Longtemps considéré comme l'expression d'une dévotion anecdotique, outrageusement dédiée au Heavy Speed
Power Metal germanique, la musique des américains de
Dark Empire n'avait pas su convaincre grand monde de son intérêt. Cette ferveur d'inspiration saxonne, un peu trop flagrante sur un premier pas (
Distant Tides (2006)) s'était toutefois quelques peu estompé sur un seconde tentative un peu plus convaincante (Humanity
Dethroned (2008)). Bien évidemment il était encore possible d'y ressentir les stigmates de ce penchant allemand mis en exergue, notamment, par les interprétations d'un chanteur, Jens Carlson (
Persuader,
Savage Circus), aux travaux dont les moindres accents vocaux nous rappelaient irrémédiablement ceux de Hansi Kursch (
Blind Guardian) Ces intonations teutonnes bien trop évidentes embarrassaient donc encore, quelque peu, les aspirations créative de ces artistes.
A l'orée d'un troisième opus dénommé
From Refuge to Ruin, les musiciens de
Dark Empire, sans doute désireux de s'affranchir de ces dernières aspérités européennes, auront pris la décision de se séparer de Jens Carlson et de le remplacer par Urban
Breed (
Pyramaze, ex-
Bloodbound, ex-
Tad Morose). La polyvalence de ce dernier est, en effet, bien plus encline à exprimer toutes les nuances de ces inspirations étatsuniennes voulues désormais plus franchement par
Dark Empire. Et ainsi débarrassé de ces callosités occidentales, la musique de cette formation, s'épanouis dorénavant davantage en s'inspirant de ses propres racines dans lesquelles elle puise une identité façonné autour des influences Thrash et NWOBHM tant prisées outres Atlantique.
Plus personnel et plus subtile, l'œuvre qui en résulte prend alors une dimension nouvelle.
Néanmoins, à cette nouvelle orientation musicale assumée,
Dark Empire ajoute aussi les valeurs, qui firent de son dernier opus, une œuvre digne d'intérêt. Ainsi retrouvons nous ici les remarquables voix âpre voguant tantôt dans les océans noirs profonds et gutturale
Death, tantôt dans ceux d'une étendue plus aigue et écorché
Death mélodique et tantôt dans ceux tumultueux éraillés et puissants d'un Heavy parfois Thrashy. Profitons donc pour souligner ici que les travaux vocaux de ce
From Refuge to Ruin sont remarquables. Urban
Breed et Matt Moliti sont, effectivement, d'excellents chanteurs.
Mais les mots n'étant que des mots, seul l'écoute de morceaux aussi efficaces qu'attachants saurait convaincre les plus sceptiques. Des morceaux tels que
Dark Seed of
Depravity très Thrashy aux voix agressives et aux breaks superbes. Tels que
From Refuge to Ruin, remarquable ballade aux accents tantôt dissonants et malsains, et tantôt plus intimistes, tels que
The Cleansing Fire et son préambule acoustique contrasté par la férocité de ces voix agressives Heavy puis
Death soutenues par des riffs effilés qui lui succèdent; tout ceci avant qu'un break tout en douceur ne viennent, à nouveau, bousculer nos convictions. Ce morceau alterne ensuite ses diverses parties en une construction délectable et parvient, malgré ces presque quinze minutes, à tenir en haleine un auditoire ébahis. Ou encore tels que les plaisants A Plague in the Throne Room,
Dreaming in the
Vengeance, Lest Ye Be Judged ou, par exemple, What Men Call
Hatred.
From Refuge to Ruin, troisième opus des américains de
Dark Empire, est donc un album de
Power Metal moderne, enthousiaste, sombre, accrocheur, varié et subtil. Une œuvre charmeuse qui ne manquera pas de séduire ceux qui, comme votre humble serviteur, goute à ces mélanges délicats dans lesquels s'expriment tout le talent de musiciens émérites.
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