Sophia est, à plus d’un titre, un groupe remarquable. Un combo fédérateur, d’une grande maturité capable de créer de véritables symphonies funéraires d’une puissance et d’une sérialité forçant le respect. Némésis de son compositeur attitré Peter Pettersson du groupe ethno-ambiant
Arcana (maintenant Bjärgo, vu que le monsieur s’est marié),
Sophia agit telle une catharsis revancharde envers le monde qui l’a enfanté. Le mini «
Aus der Welt » laissait dors et déjà présager que la musique de
Sophia prenait tout les cordes à son arc pour assener à son auditeur d’une symphonie apocalyptique réduisant l’humanité à un vaste champ de ruine…
«
Herbstwerk » est une ode fébrile à la déshumanisation environnante, un véritable pamphlet montrant du doigt la fin inexorable de l’Être Humain par les moyens qu’il a construits de ses propres mains. Pour cela,
Sophia utilise l’artillerie lourde : force de frappes de percussions martiales, puissance des chœurs d’opéra, ampleur des cuivres, ambiance délétère où plane un parfum d’apocalypse, de villes ravagées et de vies anéanties. «
Herbstwerk » dégage que peu d’accalmie durant cette écoute massive. Quelques touches de piano souligne le caractère profondément humain de réduire à néant ce qu’il a entreprit dans sa quête hypocrite et cynique.
Ainsi résonne le glas d’une humanité déliquescente et morne. Un constat déjà visible sur le magnifique «
Aus der Welt » résonnant au rythme martial d’une armée en marche. Chaos, misère retentissent sur chaque titre, récoltant le fruit qu’il a sonné, l’Homme, animal perfectible par essence n’en mène pas large face à son propre miroir. Ainsi pouvons nous rapprocher la musique de
Sophia des conjurations d’un groupe primordial dont Peter Bjärgo s’en montre garant :
In Slaughter Natives. Difficile de ne pas voir dans «
Herbstwerk » les références du groupe suédois ainsi que sa vision hautement pessimiste de l’Humanité par des moyens similaires. Très proche de « Purgate my Stain », «
Herbstwerk » est bel et bien cette vision automnale d’une décrépitude, larve informe d’une destruction en règle, tristesse et lamentation se mélangent avec cette sensation de douleur remontant l’échine.
Digne représentant d’
In Slaughter Natives tout en s’aventurant dans un chemin qui lui est propre,
Sophia grave sur une plaque de marbre son nom et celui-ci vibre au son de cet album à la fois épique et terrifiant, un disque extraordinaire et marquant, tout simplement…
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