Les bonnes rencontres sont majoritairement celles dont on ne s’attend pas, parfois de par chez nous. En cette année 2013, la France fait une démonstration de force dans le secteur du Folk/
Pagan, alors que les grosses formations étrangères du genre sont soit en roues libres soit en totale décrépitude. Les apparitions prodigieuses se multiplient. Nous en comptons un petit nouveau en provenance du Gers. «
Boisson Divine » voit le jour officiellement en 2005, mais ces deux auteurs étaient alors trop jeunes pour entrevoir alors une vraie carrière (ils avaient respectivement 14 et 15 ans). A l’orée de l’année
2012, Baptiste Labenne et
Adrian Gilles ont estimé qu’il était temps pour eux de passer enfin aux choses sérieuses et se lancent dans la création d’un premier album, qui voit le jour une année plus tard. Cet ouvrage est un véritable produit de terroir qui, contre toute attente, hisse «
Boisson Divine » parmi les hits Folk
Metal du moment. Ce n’est pas assez souvent que le label Brennus nous sort du foie gras artisanal de grande qualité.
La musique de «
Boisson Divine » est bien plus gentille que les révélations françaises de l’année «
Cristalys », «
Lutece » ou «
Valuatir ». On ne fait pas dans le Black
Pagan, messieurs. Ici, en Gascogne, c’est la joie, le bon vivre, les tablées de nourriture. Prenez et mangez. Il n’y a aucune nostalgie, puisque le pays se définit au présent comme le plus beau du monde. Ne soyez pas surpris d’entendre un langage étranger, du moins peu commun dans le Folk
Metal de «
Boisson Divine ». Les deux compères n’emploient pas forcément le français actuel, plutôt le dialecte gascon de chez eux. Le résultat est autant étonnant et convivial. On s’imagine même retrouver l’éblouissante richesse folklorique des deux dernières pièces de «
Dalriada » à travers un « Que Me’n Tornarèi » finement manié. Point d’introduction dans cet album, on passe directement au vif du sujet, et la calotte est donnée d’entrée, sans le moindre préliminaire.
On découvre cette formation par une musique rigoureuse, bénéficiant d’une production adéquate. Ce qui assez rare pour les premiers essais de ce type de combo modeste. Ce qui marquera les esprits sera certainement cette aisance qu’ont nos amis à additionner des parties folkloriques, que l’on retrouve en partie dans des instruments tels la cornemuse ou l’accordéon, à un Heavy
Metal qui marche du feu de dieu. La cornemuse est utilisée sur « Que Me’n Tornarèi ». C’est au tour de l’accordéon de se faire remarquer sur le très prenant « Lo Cant deu Pastor », juste avant qu’il ne se fasse littéralement gober par le chant, la batterie et la guitare électrique, qui pour le coup ont effet de créer une lame de fond mélodique d’une grande puissance. Il y a autant d’énergie et de vitalité que sur le court « Hilhòta de Delà l’Aiga », qui nous galvanise de sa teneur épique et de sa prestance, allant parfois toucher du bout du doigt le
Power Metal sur sa partie rythmique.
A l’inverse, la part folklorique sera beaucoup plus attirante que la part Heavy
Metal sur « Qué de Melhor ». Peut-être à cause de l’impression renfrognée que donne ici la guitare. Néanmoins, malgré ces réserves, il y a de quoi devenir épris de ce morceau. L’aspect dansant y joue un rôle avec certitude. On avait évoqué «
Dalriada » comme une piste de jumelage Avec «
Boisson Divine ». Certes, il n’y a pas de chant féminin chez eux, ni la présence de violon, mais cette florescence folklorique, mêlée à un Heavy
Metal à dominance mélodique, aident grandement au rapprochement. Le chant nous orienterait par contre davantage vers un groupe comme «
Stille Volk ». Quoi qu’un peu plus prononcé et engagé chez «
Boisson Divine ». J’en veux pour preuve leur hymne conquérant « Terre d’Attache », qui se démarque également par un son volontairement nerveux et concassé. Dans une même trempe, cela réussit moins efficacement à « Vendanges » un poil trop neutre et répétitif, qui reste malgré tout plaisant à écouter.
En évoquant les hymnes, il faudra saluer leur vibrant hommage au milieu du Rugby, sport typique du sud-ouest, sur « Troisième mi-Temps ». Le groupe leur a d’ailleurs consacré un clip. Même si le titre en question n’est pas particulièrement représentatif de l’ensemble de l’album au vue de sa sobriété et de son absence de teneur folklorique, il apparaît sympathique et passe-partout. Sa forme directe, sans fioriture, est très appréciable. Cela permet, en supplément, de diversifier le contenu offert par l’opus. Dans cette stratégie, nous retrouverons posé en contradiction l’excellent instrumental « Rondèu », qui repose pour l’essentiel sur la magie sauvage du Folk. La cornemuse et la flute y auraient eu l’idée de se changer en oiseaux. Les gascons iront plus loin encore en explorant une phase de grande élégance et de raffinement sur « Cama Crusa ». Principalement pour l’entame sillonnée par un piano gracieux et un fond atmosphère rafraîchissant. Le restant explore un Heavy graveleux de premier choix.
Il ne faut rien sous-estimer. Tout mérite l’écoute avant jugement et possible passage au couperet. Après comparution, on louerait le ciel à ce duo formidable, nous excusant de ne pas les avoir plus tôt mieux considérés. «
Boisson Divine » n’a à priori l’air de rien, semble n’être parti que de rien. Descendus de leurs montagnes, ils sont prêts à vous donner la branlée, à vous faire une leçon de rugby, et de Folk
Metal au passage. «
Enradigats » est un album court sur le plan de la durée, mais il passera assurément de multiples fois sur votre chaine. C’est en tout cas un excellent et incroyable début pour la paire gasconne, qui n’a nullement à renier son caractère divin. Un régal, avec ou sans boisson. Ils chantent avec conviction et de façon admirable la beauté de leur contrée, déjà réputée pour son armagnac et son confit de canard. Comme disait le plus connu des gascons : « Bonne cuisine et bon vin, c’est le paradis sur Terre ».
16/20
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