Electric Guitars est une étonnante formation. Elle s'est constituée autour de deux talentueux guitaristes requins de studio, Soren Andersen et Mika Vandborg, officiant chez Glen Hugues et
Mike Tramp pour le premier, chez une flopée d'artistes pour le second. Depuis près de 10 ans, ils se retrouvent avec le bassiste Peter Kjobsted et le batteur Morten Hellborn au sein d'un groupe intermittent au nom d'une sidérante banalité, mais dont ce
Freewheeler est le quatrième album (sans parler d'un bon live et de nombreux singles).
Partis d'un premier opus Blues-Rock teinté de psychédélique,
Electric Guitars évolue vers un
Hard whitesnakien tonique, optimiste et parfois caustique, avec même des incursions Heavy sur le troisième album. Les guitaristes chantent, même si Soren Andersen se taille la part du lion dans le lead, et le reste du groupe participe aux backing vocals. Le jeu des quatre talentueux et enthousiastes musiciens met en évidence une puissante complicité qui confère à leur
Hard Rock un groove typiquement danois (même si leurs augustes aînés de D.A.D. jouent dans une autre cour).
«
Freewheeler » s'inscrit dans la continuité et ne dépare pas la discographie antérieure, même si je lui préfère d'un petit cran son prédécesseur « Rock'n Roll Radio » : surtout, je pense, parce qu'on n'y retrouve pas l'équivalent du lourd et grimaçant Swagman. Welcome History en est ici le pendant côté flirt sur le Heavy, avec sa rythmique puissante et lourde, mais il n'atteint pas de loin l'intensité sarcastique et inquiétante de Swagman et finalement, abuse de sa durée de 5mn (le plus long titre). Dommage, parce que Welcome History vient clôturer l'album et nous laisse sur une impression d'autant plus mi-figue mi-raisin qu'il ne reflète aucunement ce que l'on a entendu auparavant.
Voyons donc
Rainbow, qui devance juste Welcome History dans la tracklist. Attaque rythmique légère débouchant sur une aguichante mélodie douce-amère que viennent renforcer des chœurs chargés d'émotion soutenus par du lead homéopathique et décoratif, final serein.
Rainbow est une réussite harmonique d'une sensibilité exaltante, un des meilleurs titres de «
Freewheeler ». Pourtant, il n'est pas non plus représentatif de l'album.
Parce que l'album, c'est avant tout du
Hard joyeux, plein d'allant, qui pousse au sourire et impose le headbanging ; une musique sans prétention, pas forcément mémorable, mais un truc qui comme le jean et le cuir « set the spirit free ».
Ce n'est pas le bien nommé opener
Dopamine qui me démentira, qui martèle une fougue irréfragable ; certes, le propos musical est léger, mais l’efficacité est au rendez-vous. Il est largement enfoncé par
Freewheeler, le morceau titre d'un classicisme sans faille et d'un goût des plus sûrs : une simplicité épurée qui fait battre le pied, secouer la tête et ferait entonner l'irrésistible refrain à un bloc de parpaing.
Tout cela n'est rien à côté de Hot Bloodied Woman, qui fait l'objet d'un single à l'artwork bien sympa. Mon chouchou de l'album : rythmique énergique et mélodie catchy s'entretiennent mutuellement dans un impeccable groove que viennent rehausser de ponctuels et brefs soli, décidément trop rares dans ce disque.
Ce travail de guitare est justement plus à l'honneur dans Incoming, un titre bien pêchu faisant irrésistiblement penser à
Whitesnake ; comparons-le à son suivant Cut Loose. Sacré nom d'une pipe, adieu le
Serpent Blanc, on se retrouve immergés dans le
Thin Lizzy du mitan des années 70, à tel point que porté par sa mélodie, Soren Andersen en arrive à prendre avec le plus grand naturel des inflexions vocales à la Phil Lynott. On s'y croirait presque, il manque juste une petite discussion musicale à la hauteur du duo Gorham-Robertson. Bel étalage de sensibilité, où l'on regrette néanmoins une batterie un peu pauvre et des Ouhouhou un poil envahissants.
On se laisse emporter par la mélodie fluide et enlevée, joliment martelée de Nervous
Breakdown, dont on regrettera pourtant le solo minimaliste. Au contraire, le lourd est syncopé
Zero Four, très porté par les parties vocales qui lui confèrent un aspect dépouillé, possède les parties de guitares les plus intéressantes du disque. Agréablement scandé, Going
Out au joli refrain porte aussi un solo sympathique en dépit de sa brièveté.
Moins captivant que son prédécesseur, «
Freewheeler » continue de faire sonner un
Hard Rock authentique et frais qui emporte l'adhésion. Il véhicule, à défaut de génie, un beau talent collectif et un engagement sans faille qui méritent bien un solide 14. Je l'arrondirai à 15, parce que j'aime bien ce groupe, que je ne vois pas pourquoi je me gênerai pour afficher ma partialité en toute subjectivité assumée, et que par les temps qui courent, un album qui file la banane vaut de l'or.
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