Codex Epicus

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Nom du groupe Battleroar (GRC)
Nom de l'album Codex Epicus
Type Album
Date de parution 15 Juin 2018
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album3

Tracklist

1.
 Awakening the Muse
 02:07
2.
 We Shall Conquer
 07:46
3.
 Sword of the Flame
 07:25
4.
 Chronicles of Might
 06:22
5.
 The Doom of Medusa
 08:21
6.
 Palace of the Martyrs
 05:28
7.
 Kings of Old
 04:25
8.
 Enchanting Threnody
 07:24

Bonus
9.
 Stronghold
 05:36

Durée totale : 54:54

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Battleroar (GRC)


Chronique @ Hibernatus

14 Août 2018

Le Roi est mort, long live to Manillaroar

Battleroar n'est pas un groupe à l'extrême productivité. Actifs depuis 2000, les Grecs ont sorti trois albums à la qualité croissante, culminant avec « To Death and Beyond » de 2008, pas loin de friser la perfection dans le registre du Heavy épique. Six ans plus tard, « Blood of Legends » doucha quelque peu les espoirs légitimement placés dans la formation athénienne, avec un nouveau chanteur mal intégré, une musique virant au Power européen assez banal et, il faut bien le dire, une inspiration en berne. C'est donc avec une certaine suspicion qu'on vit débarquer en juin 2018 leur 5e opus « Codex Epicus ».

J'ai toujours du mal à réagir à chaud et fournir une opinion durablement valable à propos d'un nouvel album, mais le nombre d'écoutes au compteur et le plaisir croissant qui les accompagne m’encourage à oser avancer qu'on tient peut-être là le meilleur disque des Grecs. Ce n'était pas gagné, car si le groupe avait déjà eu un peu de mal à assimiler l'Allemand Gerrit Mutz, un bouleversement de line-up voit l'arrivée d'un nouveau batteur, Greg Vlachos, d'un nouveau second guitariste, Michael Kontogiorgis et d'un nouveau bassiste, Sotiris « Sverd » Tsolakoglou. De la formation d'origine ne subsiste que le fondateur et compositeur Kostas Tzortzis.

Heureusement, Kostas a retrouvé l'inspiration ; et peut-être fallait-il cette purge pour que Gerrit Mutz finisse par s'épanouir dans le style de Battleroar, au point de cosigner plusieurs titres. Le dernier morceau, Stronghold, est un bonus track uniquement présent sur la version CD ; il me semble être le chaînon manquant entre le poussif « Blood of Legends » et le nouveau départ que constitue « Codex Epicus ». Il est aussi typé Power, mais il déborde d'énergie, d'efficacité et d'enthousiasme communicatifs. Surtout, de très légères touches qu'on pourrait croire exécutées au synthé marquent la novation radicale introduite avec cet opus : the « Battle Choir ».

Exit le violon d'Alex Papadiamantis, enchanteur et ponctuel sur « To Death and Beyond », répétitif ad nauseam sur « Blood of Legends ». Il est remplacé par un chœur classique formé très paritairement de deux ténors et deux basses, et de deux alti et deux soprani. Awakening the Muse, le court titre d'ouverture, qu'on ne dira pas instrumental puisque lyrique, met en scène les nouveaux venus qui vont rehausser l'ensemble de l'album. Puissant sans être pompier, sensible sans être mélo, raffiné sans être prétentieux : voilà qui est tout de même plus classe que quelques notes de Bontempi pour donner de la profondeur à une musique médiocre.

Et médiocre, la musique de « Codex Epicus » ne l'est pas. Oublié le calme plat, comme au bon vieux temps de « To Death and Beyond », Éole regonfle les voiles de Battleroar qui, bras et écoutes étarqués à bloc, file avec toute sa toile sur une mer frangée d'écume. On y retrouve l'inspiration Heavy américain typique du génie de Battleroar : Manowar en tête, car c'est bien les barbares new-yorkais qui viennent spontanément à l'esprit à l'écoute de l'album ; des relents de Virgin Steele sont aussi bien prégnants, notamment sur We Shall Conquer au refrain que n'aurait pas renié DeFeist. Ajoutons que le jeu de guitare évoque l'excellence et la modestie d'un Ed Pursino toujours au service de la musique et jamais de celui de son ego. L'influence d'un autre groupe et d'un autre guitariste est aussi sensible, mais... on verra plus tard.

De toutes façons, Kostas Tzortzis n'est pas du genre à se contenter d'une imitation servile et recycle ses influences au filtre de sa créativité. Il a avec lui des musiciens techniquement irréprochables et en harmonie avec son projet. Gerrit Mutz, en décalage sur l'album précédent, trouve ici pleinement sa place. Il n'est pas la voix ultime du Heavy Metal, mais il sait judicieusement jouer de son organe, entre agressivité de bon aloi et douceur pleine de sensibilité.

Je viens de lire sur le net que l'on qualifiait la musique de « Codex Epicus » de sombre (« dark ») ; je la trouve au contraire lumineuse et optimiste. We Shall Conquer, Chronicles of Might et Kings of Old débordent d'énergie positive et de vaillance assumée. Prenez Enchanting Threnody : cette histoire d'un pays dévasté promis à la renaissance (allusion à la Grèce mise à l'encan par l'UE ? Je surinterprète peut-être) est introduite par une lugubre clarinette aux accents classique et folk, si un tel mélange est possible ; pourtant, quand le titre débute vraiment, par delà la gravité des paroles, c'est un hymne exultant qui nous emporte et qui s'achève avec un Battle Choir aux accents religieux et sereins. Ouvert sur des trompes solennelles et le fracas de guerriers marchant au pas, Palace of the Martyrs est également bien grave : cet impitoyable djihad n'est pas d'une folle gaîté, mais le combat contre l'adversité est une victoire en soi et la résistance ultime un achèvement. Odin peut être fier de Kostas et ses compères : peu importent les épreuves et les souffrances terrestres tant qu'on est assuré de ripailler au Walhalla en caressant du regard et de la paume la croupe de nobles valkyries.

Admettons un bémol dans l'optimisme pour le titre le plus épique (enfin, le... mais j'y reviendrai. Bien obligé, hélas). Voyant sur la tracklist The Doom of Medusa, je me suis dit bah, c'est des Grecs, on va parler de la gorgone mythologique. Raté : les paroles (de Gerrit Mutz) font référence au naufrage de la Méduse et au fameux radeau immortalisé par Géricault ! Le titre est flamboyant, riche de tableaux successifs magnifiquement emmenés par un Gerrit alternant entre récitatif, voix pleine de souffle aérien, ohohoh marins, tension rageuse et douloureuse compassion. Le tout avec la complicité active du Battle Choir.

Bon. Faut y aller. Hardi chroniqueur, à toi de jouer les héros. Sword of the Flame, l'ambigü présent.

Bénédiction, malédiction. La ligne est ténue, et le fléau de la balance a soudainement penché en faveur du second terme. Ma chronique eût été toute autre avant le soir funeste du 26 juillet 2018, qui vit tomber au champ d'honneur Mark Shelton, terrassé par une crise cardiaque à l'issue de son dernier concert.

Kostas et Mark, c'étaient deux amis de 16 ans, le premier fan de toujours de Manilla Road. Leur collaboration remonte au 2e album de Battleroar, « Age of Chaos ». Sentant ici l'inspiration flancher, Kostas envoie son projet de titre à Mark, qui lui renvoie sous trois jours paroles, lignes vocales enregistrées et un solo de guitare. Mixage du bazar, avec un solo de Kostas précédant celui du maître de Wichita, et dont la similarité montre bien combien les deux artistes étaient des âmes sœur. J'imagine la peine de Kostas, elle est mienne, elle est nôtre. Impossible à présent de parler objectivement de ce titre, supérieur à tout ce que nous a offert le dernier Manilla Road. Sans avoir la profondeur de la voix d'Orson Welles, le timbre de Shelton est si particulier que Sword of the Flame évoque un peu la surprise produite par Dark Avenger ou Defender chez Manowar. Inoubliable et merveilleux Shelton. Les harmonies du Battle Choir caressent ta voix comme désormais les bras des Muses te bercent pour l'éternité.

J'aime à penser que Battleroar a atteint la maturité avec cet excellent « Codex Epicus ». Digne écrin de l'ultime enregistrement studio de Shelton, il impose des devoirs à ses récipiendaires, devenus bien malgré eux légataires spirituels de Manilla Road. On leur souhaite bon courage dans cette peu surmontable tâche. Que ce soient des Grecs qui s'y collent, ma foi, cela n'aurait pas déplu à Shelton.

Le Roi est mort, long live to Manillaroar !

3 Commentaires

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King_Triton - 14 Août 2018:

Merci pour cette superbe chronique décrivant l'album avec finesse et justesse. Très bel hommage au regretté Mark Shelton au passage. Aprés le quelconque "Blood of Legend" le groupe semble reparti du bon pied. Bien que le rythme soit assez lent sur l'ensemble de l'album (Stronghold étant finalement le plus rapide), les titres n'en prennent que plus de puissance.

Ce que j'avais pris pour de la flûte orientale sur "Enchanting Threnody" est effectivement de la clarinette (jouant sur la gamme orientale celà dit, je n'avais pas tout faux haha !).

Hibernatus - 15 Août 2018:

Merci ;-)

Pour la clarinette, il faut reconnaître que les sons qui en sont tirés sont assez atypiques. Si je n'avais pas regardé directement le livret, je serais peut-être encore en train de me gratter la tête!

Tu as raison pour le rythme plutôt posé de l'ensemble des titres: cela n'a pas dû choquer outre mesure l'amateur occasionnel de Doom que je suis, raison pour laquelle j'ai oublié de le signaler.

Chacal - 15 Août 2018:

Sacré texte Hiber ! Bravo.
Tu as su me faire apprécier Manilla Road et là tu me donnes une sacrée envie de me plonger corp et âme dans cet album.
Je suis en train d'écouter les titres que tu as mis en écoute sur le fofo des goules et c'est vrai que ça fleure bon !
Bel hommage au shark, mais comment pourrait-il e être autrement de ta part !
Merci pour la bafouille JL !
 

 

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