Dimness Profound

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Nom du groupe Luna Ad Noctum
Nom de l'album Dimness Profound
Type Album
Date de parution Novembre 2002
Labels Pagan Records
Enregistré à Selani Studio
Style MusicalBlack Symphonique
Membres possèdant cet album17

Tracklist

1. Intro / Dimness prologue 01:47
2. Traitor of Sadness and Grief 05:10
3. An Ancient Splendour 04:44
4. The Last Coldest Sunset 05:18
5. Moonlit Sanctum 05:25
6. The Mirror of Our Curse 05:37
7. Mental Spirit and Flesh 03:34
8. The Evil's God (Await Us) 06:07
9. Outro / Her Raven's Aura 01:04
Bonus-Video (Clip)
10. The Last Coldest Sunset 03:41
Total playing time 43:32

Chronique @ BadaOfBodom

12 Septembre 2010
Dans la "Genèse", il est écrit que Dieu créa le soleil et la lune le quatrième jour de son entreprise afin de marquer concrètement l'alternance entre deux états du monde : le jour et la nuit. Mais cette dualité est plus profonde qu'un simple état de fait. Effectivement, le soleil apparaît généralement à tout un chacun comme un astre salvateur insufflant la vie aux êtres par le biais du rayonnement intense qu'il emet ; ce qui n'est guère le cas de la lune. La lune est moins "franche" et "expansive" que le soleil, elle a une part de mystère, une face cachée, une action entre luminescence et obscurité. La lune est un astre énigmatique qui nous montre la voie dans les ténébres, peut-être pour nous y acculer. En outre, elle semble influencer subrepticement les consciences et alimente les superstitions, ce qui en fait une entité quasi spirituelle, si ce n'est mystique. D'après Jyrki Pellinen, poète finlandais, "L'amour pour la terre donne de plus mauvais résultats que l'amour pour la lune". Faut-il alors vénérer la lune comme le font et l'ont fait de nombreuses civilisations ? Devons-nous implorer sa bonne grâce, pactiser avec elle ? Représente-t-elle une lueur d'espoir ou est-elle simplement l'impératrice du chaos ?

C'est de ce concept que s'inspire Luna Ad Noctum, quatuor polonais talentueux, avec Adrian Nefarious au chant et à la basse, Tomas Infamous à la guitare, Dragor Born In Flames à la batterie et enfin Noctivagus au clavier. Formé en 1998, ce groupe signe avec "Dimness' Profound" son premier véritable album studio ; album disponible dès 2002 en Pologne via Pagan Records, et qui sera réédité l'année suivante dans le monde entier par le label écossais Golden Lake Productions. Le groupe officie dans un style particulièrement approprié, compte tenu du concept adopté : le Black Metal Symhponique. Je dis bien "approprié" pour la simple et bonne raison que le Black Symphonique a la particularité, dans de nombreux cas, de mêler la noirceur étouffante du Black traditionnel à des atmosphères aériennes ; le clavier étant bien sûr la clé de voûte de ce dernier point. Donc, dans une certaine mesure, l'ambivalence de ce style musical reflète bien l'ambiguïté de l'astre lunaire évoquée précédemment.

L'exemple le plus probant qui soit est sans aucun doute un certain album de 1996 composé par un certain groupe norvégien... Vous ne voyez pas de quoi ni de qui je veux parler ? Et si je vous dis "Moon In The Scorpio" de Limbonic Art... Oui, vous savez, ce chef-d'oeuvre intemporel de Black Symphonique aussi immersif que fondateur, dont chaque riff, chaque arrangement, évoque la lune et son étreinte ; d'autant que la pochette et les paroles glorifient cela. Côté concept, Luna Ad Noctum n'est donc pas en terre inconnue. Plus de détails ? Allons-y...

D'abord, vous l'aurez sans doute deviné, Luna Ad Noctum n'est pas un nom choisi au hasard par le groupe puisque c'est une locution latine qui signifie littéralement "Lune dans les Ténèbres". Quoi de plus logique pour un groupe qui se targue de jouer du "Obscure Lunar Metal" ?
Ensuite, il convient de jeter un oeil sur la pochette de ce "Dimness' Profound". Sans surprise, la lune est encore au rendez-vous, et là elle se dévoile entièrement. Elle est effectivement pleine, et semble imposer, pour l'occasion, un sacrifice. La femme que l'on voit au centre du dessin, prise au piège dans les tourments de la nuit, s'y astreint en abandonnant son enfant aux forces obscures représentées par un démon fantomatique, un spectre diabolique.
Quant aux paroles, force est de constater qu'elles collent parfaitement à l'imagerie véhiculée. Outre l'hommage probable rendu à Limbonic Art avec l'apparition de l'expression "Beyond The Candles Burning" dans le morceau "Moonlit Sanctum", on a droit à un véritable hymne à la lune, à la nuit, à l'obscurité, aux ténèbres. Le groupe insiste beaucoup sur le pouvoir de l'aura lunaire, sur l'influence presque magnétique qu'elle exerce sur les esprits, et comment elle peut s'infiltrer dans notre for intérieur pour nous détruire psychologiquement (d'où le titre "Dimness' Profound"...).

Côté musique, stricto sensu, il faut avouer que certains éléments sont symptomatiques de ce concept. Le clavier, par exemple, joue un rôle essentiel. L'intro de "Dimness' Profound" - "Dimness' Prologue" - prend l'allure d'une véritable cérémonie d'invocation, ce qui n'est pas sans rappeler l'intro "Alsvartr (The Oath)" composée par Emperor pour "Anthems To The Welkin At Dusk". Idem pour l'outro - "Her Raven's Aura" - qui enfonce le clou à grands coups de brise glaciale et de cris de corbeaux terrifiants auxquels Limbonic Art nous a habitués avec "Moon In The Scorpio". Même dans les chansons à proprement parler, le clavier reste très présent, et ses interventions s'avèrent toujours judicieuses, donnant ainsi une profondeur spirituelle, pour ne pas dire spectrale, à la musique. Comme vous l'aurez certainement compris, ceci permet d'adhérer parfaitement au concept entretenu par la pochette, les paroles, et même le clip - puisqu'il y en a un - de "The Last Coldest Sunset". Vous ne voyez pas le lien ? Pour vous éclairer, sachez que les Grecs, au cours de l'Antiquité, voyaient la lune comme le refuge des morts. Plutarque lui-même lui avait donné le nom symbolique de "résidence des âmes". Les mélodies "fantomatiques" de Noctivagus rappellent donc bien, à leur manière, l'astre lunaire.

Mais ce que je vous dis là peut véritablement prêter à confusion car, en réalité, "Dimness' Profound" n'est pas un album de Black Atmosphérico-Symphonique de la plus pure tradition, comme on pouvait probablement s'y attendre. Si vous pensez trouver ici un album dans le même esprit que du Darkflight ou un remake de "For All Tid" de Dimmu Borgir, je vous arrête donc tout de suite. Il n'est pas nécessaire d'aller plus loin que le premier "vrai" morceau pour s'en apercevoir... Tout comme "Anthems To The Welkin At Dusk" qui recèle un véritable missile - "Ye Entrancemperium" - après son intro paisible, "Dimness' Profound" dissimule "Traitor Of Sadness & Grief", un morceau qui vous lave le conduit auditif en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire... Eh oui, sans que l'on y soit préparé, "Traitor Of Sadness & Grief" nous confronte à une violence manifeste, à une brutalité "made in Poland", connue pour être sans concession. Même le clavier, très présent tout au long de la chanson, n'adoucit en rien la rage qui s'abat sur nous comme un rouleau compresseur. À vrai dire, il ne fait que renforcer le malaise en lui insufflant une dimension apocalyptique. À noter que ce rentre-dedans musical avec "Traitor Of Sadness & Grief" n'est pas du tout exceptionnel. Il faut savoir que l'album est parsemé de riffs assassins qui ne manqueront pas de vous coller au siège le moment venu, d'autant que Nefarious, le chanteur, nous livre une prestation démoniaque, au sens propre du terme... Pour illustrer ces dernières paroles, je pense particulièrement à "The Last Coldest Sunset", "Moonlit Sanctum", ou encore "Mental Spirit & Flesh"...

Néanmoins, force est d'admettre que, malgré l'agressivité ambiante, "Dimness' Profound" contient des compositions d'une réelle subtilité. Ne vous attendez donc pas non plus à une débauche de violence linéaire et stérile. Le groupe veut vraiment transmettre des émotions, et ça se ressent. Outre la haine véhiculée à travers les morceaux les plus furieux, il y a aussi le désespoir et la mélancolie qui s'offrent à nous avec des morceaux tels que "An Ancient Splendour", "The Mirror Of Our Curse" et "The Evil's God (Await Us)". Ces morceaux, globalement plus lents que les ogives sus-citées, moins incisifs en somme, mettent davantage l'accent sur les penchants mélodique, atmosphérique et symphonique des compositions (j'attire votre attention sur le terme "davantage" car je rappelle que ces penchants se manifestent plus ou moins dans tous les morceaux...). Mais, entendons-nous bien, on reste à mille lieues du bal musette... Avec Luna Ad Noctum, il y a toujours cette fameuse folie furieuse qui surgit ici et là, même dans les morceaux les plus calmes, parfois impromptueusement.

Dans l'idée, et je dis bien "dans l'idée", on n'est donc pas si loin de la musique proposée par Limbonic Art avec "Ad Noctum - Dynasty Of Death", véritable référence, à juste titre, en matière de "brutalité symphonique". On notera au passage l'étrange coïncidence, si c'en est une, qui fait que Luna Ad Noctum a presque le même nom que cet album de Limbonic Art... Et c'est un détail intéressant quand on sait que Luna Ad Noctum marche sur les traces de Morfeus et Daemon d'un point de vue conceptuel, comme nous l'avons vu tout à l'heure.
Dans les faits, il y a tout de même de gros points de divergence entre "Ad Noctum - Dynasty Of Death" et "Dimness' Profound"... La différence la plus notable entre les Polonais et les Norvégiens tient de la production, beaucoup plus organique chez Luna Ad Noctum, plus vivante, plus humaine. Les instruments sont mieux mis en valeur, le rendu est moins froid et automatique, ce qui confère à "Dimness' Profound" une dimension quelque peu singulière dans la voie de l'agressivité, une identité malgré tout.
Si vous me le permettez, j'aimerais donc mettre cet album quelque part entre "Ad Noctum - Dynasty Of Death" de Limbonic Art, "Enthrone Darkness Triumphant" de Dimmu Borgir, et "Revelation 666 - The Curse Of Damnation" d'Old Man's Child. Si vous aimez ces indicibles tueries, vous savez donc ce qu'il vous reste à faire...

Pour faire simple : je le recommande.

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BadaOfBodom - 13 Septembre 2010: Proche en bien des points, oui ; surtout pour ce qui est de la brutalité, en fait... Mais, attention, ne t'attends pas pour autant à un remake. C'est ce que j'explique en détails à la fin de la chronique, et j'espère que tu as bien lu... ;)

Quoi qu'il en soit, ce "Dimness' Profound" est une pure réussite. Excellent.

Sinon, vu que t'es fan de Limbo, je te conseille aussi Sirius et Obsidian Gate, pas mal influencés par "In Abhorrence Dementia" ; quoique le deuxième album de Sirius est plus du côté d'Emperor, et notamment de "IX Equilibrium"... Enfin, bref.
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