Nous ayant laissés sur le souvenir ému d'un pléthorique et poignant «
The Last Horizon », le quartet néerlandais cofondé en 2003 par le batteur Steve Wolz (
Deinonychus,
Halgadom, ex-
Kingdom Of Salvation, ex-
Angel, ex-
Sahara Dust...) et la talentueuse contralto Helena Iren Michaelsen (
Angel, ex-
Trail Of Tears, ex-
Sahara Dust) revient dans la course, quelque trois années plus tard, avec un opus de même acabit dénommé «
Dark Paradise ».
Signé à son tour chez le puissant label allemand
Massacre Records, ce set de compositions sera-t-il en mesure de rivaliser avec celui, éminemment galvanisant, de son plus proche et dantesque aîné, voire de le supplanter ?
Dans cette nouvelle aventure, nous embarque l'équipe du précédent effort tout entière. Ainsi, aux côtés d'Helena évoluent à nouveau les talents de Jan ''Örkki''Yrlund (
Prestige,
Satyrian, ex-
Danse Macabre, ex-
Lacrimosa...) aux guitares, de Gery Verstreken (
Ostrogoth, ex-
Angel, ex-
Nightqueen...) à la basse, et de Merijn Mol (
Satyrian, ex-
Danse Macabre...) à la batterie. Avec la participation, pour l'occasion, d'
Oliver Philipps (
Angel,
Satyrian, ex-
Everon, guest chez
Delain,
Serenity...) non seulement au piano, aux orchestrations et aux guitares additionnelles, mais aussi en qualité de vocaliste additionnel sur «
Lost Souls ». De cette étroite collaboration émane un propos rock'n'metal symphonique gothique aussi épique et frondeur qu'empreint de délicatesse et fortement chargé en émotions. Assorti de sonorités folk et cinématiques, c'est dire que ce mouvement s'inscrit dans la veine atmosphérique de son illustre prédécesseur.
A l'instar de ses devanciers, ce septième album bénéficie d'une production d'ensemble bien difficile à prendre en défaut. Co-produit par
Oliver Philipps (déjà sollicité à cet effet par Ad
Infinitum,
Delain,
Serenity et par
Imperia, entre autres) et Jan Yrlund, cet opus s'agrège également un mix et un mastering signés Jacob Hansen (pluri-instrumentiste/vocaliste (
Pyramaze,
Invocator, ex-
Anubis Gate...) et ingénieur danois, connu pour avoir mixé/mastérisé certains des albums d'
Avantasia,
Delain,
Diabulus In Musica,
Epica,
Evergrey,
Kamelot,
Sirenia... sans oublier
Imperia sur les cinq dernières de leurs sept offrandes). Ce faisant, les 50 minutes de la galette jouissent d'un enregistrement d'excellente facture, d'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentations, de finitions passées au crible et d'une belle profondeur de champ acoustique. Pour mettre les petits plats dans les grands, la pochette d'inspiration fantastique et au trait affiné relève, une fois encore, du fusain de Jan Yrlund (
Amberian Dawn,
Dark Sarah,
Delain,
Imperial Age,
Prestige,..). Mais embarquons plutôt à bord du navire, et laissons-nous guider par nos quatre flibustiers pour une nouvelle traversée en eaux profondes...
Dès les premières mesures, le collectif batave se plaît à nous projeter sur une terre de lave en fusion, avec pour effet de nous retenir plus que de raison. Ainsi, n'ayant de cesse de nous asséner de virulents coups de boutoir tout en déversant un refrain immersif à souhait mis en exergue par les fluides et sculpturales inflexions de la sirène, et sans oublier un fringant solo de guitare, l'enfiévré et rayonnant «
Better Place » joue dans la catégorie des hits en puissance que l'on ne quittera qu'à regret. Dans cette dynamique, l'organique «
Reflection », pour sa part, nous injecte une basse vrombissante doublée des assauts répétés de sa double grosse caisse, générant, de fait, une énergie aisément communicative.
Plus surprenant, le trépidant et théâtral «
Void of
Emptiness » emprunte, lui, quelques chemins de traverse, histoire de nous bousculer un peu, sans pour autant nous égarer d'une onde mélodique plutôt entrainante. Et la sauce prend, in fine.
Quand la cadence du convoi instrumental se fait plus mesurée, nos acolytes trouvent à nouveau, et sans mal, les clés pour nous prendre dans leurs filets. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
Reach My Tears », jovial mid tempo rock'n'metal symphonique folk dans la lignée du précédent effort. Pourvu de sémillants arpèges d'accords, mis en relief tant par les fluides ondulations que par les growls glaçants de la belle, et imprimant un groove fédérateur, le ''tubesque'' méfait se jouera assurément de toute tentative de résistance à son assimilation. Un petit frisson ne nous étreindra pas moins sous le joug des vibes enchanteresses jaillissant des entrailles du sensuel « The Family
Chain » et du cadencé «
Hope of Joy » ; instillé de sonorités délicieusement surannées, nous replongeant alors dans la mouvance d'un mémorable «
Queen of Light », recelant parallèlement une sente mélodique des plus enveloppantes et des arrangements orchestraux de fort bonne facture, nombreuses sont les armes de ces deux grisantes plages pour asseoir leur défense et se jouer des nôtres. On retiendra encore le félin « Soldiers of
Hell », et ce, davantage pour la délicatesse de ses senteurs orientales et ses enchaînements intra piste ultra sécurisés que pour un sillon mélodique accusant, cette fois, de persistantes linéarités.
Lorsque les lumières se font plus feutrées, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Nous adressant alors leurs mots bleus les plus sensibles, la petite larme ne saurait tarder à perler sur la joue de celui qui y aura plongé le pavillon. Ce qu'illustre, d'une part, « The
Tree of
Life », opulente power ballade dans la droite lignée des premiers élans de la troupe, que des gammes pianistiques d'une infinie délicatesse se chargent de souligner. Glissant le long d'une radieuse rivière mélodique sur laquelle se greffent les pénétrantes envolées lyriques de la maîtresse de cérémonie et se chargeant en émotion au fil de sa progression, l'instant privilégié ne saurait être éludé par l'aficionado de moments intimistes. Difficile également d'opposer une quelconque résistance à la charge émotionnelle délivrée par «
Lost Souls » ; mise en habits de soie pâr les cristallines patines de la princesse auxquelles viennent s'unir les claires impulsions d'
Oliver Philipps, et agrémentée d'un fin picking à la guitare acoustique, cette ballade romantique jusqu'au bout des ongles poussera assurément à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée. Enfin, encensée par les pénétrantes oscillations de la diva et parsemée de perles de pluie échappées du maître instrument à touches, l'a-rythmique « The Demons' Fireplace » se pose telle une classieuse et cinématique ballade d'une sensibilité à fleur de peau. Et la magie opère, une fois encore.
Au final, le combo batave nous octroie un propos à la fois truculent, épique, romanesque et moderne, se savourant à chaque fois davantage au fil des écoutes. Digne successeur de «
The Last Horizon », cet essai témoigne, à son tour, d'une ingénierie du son coulée dans le bronze et de l'absence de tout bémol susceptible d'affadir l'attention du chaland. Malgré des exercices de style moins variés que ceux de son luxuriant aîné, le méfait ne relâchera pas son étreinte d'un iota. Sans doute ses qualités interprétatives et orchestrales, ses mélodies bien inspirées, sa technicité instrumentale affermie mais non ostentatoire, et le petit supplément d'âme qu'il recèle contribuent-ils à rendre ce message musical aussi attachant que rayonnant. Bref, un magistral septième élan autorisant l'escadron néerlandais à tutoyer de célestes contrées...
Note : 16,5/20
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