Deux ans après son fort sympathique «
Prelude »,
Wytch Hazel débarque avec un «
II:Sojourn », porteur d'ambitions dignes de ce que les prémices du premier album avaient laissé espérer. Extérieurement, l'examen de l'objet est révélateur : à l'intrigant mais terne artwork du précédent succède une pochette bien plus volontariste. Un austère chevalier monte la garde devant un puissant château fort qu'on imagine bâti pour la défense du Royaume Franc de Jérusalem (
Jerusalem était le premier nom de
Wytch Hazel).
C'est que Colin Hendra, leader et compositeur de la bande, affirme haut et fort sa foi chrétienne. Bon, je ne suis qu'un mécréant et tiens en fort basse estime la religion, mais confesse trouver au moins deux avantages aux cultes institués : les fêtes religieuses chômées (ouaiiiiis!), et l'inspiration artistique qu'ils ont suscitée depuis quelques millénaires. Dans cet ordre d'idée, si l'Esprit Saint illumine la créativité de Colin, je n'ai qu'un mot à dire : amen.
Comparé au très prometteur premier album, imprégné de Folk jusqu'à la moelle et pêchant un peu par l'inégalité de ses titres, «
II:Sojourn » franchit un net palier. Un palier, pas un tournant :
Wytch Hazel reste fidèle à ce qui a fait sa force dans «
Prelude », un
Hard Rock épique aux fragrances délicieusement Thin Lizziennes porté par un enthousiasme communicatif et un inébranlable optimisme. Le tout soutenu par une voix chaude et inspirée, des mélodies prenantes et des parties de guitare fort loin d'être anodines. Mais pour une même dizaine de titres, l'arithmétique est simple : du premier, 3 morceaux sortent franchement du lot, du second, deux pourront être considérés plus faibles.
Le line-up change marginalement, avec le bassiste Neil Corkery remplacé par le second guitariste Matt Gatley, et le poste de ce dernier occupé par le (très) jeune Alex Haslam. Très souriant, aussi. Ils sont tous souriants, en fait. Les canons du
Metal imposent souvent une attitude evil, mais ça fait bougrement plaisir de voir un groupe exprimer franchement sur scène son bonheur de partager sa musique avec le public. Bien sûr, on le sait bien, c'est pareil chez les evil, mais c'est pas déplaisant non plus de voir des zicos avec la banane.
Avec ce «
II:Sojourn », les gentils garçons à la blanche tunique baba flower power mettent beaucoup de Heavy dans leur moteur. Oh certes, on reste dans le
Hard Rock, mais on comprend mieux l'amour de Colin Hendra pour la NWOBHM en général et
Angel Witch en particulier. Non pas qu'on en reconnaisse une influence directe, en dehors d'une musicalité déjà bien établie dans le premier album. Mais force est de constater le caractère beaucoup plus nerveux du
Hard de ce second opus (qui pourtant contient une ballade de plus que le premier). La batterie de
Jack Spencer est plus mise en évidence, les riffs sont plus toniques et tranchants, le folk toujours présent est mieux intégré.
Le songwriting de Colin Hendra est imprégné de spiritualité. Chrétienne, sans doute, mais le sens des paroles dépasse le niveau du christianisme pour atteindre un niveau de généralité plus universel, à même de toucher tout un chacun. Sans être un concept album, le disque se veut organisé en deux faces en miroir : la première explore les aspects négatifs de l'âme tandis que la seconde en exprime le positif. Les deux possèdent leur tuerie.
Côté A, Still We
Fight est le titre qui va s'imprimer immédiatement dans votre tête et que vous fredonnerez le reste de la journée. Combinant délicatesse et puissance, il est plein de résolution face à un impossible combat noblement assumé. Et orné d'un fort réjouissant solo digne de la magique paire Gorham/Robertson. Malgré son absence de solo, on a son pendant sur la face B avec l'exultant Slave to the Righteousness, hymne fringant à l'extatique pont chanté, qui galope avec assurance vers la victoire.
Victory est justement le nom du titre suivant, solennel et déclamatoire auquel j'avais d'abord trouvé un air de cantique : n'importe quoi, on a beau se croire à l'abri du préjugé, il a tôt fait de vous sauter dessus par derrière... on a en fait de splendides parties vocales soutenues par un expressif jeu de batterie ; on retrouve les parties de guitare qui manquaient un peu à Slave to the Righteousness et on quitte le morceau sur un somptueux accord final qui prend des accents d'orgues sur les toutes dernières secondes.
Les deux faces possèdent aussi leur ballade qu'on s'amusera à opposer. Sur la A, Wait on the
Wind vient offrir un intermède plein de sensibilité après 3 titres bourrés d'ardeur ; c'est fort bien exécuté, assez classique jusqu'à l'accélération instrumentale porteuse d'un superbe solo. Sur la B, on a deux candidates cherchant à être nominées pour affronter Wait on the
Wind. Le titre final,
Angel Take Me, est très beau, plein d'une délicatesse soutenues par du piano et du violon, mais mon côté bourrin lui trouve une certaine mièvrerie qui la dessert. On lui préférera la sereine élégance de Barrow Hill, qui commence en pur Folk Rock et s'achève en power ballad plus classique ; les accents chaleureux de Hendra y font des merveilles, et tout ça m'évoque un peu un Mark Shelton dans «
Obsidian Dream ». Avec une telle comparaison, on ne s'étonnera pas que je lui décerne la victoire dans le concours de ball... Ah, mais arrêtons ces âneries, on n'est pas dans un jeu de télé-réalité ici.
Changeons de face et regardons ce qui nous reste à examiner. Oh, du joli monde. The
Devil is Here est un parfait opener, bien à même d'allécher le public. Une fougueuse cavalcade, une imparable mélodie, un refrain prenant, un court, mais sympathique solo, de bonnes incursions de Colin Hendra dans les aiguës, mais que demande le peuple, nom de D... oh pardon (copier 100 fois : tu n'invoqueras pas en vain le nom du Seigneur). Joliment introduit par un martellement de batterie et par la basse,
Save my
Life, pour être plus posé, n'en est pas moins enflammé, et orné d'un très beau break ; See my Demons est un mid tempo bien enlevé porteur du refrain le plus catchy de tout l'album, et son bref solo n'est pas non plus le plus médiocre.
Tournons une dernière fois l'album et réglons le cas de l'instrumental Chorale. Une ouverture solennelle à l'orgue, puis une jubilatoire galopade de guitares... Joli, mais bon, je trouve décidément que les instrus de
Wytch Hazel, c'est pas trop ça. Déjà, c'est une faute de goût (un péché?) que de se passer de la voix de Colin Hendra. Tout ce que j'en dirai, c'est qu'il est court, qu'il ne dépare pas vraiment le disque et que son caractère assez anodin ne met que mieux en valeur le titre suivant, Slave to the Righteousness.
En définitive, je ne peux que remercier frère Hendra et sa communauté de m'avoir converti. Meuh non, pas à ÇA, bon D... (zut, j'avais dit que je le ferai plus). D'abord, je viens d'une famille catholique et vous n'êtes qu'un vilain parpaillot hérétique, môssieur Hendra ; si je dois retrouver la foi, ce qu'à
Yog Sothoth ne plaise, que ce soit la Vraie Foi, celle de mes ancêtres papistes, non mais. Je parlais d'un autre type de révélation : ce second album a fait de moi un disciple convaincu du
Hard Rock original et généreux de
Wytch Hazel. Et tout le mal que je te souhaite, ô lecteur, mon ami, mon frère, c'est de contracter le même virus.
Comme d’hab’, je ne fais rien dans l’ordre et je découvre donc, en lisant ta chro, ce groupe via une écoute YT de ce deuxième album plutôt que du premier. Parce que la pochette est plus sympa ! Elle me fait penser à celle du terrible « Argus » de Wishbone Ash.
Passé « Barrow hill » (et le dernier titre), la face B n’est-elle pas plus heavy ? J’ai préféré je crois. Quoi que je dis ça mais les deux titres qui ont tout de suite accroché mes oreilles sont sur la A, « Still we fight » et « See my demons ».
L’affiliation avec Lizzy s’entend, même si on est pas du tout ici dans une copie (parfois réussie) à la Black Star Riders. Il manque néanmoins encore au groupe d’envoyer des mélodies aussi catchy que celle de feu Dieu Lynott. Mais bon, après tout, Lizzy a mis du temps avant de trouver véritablement sa patte. Pour tout dire, j’ai largement plus pensé ici à Wishbone Ash justement qu’à Lizzy au fur et à mesure qu’avançaient les morceaux. Sais tu si le leader en est fan, cela me semble une évidence ? Ce disque sent plus la fin des 70 que les 80 je trouve.
Niveau soli, c’est pas mauvais mais y’a là aussi encore beaucoup de boulot pour atteindre les sommets des duels de Lizzy ou Wishbone Ash, deux groupes fans des twin guitars.
Passons à mon principal bémol. Tu évoques « une voix chaude et inspirée ». Perso j’ai trouvé le chant assez « terne ». J’aimerai clairement un chant plus punchy qui ne se fonde pas dans le moule comme ici mais qui domine davantage la zique. Je me comprends
Merci pour la chro et la découverte JL. Je laisserai volontiers à ce disque une chance de m’emporter davantage avec les écoutes car c’est plutôt de la bonne came à mes oreilles.
Tout à fait, Olivier, Wishbone Ash se retrouve bien dans les influences de Colin Hendra. Et l'album penche vers les 70' (pas incompatible avec Lizzy d'ailleurs). Mais comparé au premier, y'a pas photo, il est plus inspiré par le tournant des early 80'. Ensuite, il faut pas y voir non plus une imitation délibérée de TL, on n'est pas dans la démarche de Black Star Rider. Le groupe a sa propre personnalité ET des relents TL. (et me fais pas dire ce que j'ai pas dit, BSR a aussi sa personnalité)
La face B plus Heavy? Ben quand même, c'est seulement deux titres contre 4, voire 5 (la ballade Wait on the Wind est bien pêchue sur l'accélération).
Je suis un peu surpris par ce que tu dis de la voix, tout de même. Mais c'est vrai que les vocaux sont plus intégrés dans une musique plus "agressive". Essaie le premier disque, l'ambiance plus folk-rock les met mieux en valeur et révèle une voix vraiment prenante. Sur celui-là, on en a déjà un bon aperçu sur Barrow Hill, non?
Et pis si tu les avais vus au PWOA, tu te poserais pas toutes ces questions. Demande à Phil, il te dira que c'est le meilleur groupe de Hard Rock de l'Angleterre contemporaine
Merci pour les réponses mon canard!
(Phil m'a dit que c'était le meilleur groupe de la galaxie)
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