Enfant bâtard du
Doom/Death initié par les Peaceville Three (et en particulier
My Dying Bride) et le
Gothic Metal traditionnel des années 90, le
Gothic Doom est un genre assez difficile à pratiquer : trop de
Doom et on tombe dans le
Doom/Death classique; trop de mélodies et de vitesse, et l'on tombe dans le
Gothic Metal. Il faut y rajouter aussi un certain état d'esprit, une certaine culture littéraire qui voit plus loin que Poe, Baudelaire et Anne Rice, et l'on ne s'étonne pas que, de manière générale, l'on trouve assez peu de groupes du genre dans notre pays (qui pourtant, en matière de littérature sombre pouvant servir d'inspiration, a largement de quoi faire).
Pour peu que l'on fasse partie des amateurs du genre, de ce type d'amateur touchant à l'esthète et pour qui un genre musical se joue des frontières, le nom d'
Angellore n'est pas inconnu. Le groupe d'Avignon s'est formé aux alentours de 2007 et a accumulé une discographie plutôt impressionnante en terme de démos, EP et splits divers avant de finalement parvenir à sortir son premier album en
2012. On a donc ici un
Gothic Doom de tradition, dont les racines sont fermement ancrées dans les années 90. Si les thèmes restent dans le classicisme du genre (tristesse, douleur, amour,
Mort et hiver), la musique n'hésite pas à s'affranchir par moments d'un paysage musical qui a déja été maintes fois parcouru pour aller s'encanailler vers des terres plus atmosphériques.
La musique pratiquée sur "Errances" doit donc autant au
My Dying Bride de "Turn Loose The Swans" qu'au premier
Theatre Of Tragedy ou à
The 3rd And The Mortal. Le chant, essentiellement masculin, alterne entre grognements Death à l'haleine de caveau et chant clair dans une tonalité de baryton (on notera la présence sur "I Am
The Agony" d'un chant beaucoup plus mélodique, presque féminin dans les tonalités, que l'on doit au guitariste Rosarius). Surtout, il sonne juste et arrive sans trop de problèmes à véhiculer les émotions souhaitées sans jamais sonner ridicules.
Au niveau de l'instrumentation, un effort est fait sur les claviers. Dans trop de cas, chez trop de groupes ils sonnent plastique, un symphonique artificiel dont le but premier semble être de noyer l'auditeur sous une chape de notes pour faire croire que l'on se la joue épique ou religieux. ce n'est pas le cas ici, et le travail de Walran s'accorde très bien avec les ambiances que tissent les guitares. Passage obligé, le violon et les guitares acoustiques font quelques apparitions mais là aussi le travail de composition est suffisamment réussi pour que leurs interventions ne sonnent jamais artificielles. Enfin les textes, relativement bien écrits (mais au vu de certains titres, je me dis que tenter d'en faire un ou deux en français aurait pu être intéressant), sont tout à fait dans le ton de ce que l'on est en droit d'attendre d'un groupe de ce style. Si l'on rajoute par dessus le tout une production qui permet à chaque partie d'être bien à sa place et de n'avoir aucun instrument relégué au second plan, on obtient là un bon premier album qui donne envie d'en entendre plus de la part du groupe.
Avec "Errances",
Angellore marque des points et rejoint des groupes comme Hidden In
Eternity et
Modern Funeral Art au rang de nos gloires locales du
Gothic Doom. Espèrons surtout qu'ils arriveront à toucher plus de public que leurs prèdecesseurs, car ils ont clairement en main tous les atouts nécessaires pour cela.
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