Cinq années envolées déjà depuis son dixième et troublant album «
Atmosphere »... Une éternité pour la fanbase du combo teuton fondé en 1999 par le producteur, auteur-compositeur et batteur Mats Kurth (feu-Might Of
Lilith, feu-
Lyfthrasyr) ! Aussi tel un phoenix renaissant de ses cendres, voici le collectif revenu plus boosté que jamais dans la course, avec un onzième opus de même acabit sous le bras répondant au nom de «
Dreadful Waters », signé, comme ses prédécesseurs, chez le puissant label allemand
Massacre Records. Ce faisant, les neuf pistes de la rondelle offriront-elles à nos belligérants les armes requises pour tenir la féroce concurrence en respect ?
Plus encore, les 46 minutes de la bande auditive de ce message musical permettront-elles à nos cinq acolytes de rejoindre définitivement les valeurs de référence de l'espace metal symphonique à chant féminin ?
Pour ce faire, le maître d'oeuvre a à nouveau requis les talents de la violoniste Kristina Jülich et de la mezzo-soprano Leni Eitrich, auxquels s'adjoindront ceux du guitariste Harald ''Harry'' Zeidlers et de la chanteuse rock Biggi, dite ''
Nemesis''. Avec la participation de la chanteuse aux claires ondulations Sabine Unger. De cette étroite collaboration naît un propos rock'n'metal mélodico-symphonique gothique, folk et progressif à voix féminines de contraste ; un message musical volontiers enjoué, solaire et tout en profondeur, dont les sources d'inspiration sont à chercher dans le patrimoine compositionnel de
Lyriel,
Xandria,
Dark Sarah,
Leaves' Eyes,
Savn et
Midnattsol, la touche personnelle en prime.
Connu pour le soin apporté à la production de chacune de ses réalisations, le collectif germanique n'aura pas failli à sa réputation : enregistré, mixé et mastérisé à son tour au Klangschmiede Studio E (Mellrichstadt, Allemagne) par son propriétaire, qui n'est autre que Markus Stock (pluri-instrumentiste et vocaliste aguerri (
Empyrium,
Ewigheim,
Noekk,
The Vision Bleak, ex-
Autumnblaze...) et prolifique producteur (Aara,
Blazing Eternity,
Eisregen,
Midnattsol...) de son état), ce set de compositions jouit d'une saisissante profondeur de champ acoustique et de finitions à faire pâlir les cadors du genre. Mais suivons plutôt nos flibustiers dans leurs pérégrinations...
C'est sur une terre de lave en fusion que nous plongent volontiers nos acolytes, non sans happer, et d'un battement d'ailes, le tympan du chaland. Ce qu'atteste, en premier lieu, « The Maelstrom », mid/up tempo syncopé aux riffs crochetés à la croisée des chemins entre
Lyriel et
Leaves' Eyes. Instillé d'un fin picking à la guitare acoustique et pourvu d'arrangements instrumentaux aux petits oignons, ce trépidant élan rock'n'metal symphonique folk aux consonances celtiques est également empreint d'un refrain d'une invitante jovialité, d'un habile jeu de correspondances vocales entre les poignantes envolées lyriques de Leni et les serpes oratoires de
Nemesis et instillé de choeurs en liesse ; ne relâchant son étreinte qu'en de rares instants, le chevaleresque élan génère une énergie aisément communicative. Tout aussi avenant, le vitaminé mouvement folk « A Seaman’s Yarn » incitera, lui, à un pas de danse aussi alerte qu'assuré.
Dans une perspective un poil plus heavy que folk, la troupe ne s'est guère avérée plus malhabile, loin s'en faut. Ainsi, l'enfiévré, «
Dark Ice » se pose tel un ''tubesque'' et ''jamesbondien'' mouvement recelant une ligne mélodique des plus enveloppantes, où se calent les magnétiques oscillations, alors en parfaite complémentarité, des deux déesses patentées, ainsi qu'un pont techniciste bien amené d'où jaillit un bref mais seyant solo de guitare. Et la sauce prend, là encore, sans tarder. Difficile également de se soustraire aux vibes enchanteresses insufflées par le rayonnant et complexe « The
Siren » ; recelant un refrain immersif à souhait, investi d'insoupçonnés changements de tonalité et nous gratifiant de deux flamboyants soli, l'un au violon, le second à la lead guitare, ce ''lyrielien'' hit en puissance ne se quittera qu'à regret. On ne saurait, enfin, esquiver l'opératique et pulsionnel « The Ship’s Cook » à la lumière de ses inaltérables et saillants coups de boutoir et de ses enchaînements intra piste ultra sécurisés.
Quand la cadence se fait un tantinet moins alerte, nos acolytes trouvent là encore les clés pour nous assigner à résidence. Ce qu'atteste, d'une part, l'enjoué et ''xandrien'' mid tempo «
Through the Brightest Blue », eu égard à ses couplets finement ciselés – relayés chacun d'un refrain catchy mis en exergue par les empreintes parfaitement harmonisées des trois sirènes – et au saisissant coup d'archet de la violoniste. Dans une ambiance folk, et non sans rappeler
Midnattsol, l'enivrant et intrigant mid tempo progressif « To the Reef! », pour sa part, déploie une cornemuse libertaire doublée d'une flûte gracile, tout en octroyant une insoupçonnée et grisante montée en régime du corps orchestral et oratoire à mi-morceau. Et la magie opère, une fois encore.
Lorsque les lumières se font plus tamisées, toute tension s'évanouira d'un coup d'un seul. Ce qu'illustre, tout d'abord, «
Southern Cross », ballade folk progressive tout en profondeur et d'une sensibilité à fleur de peau, que n'auraient sans doute reniée ni
Midnattsol ni
Savn. Glissant le long d'une radieuse rivière mélodique où évoluent à unisson les pénétrantes modulations de nos princesses qu'accompagne une harpe mélancolique, et se chargeant graduellement en émotion au fil de sa progression, l'instant privilégié comblera assurément l'aficionado de moments intimistes. Empreint de puissants coups de tambour d'une régularité métronomique et entonné dans la langue de Goethe, l'opératique low tempo «
Die Hexe und der
Teufel » aspirera, lui, tant par la fluidité de ses engageants harmoniques et ses violoneux gimmicks que par son duo mixte en voix claires en parfaite symbiose.
On ressort de l'écoute de la poignante rondelle gagné par un agréable sentiment de plénitude. Une fois encore, la combo allemand nous livre une œuvre aussi invitante et solaire qu'émouvante, apte à nous aspirer dans la tourmente, et ce, jusqu'à la survenue de la chute finale. Varié sur les plans rythmique, atmosphérique et vocal, le luxuriant mouvement témoigne également d'une intéressante diversification en matière d'exercices de style et de quelques sonorités inédites. Parallèlement pourvu d'une technicité instrumentale et oratoire bien huilée et de lignes mélodiques fleurant bon la féconde inspiration de leurs auteurs, cet opus offre, par ailleurs, des conditions d'écoute quasi optimales. C'est dire que l'expérimenté collectif disposerait-là de son bâton de maréchal pour entrer définitivement parmi les valeurs de référence du metal symphonique à chant féminin. Bref, un retour sur les chapeaux de roues pour la formation teutonne...
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