Il y a des retours que nous n’espérons plus.
Pas des comeback de vieux dinosaures en quête de revival ou d’une tournée lucrative. Non, ceux de ces artistes ayant tout arrêté en pleine fleur de l’âge et dans une ascension figée dans le temps.
Lorsque
Textures annonce, il y a une dizaine d’années, splitter alors que “
Phenotype” avait donné une véritable leçon à la scène djent ou progressive extrême (héritage des
Meshuggah,
The Dillinger Escape Plan & co du début des années 2000 avant l’émergence de
Periphery, TesseracT ou Animals as Leader), c’est un véritable crève-coeur. Ils n’avaient simplement plus envie, conscient de ne pas progresser comme ils le souhaitaient et de ne pas être suffisamment légitime ni créatif (un comble !) face à l’explosion de tous ces groupes à cette époque. Un gâchis et un ultime disque en forme de référence (comme
Cynic en son temps).
J’avais eu la chance d’interviewer Joe Tal et Stef Broks lors de leur venue au Hellfest en 2024 et nous voici désormais avec ce disque entre les mains. Comme annoncé il y a dix ans, la suite de “
Phenotype” se nomme donc “
Genotype” mais ne forme pas un diptyque comme nous pouvions l’attendre. Stef a d’ailleurs été clair sur le sujet : les membres étaient toujours amis mais personne n’a composé ni vraiment joué de la musique pendant cette période (certains sont professeurs en académie, d’autres ont un boulot alimentaire) donc
Genotype se définie comme une relecture actuelle de
Textures, presque une remise à zéro. Ne vous attendez pas à un “Silhouette” pt II ou un nouveau “Duaslim”. Les néerlandais reviennent avec un son nouveau mais, paradoxalement, se reconnaissant très vite. Autant par ce son aussi puissant qu’il n’est aérien, par la voix de Daniël De Jongh qui a encore mûri que par ces compositions progressives sachant avant tout rester de véritables chansons.
“
Void” débute comme un hommage à
Devin Townsend (on pense vite à “Truth”) dans l’architecture sonore, cette longue introduction instrumentale pleine de puissance et de grandeur qui prend le temps d’évoluer jusqu’au premier temps fort : “
At the Edge of Winter” en duo avec leur compatriote
Charlotte Wessels. On remarque assez vite que les claviers prennent une grande place dans le mix et que les guitares se veulent lourdes et assommantes quand elles résonnent mais savent se faire aériennes pour laisser de la place aux tessitures vocales polymorphes de Daniel. A l’instar du précédent disque, il assume désormais d’être un véritable chanteur, hurlant plus rarement, ce qui ne fait que ressortir encore plus la puissance de sa tessiture saturée. Le duo qu’il forme avec l’ex-chanteuse de
Delain est parfait, à la fois poétique et moderne. Leur voix se marient de façon organique et ne sombre jamais dans l’artificialisation à outrance qu’on retrouve bien trop aujourd’hui (les schémas de guitare en support sont un véritable délice).
Chaque titre possède sa personnalité propre et forme un tout, redéfinissant le son
Textures en quarante cinq minutes. “Measuring the
Heaven” est une perle progressive montant doucement en puissance avec des aspects cybernétiques à la
Cynic / SUP et des leads mélodiques à tomber par terre, avant un dernier tiers beaucoup plus agressif (alors que le titre semblait se terminer) et des riffs à vous décrocher la mâchoire. La production est impressionnante de puissance mais sonne de façon totalement naturelle, sans cet aspect aseptisé qui peuple tant de disques modernes. On retrouve le même aspect cyber sur “Vanishing Twin” et ses lignes vocales très particulières, ainsi que ses patterns de batterie alambiqués (on pense à “Meander”).
Nous irons vers un aérien “Nautical
Dusk” qui s’éloigne encore plus des débuts très brutaux du groupe, tout comme l’incroyable “A Seat for the Like-Minded” qui s’ouvre sur des sonorités spatiales et se découpent sur un riff très créatif (le rythme totalement déstructuré nous ramène néanmoins à leur savoir-faire habituel) avant une explosion d’agressivité sur le final, jouissif dans les parties vocales où cette violence bien plus rare n’en devient que plus viscérale. “Wall of the Soul” vient formidablement clôturer cet album dans un déluge sonore (un véritable mur justement), clairement le titre le plus technique et impactant, le plus long également (presque huit minutes).
Textures est de retour ! “
Genotype" représente tout ce que nous pouvions atteindre d’eux, reprenant exactement là où ils n’auraient jamais dû s’arrêter. Foncez les yeux fermés, un des meilleurs albums de l’année est peut-être déjà là !
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