Pour un groupe de
Hard Rock, s'appeler
Electric Guitars relève soit d'un flagrant manque d'imagination, soit d'un certain degré de présomption. On penche sur la seconde alternative en découvrant le titre de leur dernier live, « 10 Songs, 10
Cities », allusion assez transparente à l'« Intensities in
Ten Cities » du guitar hero favori des porteurs de flingues,
Ted Nugent. Mais lorsqu'en plus ils sortent un mois avant un single intitulé «
All I Want for Christmas is an Electric Guitar », on finit par se demander si tout cela ne relève pas du fétichisme...
Les connaisseurs de la formation danoise ne se poseront pas tant de questions : depuis 2013,
Electric Guitars est le terrain de jeu favori de deux six-cordistes de grande classe qui jouent dans plusieurs autres groupes. D'un côté, le chevelu glabre Soren Andersen, gratteux attitré de Glen Hugues et de
Mike Tramp ; de l'autre, le chauve barbichu aux élégantes moustaches à la brigade du Tigre, Mika Vandborg, plus éclectique et officiant dans le Funk de la bassiste virtuose Ida Nielsen et les horizons plus Pop de Love Shop ou Claus Hempler. En compagnie du bassiste Peter Kjobsted et du batteur Morten Hellborn, ils se retrouvent régulièrement en studio ou sur scène pour célébrer dans toute leur gloire le Blues et le
Hard Rock. Ils se partagent également les parties vocales et leurs timbres assez similaires, évoquant parfois Coverdale, alternent régulièrement au sein d'un même titre. Au vu de l'enthousiasme et du feeling qu'ils transmettent, ils doivent être un peu frustrés de ne pas chanter dans leurs autres formations ! Et le format live de « 10 Songs, 10
Cities » leur permet de pousser leurs voix de fort belle manière.
Après trois albums, du très bluesy et un poil psychédélique éponyme de 2013 au beaucoup plus hargneux « Rock'N Roll Radio » de 2017, il leur manquait cet album live qui représente, pour tout groupe de
Hard qui se respecte, la médaille du vétéran : c'est désormais chose faite avec ce « 10 Songs, 10
Cities » qui immortalise les dix dates de leur tournée danoise de 2018.
Lui-même producteur et copropriétaire du Medley Sudio de Copenhague, Soren Andersen a mitonné aux petits oignons les enregistrements et le mixage des prestations d'
Electric Guitars. Avec le soupçon de rugosité qui sied bien au live, la production, d'une grande clarté, est parfaitement équilibrée : on apprécie à leur juste mesure les contributions des quatre instruments et des voix, sans qu'aucun ne prenne le pas sur les autres. C'est bel et bien un groupe qui joue et non deux virtuoses qui se la jouent.
Ajoutons que l'album sait parfaitement capter cet élément fondamental du live qu'est le public (oui, je sais, c'est un truisme, mais avouons que ce n'est pas forcément le cas dans tous les enregistrements de concerts). Avec des titres notablement rallongés par rapport aux versions studio, le groupe sait ménager des pauses et des passages en sourdine dans lesquels s'engouffrent immédiatement la ferveur et le soutien de la foule : assez peu connu en dehors des frontières du royaume de Hamlett,
Electric Guitars n'est manifestement pas boudé par ses compatriotes.
Contrairement à ce qu'affirme le communiqué de Mighty Music, « 10 Songs, 10
Cities » ne retrace pas la totalité du catalogue d'
Electric Guitars. Les titres très Blues Rock de l'album éponyme de 2013 n'y figurent pas. Mais dans l'esprit, ce premier disque n'est pas totalement oublié, avec le Blues claudiquant de White Flag, et plus encore, le Blues velouté de Day
Off, au groove digne des Australiens de The Angels. Et certains développements guitaristiques (White Flag, Back to You) renouent avec le côté psychédélique du dernier titre du premier disque : on a parfois l'impression qu'Uli John Roth (ou plutôt
Electric Sun, pour rester sur des comparaisons sous tension) s'est invité à la fête.
En apparence, « 10 Songs, 10
Cities » est également partagé entre les deux derniers albums studio, 5 titres provenant de «
String Fever » (2015) et 5 autres de « Rock'N Roll Radio » (2017). Mais seulement en apparence, car on fait l'impasse sur les titres plus bluesy de «
String Fever », album un peu dichotomique dont le live ne retient que les morceaux les plus toniques : tel le Whitesnakien Running out of Time à la rythmique pleine de groove, dont les parties de guitare sont notablement développées et au final ronflant et explosif.
Sans troubler l'homogénéité de « 10 Songs, 10
Cities », c'est pourtant de ce second album que proviennent les titres les plus atypiques.
Seul morceau à avoir été abrégé sur le live, The Man from Outer Space compense ses accents électro par une emphatique musicalité. Et qui oserait se plaindre du caractère manifestement pop du déjanté The Thinner the Eyebrow, the Crazier the Woman : on n'a pas un brin de commencement de solo, mais un tel entrain dans le propos ne peut que susciter un très souriant headbanging.
On l'aura compris, « 10 Songs, 10
Cities » est plus représentatif de la période actuelle de la carrière d'
Electric Guitars, inaugurée avec fracas par le « Rock'N Roll Radio » de 2017. L'éponyme de cet album entame le live avec un riff AC DC et d'ardentes parties solo, tempérés par un refrain au groove très D.A.D. (notons d'ailleurs que Jacob et Jesper Binzer prêtent leurs voix à des titres de l'album de 2017). On se régale d'un False Flag Operation débridé, aux saveurs Glam évoquant
Ratt. Le fin Lucy
Glow fait penser au Purple période reformation mid 80'. Et que dire de l'extraordinaire et pesant Swagman qui nous convie aux franges du Heavy
Metal, avec son rythme obsédant, à la fois menaçant et exultant ?
Avec un tel live,
Electric Guitars fait honneur au
Hard Rock. Loin de toute attitude de poseur, ils déroulent les fils d'une musique travaillée, mais au rendu simple et spontané qui emportera l'adhésion de tous les aficionados du genre. On ne saurait trop recommander cet album à tous ceux qui ne connaîtraient pas le groupe danois : c'est réellement une valeur sûre.
Merci pour la chro et la découverte de ce groupe JL. J’ai écouté l’album sur YT et j’ai bien aimé. Ca manque néanmoins peut être d’un poil de tranchant/agressivité à mes oreilles, surtout pour un live. Et j’espérais une orgie de guitares encore plus énorme après t’avoir lu, notamment rayon soli. Je suis un insatiable gourmand à ce niveau, tu le sais.
Tu évoques les trois chanteurs. Celui de « Back to you » m’est apparu meilleur que celui du dernier titre. Si tu me dis que c’est le même, je ferme ma gueule tout 2020
Enfin, j’ai aussi écouté sur YT le titre studio « Headless chicken » sur lequel interviennent les frangins Binzer de Dad et ça tue ! Bien dommage qu’il ne figure pas sur ce live.
Deux chanteurs, Olivier, deux. Même si les autres font des backing vocals. Maintenant, leur timbre est vraiment similaire et même quand on les voit en vidéo, c'est pas évident de les différencier. Je pense que l'impact des lignes vocales variées est plus important dans le ressenti. Je renonce donc à te faire taire toute l'année, mission impossible de toutes façons, je pense qu'il est plus facile d'apprendre la philosophie des Lumières à des bourreaux de DAESH
.
Et oui, le live est tout de même un compromis, je préfère aussi nettement l'album de 2017.
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