Je vais être honnête dès ces premières lignes, malgré tout mon attrait (bien connu) pour le metal progressif et mélodique depuis des années et des années, je ne connaissais pas
Voyager avant la sortie de cet album. Pourtant le septième. Alors, par acquis de conscience, j’ai décidé d’attendre un peu et de découvrir les disques précédents pour avoir un avis un peu plus global de ce groupe australien assez hybride dans son style.
Très mélodique, particulièrement au niveau des claviers et du chant (assurés par Daniel Estrin et sa coiffure un brin spéciale) mais équilibré par des riffs très épais et lourds (merci les guitares 7 ou 8 cordes et l’accordage bien bas),
Voyager va autant puiser dans les inévitables
Dream Theater que chez
Textures ou TesseracT, le tout avec une voix qu’on pourrait parfois rapprocher de Damian
Wilson, même si elle possède un caractère assez unique. Que de qualités mais voilà, les groupes australiens ont souvent du mal à s’exporter (exception faite d’un certain groupe à 4 lettres mais ceci est une autre histoire ...) et
Voyager, malgré son patronyme, a finalement assez peu tourné dans nos contrées et peu exploré les festivals qui peuvent permettre de se faire un nom sur le vieux continent.
En creusant un peu, l’excellent "
The Meaning of I" aurait pu permettre au groupe de décoller un peu mais le manque de soutien d’un label structurant n’a pas dû aider le groupe, qui cherchait à durcir sa recette et se pencher sensiblement du côté d’un Nevermore moins radical. "
Ghost Mile", le précédent opus, se voulait également plus sombre, avec quelques incursions éparses d’un chant plus dark (car extrême semble exagéré).
Désormais épaulé par Seasons of
Mist,
Voyager a tout pour enfin bénéficier d’une couverture en Europe, potentiellement d’une tournée (l’actualité n’aide pas mais là, ils n’y sont pour rien) et ainsi enfin se faire connaitre en trustant les magazines et les conférences de presse (c’est d’ailleurs comme ça que j’ai découvert le groupe). Alors, quel menu pour ce "
Colours in the Sun" ? Le groupe n’est pas composé de débutants et ça s’entend dès le début. La production est énorme, l’interprétation sans aucune faille et le combo bénéficie, pour le clip du premier extrait, d’un invité de marque en la présence d’Einar Solberg pour "
Entropy". Et il y a de fortes chances qu’un fan de
Leprous se retrouve dans la musique de
Voyager. Intro au piano, un riff très rythmique mais en retrait, et le travail sur les voix qui sont totalement mise en avant, à peine caressées par de multiples nappes de claviers. La voix de Daniel se mêle totalement à celle d’Einar et le duo fonctionne admirablement bien, tant et si bien que l’on pourrait presque croire que l’on écoute un inédit de
Leprous d’il y a quelques années (peut-être "Bilateral" pour la production). Un coup d’éclat qui ne peut, là encore, que faire parler du groupe et enfin avoir la lumière qu’il mérite. Le break, très subtil (cette partie de batterie, avec la basse slappée par-dessus), témoigne d’un niveau technique assez fou et démontre que, si le groupe est probablement capable de jouer ce qu’il veut, il laissera la démonstration technique en retrait au profit de « vraies » chansons, souvent de moins de cinq minutes, mariant poésie, efficacité et refrain accrocheur. On pense également, en ce sens, à un certain
Pagan’s Mind qui alliait des passages techniques à des mélodies très marquées, de plus assurées par un chanteur très particulier (le fameux Nils K.
Rue).
Mais les saveurs seront multiples sur "
Colours in the Sun". Définitivement plus lumineux et accessible que les opus précédents, "Colours" débute l’album sur une ligne de claviers totalement pop et la ligne vocale suit le même chemin. Les guitares servent de support rythmique mais c’est bel et bien les claviers et le chant qui mènent la danse, avec toujours cette complexité du couple basse/batterie qui offre un côté djent progressif très moderne à l’ensemble. On trouve ce type de formule également sur "
Brightstar" qui rendra malheureux les diabétiques ou sur "
Sign of the Times" et ses claviers très 80s (un petit air d’Europe parfois) sur lesquels un riff syncopé se pose, rendant
Voyager un peu schizophrénique sur ses envies partagées entre modernité et conformisme, présent et passé, le rendant bien difficile à placer dans une case (heureusement) mais qui risque de placer les australiens trop moderne pour les fans de prog mais trop « easy listening » pour les fans de djent. L’éternel problème d’un groupe ayant le cul entre plusieurs chaises et ayant des éléments susceptibles de plaire à beaucoup mais d’autres les éloignant inexorablement.
Finalement, c’est sur ses titres les plus agressifs que
Voyager surprend le plus, notamment car ils dénotent du disque et apporte une tension supplémentaire, presque inattendue, qui donne énormément de corps à ces passages. Il y aura déjà l’énorme "Reconnected" et son riff qui écrase tout, épaulé par une double pédale lancinante et certaines parties de chant bien plus extrêmes (quelques cris ici et là). La production très épaisse renforce la puissance qui se dégage de la composition, et, cette fois-ci, c’est le break qui apporte la lumière (avec toujours ces claviers que certains trouveront cheap pendant que les autres penseront avec nostalgie à l’époque où
Dream Theater explosait au monde) pendant que les soli de guitares seraient plus à mettre du côté d’un
Meshuggah. Un savant mélange totalement maitrisé qui trouve encore plus de corps sur l’impressionnant "Water over the Bridge" et son introduction lourde comme une enclume (
Periphery es-tu là ?). La batterie se permet quelques blasts bienvenus, les couplets assez atmosphériques se confrontent toujours à la reprise de ce riff d’intro qui devient de plus en plus étouffant à longueur de titre, bien qu’il termine sur une note positive, comme pour offrir à la lumière un échappatoire, sorte de fil conducteur de l’album.
Au final, on pourra reprocher à
Voyager de difficilement se placer et de constamment faire ressortir ses influences au moment où l’on écoute "
Colours in the Sun". L’écoute est constamment partagée entre l’impression d’écouter un groupe à la personnalité forte et celle d’une certaine pollution peuplée de « tiens ce passage me fait penser à ... » « Oh, un plan à la ... » qui empêche une immersion complète et totale. Ce n’est pas le dernier solo de l’album, sur "Runaway", qui sent le "Images & Words" à plein nez, qui nous fera dire le contraire, bien que le titre soit, une fois encore, très réussi.
Voyager fait un boulot excellent mais on dira que l’album manque sensiblement de corps pour passer le cap du groupe de seconde zone. Un parfait complément pour ouvrir un groupe plus important en tournée, un disque qu’on prendra plaisir à ressortir de temps en temps mais, soyons honnête, voilà maintenant quatre mois que je possède l’album, et il est tranquillement en train de devenir une nouvelle ombre (parmi les nombreuses) aux grands disques du genre. Gageons néanmoins que les australiens auront désormais l’exposition qu’ils méritent et qu’ils pourront nous régaler en concert. Peut-être "
Colours in the Sun" est-il le bon tremplin pour passer à l’étape supérieur et ensuite nous proposer un album plus personnel, fort d’un certain succès et une confiance acquise.
Seul l’avenir nous le dira.
J'aime beaucoup les deux précédents, mais étonnamment je suis passé, à côté de celui-ci.
Pour ma part, je connaissais Voyager de nom mais jamais écouté ni d'idée précise sur leur univers musical. Puis il y a un mois, en cliquant sur Deezer, j'ai pris le morceau Colours en pleine face, avec son caractère très direct plantant rapidement le décor et ne laissant aucun suspens sur ce à quoi on a affaire. On donne donc sa chance au reste de l'album qui s'avèrera à l'image du 1er morceau.
Eh bien honnêtement, c'est super joli, superbe sens de la mélodie. De belles ambiances, très spatiales et atmosphériques. Une amplitude vocale impressionnante qui m'a personnellement capté dès les premières notes. Un groupe avec une belle identité je trouve.
Je n'ai pas l'habitude de découvrir les artistes par leur dernier opus mais là ce Colours In The Sun m'a pris à revers, je ne m'en lasse pas. Une discographie à découvrir je pense si les mêmes ingrédients reviennent dans chaque album ...
PS : Si Coldplay durcissait et densifiait son son, ça pourrait donner ce Colours In The Sun non ? :-P
Pour moi leur meilleur reste I Am the Revolution, puis j'avais laché le groupe avec V que j'avais trouvé chiant, pour enfin revenir sur celui là, et très bonne surprise ! Pas l'album de l'année c'est sûr, mais il passe vraiment tout seul, et 2 ou 3 titres comme l'éponyme, Saccharine Dream ou Runaway sont vraiment excellents !
Du coup je donnerai peut-être une chance aux 2 derniers. En tout cas pour moi c'est un bon 16/20 !
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire