quelques notes angéliques, parfois escorté mais souvent prolongé par un growling implacable. Le morceau est peut-être celui le plus abouti en termes d’instrumentalisation avec des arrangements orchestraux monumentaux et une technicité étourdissante, principalement par ces blastbeats inflexibles. L’apport d’interludes et de coupures mélodiques est clairement à l’avantage de notre combo comme sur un
Agony, My Familiar qui voit en ces quelques sombres notes au piano une progression vers des cordes et des chœurs grondants, comme une fin imminente, les derniers instants d’une vie insignifiante.
La (seule) défaillance de ce disque provient inévitablement de sa longueur. Avec « seulement » dix compositions à son compteur, la création de nos Américains atteint plus d’une heure d’écoute avec des rendus de temps en temps hasardeux. Ainsi, le titre éponyme, poème le plus copieux avec près de huit minutes, a tendance à partir sur différents fronts, tantôt grandiloquents, tantôt ténébreux, tantôt romantiques sans pour autant trouver une ligne directrice.
Quant à
Mournful Benediction, avec la participation de Ben Duerr (
Shadow Of Intent), si nous pouvons profiter de performances vocales prestigieuses, les instants les plus véhéments, spécialement sur les blasts, soumettent parfois une sensation de cacophonie. Cependant, il serait sévère d’en vouloir à nos musiciens pour ces multiples développements tant le ressenti général est extrêmement positif, bien au-delà de nos espérances et de nos attentes.
A Wake In Providence continue de se démarquer avec un
I Write to You, My Darling Decay à l’atmosphère neurasthénique et profondément théâtrale. Avec ce quatrième opus, le quatuor américain pousse encore plus loin son exploration orchestrale magnifiée par la collaboration de la soprano Caroline Joy qui apporte des teintes d’élégance et d’émotions rares dans le genre. Malgré une longueur conséquente et deux-trois passages désordonnés, l’album séduit par son ambition et par son ampleur musicale. Notre formation prouve avec cet effort qu’il est plus que jamais une figure forte de blackened deathcore symphonique avec une identité désormais singulière et palpitante.
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