Helioss n’est pas encore un groupe très reconnu, pourtant cela fait tout de même plus de dix ans qu’il roule sa bosse dans l’underground français. Fort de trois albums de très bonne facture, le duo parisien évolue dans un registre black death symphonique et épique très mélodique avec une forte influence neo classique. Leur dernier album en date,
Antumbra, avait dévoilé une facette plus sombre et agressive de leur musique, et trois ans plus tard, il était temps de vérifier si cette tendance allait se confirmer ou ne représentait qu'un écart ponctuel.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que pour ce quatrième full length, les Français ont mis les petits plats dans les grands. Déjà, première évolution notable,
Helioss s’est fait épauler par un vrai batteur, Mikko Koskinen, et la différence s’entend, avec un rendu moins synthétique et des patterns à la fois plus fouillés et dynamiques. D’ailleurs, pour le coup, la production de Frederic Gervais est claire et puissante, mettant parfaitement à l’honneur tous les instruments et seyant parfaitement au genre résolument moderne du duo. Ensuite, au niveau musical, le combo ne s’est vraiment pas foutu de ses auditeurs, avec neuf titres pour un total de 66 minutes (!). Vous l’aurez donc probablement deviné, ici,
Helioss assume pleinement ses envies progressives, et
Devenir le Soleil est un album extrêmement riche et complexe, dont il vous faudra de nombreuses écoutes pour décortiquer les différentes couches musicales et déceler toutes les subtilités.
Malgré tout, les morceaux parviennent à rester dynamiques et facilement accessibles dans leur ensemble, grâce à un riffing incisif, et à un sens de la mélodie et de la composition indubitable. Après, ceux qui s’attendent à un metal vraiment extrême, haineux et blasphématoire ou qui recherchent des ambiances de vieilles cryptes ou de rituels satanistes peuvent passer leur chemin : le groupe ne ment pas sur la marchandise, et quand on se nomme
Helioss et que l’on a pour ambition de
Devenir le Soleil, l’orientation très mélodique et lumineuse de la musique semble plutôt évidente.
L’ensemble oscille la plupart du temps entre mid tempi et rythmes un peu plus rapides, les blasts se faisant assez rares (l’excellent opener … Et Dieu Se Tut,
The End of The
Empire). Ici, les guitares jouent un rôle très important, avec des mélodies omniprésentes, et un riffing alternant entre black et death qui lorgne parfois aussi vers le power (le très bon
The End of the
Empire, La Lèpre Des Hommes). Les notes de six cordes éclaboussent toujours l’ensemble de leur virtuosité, et l’on peut penser à des groupes comme
Stortregn,
AevLord, Lifthrasyr,
Mirrorthrone voire
Adagio à l’écoute de ces neuf compositions.
L’autre élément propre au style, ce sont évidemment les claviers, qui, omniprésents, interviennent sous plusieurs formes (plages de piano mélancolique sur A Wall of Certainty, orchestrations imposantes, chœurs ou nappes qui enveloppent la musique dans un voile onirique…). L’ensemble est très soigné et professionnel pour un rendu impeccable, même si le tout manque à mon sens un peu d’accroche de par le choix assumé du groupe de privilégier des structures complexes et une musique un peu « intellectuelle » qui, sans jamais nous perdre vraiment, nous submerge parfois un peu sous ce foisonnement musical qui s’écartèle entre plusieurs styles, un peu à l’image du titre éponyme.
Car oui, impossible de ne pas dire un mot sur l’imposant
Devenir le Soleil, pièce magistrale de plus de 24 minutes qui ne compte pas moins de huit invités, et qui incarne à merveille la richesse mais aussi la prolixité de la musique du duo : après une courte intro calme à l’orgue, on a une montée en puissance symphonique qui lance vriament le morceau, imposant un véritable labyrinthe rythmique et mélodique. Moments de bravoure guitaristique, passages introspectifs lors desquels claviers, violons et narration mêlent leurs soupirs, explosions de blasts, profusion de voix - entre déclamations théâtrales, simples murmures, chants clairs et hurlés, masculins comme féminins, growls caverneux - lourds breaks teintés de death, passages aériens aux fragrances orientales, symphonies de cuivres qui rappellent beaucoup
Ars Moriendi…, toutes ces humeurs s’entrecroisent pour former une pièce baroque, véritable épopée à part entière. L’ensemble est remarquable, quoi que parfois un peu difficile à suivre - les parties narratives occupent un espace important qui casse parfois un peu le rythme de la musique et pourraient décourager les auditeurs non francophones - même si évidemment, le tout a été minutieusement pensé et composé afin de mieux baliser l’histoire, écrite par Julien Simon, et qui se divise en cinq chants distincts.
Pour conclure,
Devenir le Soleil est un très bon album de black death symphonique, à l’opulence et à la virtuosité musicales remarquables, mais assez complexe à appréhender. Certains reprocheront peut-être au groupe d’en faire un peu trop ou de sonner parfois pompeux, ceci dit, impossible de ne pas reconnaître l’énorme travail de composition ni la qualité de la musique. A l’instar d’un groupe comme
Orakle, il est évident qu’
Helioss ne plaira pas à tout le monde, proposant une musique exigeante, qui s’adresse avant tout aux auditeurs patients, prêts à s’investir un minimum dans l’art sonore qu’ils écoutent. Les consommateurs de musique fast food et prémâchée peuvent passer leur chemin, ainsi que ceux qui ne jurent que par le true black minimaliste enregistré dans une cave sombre sur un 4 pistes : l’ascension vers le soleil se mérite, et seuls les plus persévérants et ouverts d’esprit d’entre vous pourront tenter de fusionner avec l’astre sans se brûler…
Cool, j'avais bien aimé le précédent, le mélange black sympho/néo-classique me plaisait bien (même si je peux comprendre que certains aient du mal, avec ce côté jusqu'au-boutiste). Hâte d'entendre ça !
J'ai été fasciné par les deux albums précédents, donc celui-ci devrait surement me plaire également. Et avec un titre de 24 minutes, l'album est d'emblé très ambitieux et prometteur. En tout cas, excellente chronique comme toujours.
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