Ce
Fake je me le gardais secrètement, en même temps qui pour me le ravir ? Une pochette horrible, véritable constante du groupe, tant dans le choix de la couleur, que dans sa représentation : un quatuor en mode exhib’, non mais les gars, pas besoin de vous sabrer, laissez-moi faire, chacun son rôle. Cela reprend sans doute les codes d’une certaine école « moderne » des bandes originales de film, mais l’impact reste limité et la finalité toujours recherchée. Hormis le nom du groupe et le titre du méfait, le casting est affiché au premier plan. Si les noms sont retravaillés pour accrocher le chaland, ça fait marrer sur l’instant puis on passe rapidement sur les jeux de mots, tout en remarquant la participation d’un certain Dirk Verbeuren, frappeur de renom qui à l’époque menait déjà de front plusieurs projets, dont
Scarve. Un nom qui a traversé les époques et s’est imposé comme un gage de qualité. Mais en 1998, le leader de la troupe parisienne n’est autre que Sylvain Demercastel, guitariste/chanteur et principal compositeur, l’éclaireur qui ne cesse de percer les lignes ennemies du music business sans rien attendre en retour. Le chanteur se casse, il reprend le micro. Le label qui les a soutenus se fait racheter, Lolit@ Music, il crée le sien Wet Music. Du coup il en profite pour promouvoir les
Watcha,
Pleymo et
Oversoul, grâce à une structure indépendante qui mise sur le talent de jeunes, et un peu moins jeunes, recrues de choix. Il est comme ça le Syl, il défonce les murs de pierre à grands coups de boule. Cette manière de se sortir les tripes, de se battre farouchement contre un environnement perçu comme sclérosé, il l’a manifesté dès les premiers pas du groupe avec la démo
Xenophobia, véritable règlement de compte, contre toute forme de pensée fascisante.
Sonic Area premier missile sorti en 1997 était un pur concentré d’antis : antifa, anticonsumériste, anti-spéciste, anti-raciste, anti-moraliste, anti-nationaliste, antipasti et en poussant un peu, anti-drogue, anti-alcool, voire anti-guerre (Volmerange-les-Mines, le No Man’s
Land, tu te souviens ?). L’engagement antitotalitaire est total.
L’évolution est indiscutable entre les deux premiers albums, quand on sait que quelques mois les séparent. Le thrashcore primitif et engagé des premières heures cède sa place à un metal brutal et moderne aux relents thrashisants, militant jusqu’à son dernier souffle. La cible de toutes ces attaques : le mensonge. Le mensonge qui gouverne le monde ; auquel on ne peut pas échapper quelle que soit la sphère dans laquelle nous nous trouvons. Un éléphant ça trompe énormémént. Fuck the elephant. Fuck the
Fake. Le monde s’écroule partout autour de nous, et rester planté la tête dans le sable n’y changera rien. Ce metal idéologiquement anticonformiste se nourrit en grande partie aux sources d’un thrash moderne aux riffs puissants à la
Machine Head qui sait ralentir et faire la part belle à des lignes mélodiques enivrantes comme SUP sait si bien les ancrer dans nos esprits écervelés (
Fake/Revolution). Lorsqu’un déluge rythmique s’abat sur vous, surplombé de leads asphyxiantes et de ces voix sinistres comme sur Concept of
Life, cette violence jouissive n’est pas sans rappeler
Strapping Young Lad. Les injections de samples et d’effets, une basse proéminente (
Dream On), renverraient à s’y mécroire aux travaux de
Fear Factory. Et lorsqu’
Artsonic sort les violons (Colors too Bright/ Prodroms), c’est pour mieux nous traîner dans les limbes d’un
Metal moderne désespéré aux inclusions baroques. Dans ce déferlement de rage et de décibels,
Artsonic n’oublie pas d’alterner les phases tout en subtilité, sublimant un ensemble ravageur.
Fake est une somme qui enchaîne radicalité et modération avec talent. Même si une sortie de route, telle que Techno
Prisoner n’est pas à prendre à la légère. Cette reprise a au moins le mérite de vérifier ce que
Megadeth tentera vainement de faire avec
Risk, autrement dit de moderniser son thrash, provoquant une altération de sa virulence et de son efficacité pour mieux la tourner en dérision.
Vous l’aurez compris
Fake est sans doute plus révolutionnaire dans son idéologie et ses textes que dans sa musique, cependant il est indéniable de constater la maturité d’un groupe alors en pleine capacité, qui a su faire mouche avec un second album puissant et accrocheur.
Artsonic avait dès lors les cartes en mains pour jouer des coudes avec les
Lofofora, et autres
Mass Hysteria, le destin en décidera autrement. Que cela ne nous empêche pas de ressortir de nos tiroirs poussiéreux un album qui aurait mérité un nouvel éclairage par l’intermédiaire des webzines pour lui permettre de trouver un second souffle salvateur.
Silence.
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