Être précurseur ne signifie pas être au sommet indéfiniment. Une preuve flagrante en est l’exemple du heavy metal. On peut raisonnablement penser que
Judas Priest, Iron Maiden ou
Saxon sont à l’origine d’une bonne partie du monde métallique que nous connaissont aujourd’hui, et pourtant, où sont les ardents défenseurs de ce genre musical ?
Si les années 80 furent une époque bénie avant l’arrivée en grande pompe du thrash, puis du death qui atteignant des sommets commerciaux qui finira pas les dépasser totalement, le heavy devient un style en berne, ridicule et sur qui on crache aussi gratuitement que volontairement.
Mais la chance revint et la scène pu revivre à la fin du millénaire avec l’explosion médiatique éhontée du
True metal, dont
Edguy, HammerFall,
Rhapsody,
Angra ou encore
Gamma Ray ont été les pourvoyeurs pendant une décennie.
Mais voilà, alors que la plupart de ces groupes, actuellement frappés d’une baisse quantitative ou qualitative (ou pire ; les deux !), le genre parait en bien mauvaise posture pour survivre encore longtemps dans la modernité du metal actuel.
Car si les groupes affluent, la médiocrité est partout présente. Les, pourtant renommés,
Circle II Circle,
Dionysus,
Saidian et l’intégralité des catalogues Underclass ou autres
Metal Heaven proposant des disques par palette à la qualité allant de 0 à 10, sans jamais atteindre le seuil fatidique de l’originalité ou de la créativité artistique.
Les pochettes, poses à deux balles et autres clips bien léchés ont beau être là, aucune saveur ne parvient à satisfaire notre soif de nouveauté.
Mais la révolution viendra une nouvelle fois du froid, et LE groupe mélodique que nous attendions tous répondra au doux nom de
Machine Men.
Loin de se présenter en copie monolithique de
Stratovarius (qui leur aurait au moins permis d’avoir autant de succès que Sonata Artica !), loin de la nature plus sauvage et guerrière allemande, c’est plutôt vers les racines qu’il faudra se tourner, vers cette Grande-Bretagne ayant vu germer les premiers bourgeons du heavy.
Si "Elegies", le second opus, ne se démarquait en rien de la masse, la faute à un plagiat bien trop conventionnel de la vierge de fer, ce "
Circus of
Fools" aura eu le mérite d’être ma plus grande surprise mélodique depuis bien longtemps.
C’est donc dans un hasard presque total que j’ai acheté cet album le jour de sa sortie (n°2 en Finlande).
Si la pochette est étonnamment banale, voir laide face aux splendides réalisations gothiques de "Scars and
Wounds" et "Elegies", le contenu sera d’une richesse aussi désarmante que surprenante d’un titre à l’autre.
La doublette "
Circus of
Fools" et "No Talk Without A
Giant" débute de façon impériale le nouvel opus, un son cristallin, puissant et incroyablement personnel (à noter !). Les riffs sont très rentre dedans, les breaks sont légions, Jarno à la batterie à fait un bond en avant technique impressionnant en un an et demi (le live !) mais surtout, ce chant !
Antony Parviainen peut se targuer de posséder une des plus belles voix qu’il m’a été donnée d’entendre depuis l’éclosion de Tobias Sammet (ceux qui me connaissent sachent combien ce compliment a de la valeur !), non seulement d’une grande maitrise technique, mais surtout d’une puissance émotionnelle sans commune mesure, insufflant une mélancolie typiquement scandinave et magnifique à une musique sachant parfois se faire aussi douce que véloce et carnivore.
Le déchirant "
Ghost Of The Seasons", très moderne dans le son mais emplie de beauté dans son atmosphère et son âme, dévoile un talent malheureusement trop sporadique sur la scène heavy. Antony y chante avec une émotion inouïe, les couplets ne laisseront personne indifférent, quand au refrain…la voix s’envole vers les cieux, mais d’une manière complètement différente d’un
Kotipelto où d’un Matos. Ici, pas de démonstration technique mais uniquement une prouesse artistique au service de la musique et de l’art.
La performance incroyable du vocaliste sur ce titre peut motivée à elle seul la possession de ce disque, mais ne croyez pas que les guitares ne procurent aucune sensation. Souvent très mélodique, les solos passent comme une lettre à la poste sans jamais non plus tomber dans la niaiserie d’un neo classique non maitrisé.
Le lourd et particulièrement malsain "The
Shadow Gallery" dénote quand à lui par sa couleur bien moins mélodique, notamment sur le splendide break, angoissant au possible, à la ligne de piano maladive et aux samples tous aussi grinçants et macabres les uns que les autres. Et que dire, une fois de plus, d’Antony, déployant des trésors d’interprétation pour véhiculer toutes les émotions imaginables, de l’effroi à la nostalgie en passant par ces envolées lyriques à tomber !
Ne pas évoquer le jouissif "Tyrannize" et ses à peine trois minutes de pure puissance serait hérésie. Partageant le micro avec le vocaliste de
Diablo (Rainer Nygard), l’agressivité du riff principal et l’intensité de son interprétation agit comme un electro choc sur le pauvre auditeur que nous sommes. La structure est néanmoins très simple mais l’attrait de ce titre, outre les vocaux caverneux et sauvages de Rainer (insufflant ce semblant de rage en plus !) est probablement la note final d’Antony a filé un mal de crâne au meilleurs chanteurs actuels. Se terminant sur un hurlement suraigu mais extrêmement agressif (pas le chant de tête insupportable !) de plus de vingt-cinq secondes, dont quelques unes à capella, le jeune finlandais d’à peine vingt-trois ans dévoile des ressources assez impressionnantes pour l’avenir du groupe.
Un album très important, à n’en pas douter, pour la carrière de
Machine Men. Car, si l’on ferme les yeux avec indulgence (mais ce n’est pas mon genre !) sur les trop maigres quarante minutes de disque et sur la tentative encore un brin immature d’expérimentation plus thrash de "Border In The Real World", l’on obtient un album qui, en plus de trancher considérablement avec les albums précédent, tranche également avec le reste de la scène actuelle, renvoyant à leurs chères études bons nombres de concurrents. Entrez dans ce cirque des fous, découvrez, vivez…vous ne l’oublierez jamais !
Merci pour cette chronique qui rend justice à ce disque passé (un peu) inaperçu par chez nous, mais qui fut un grand succès en Scandinavie où le groupe s'est même vu offrir plusieurs dates avec Heaven And Hell :)
C'est effectivement la grosse tuerie heavy 2007, alliant un son beaucoup plus moderne que le maigrelet "Elegies" qui était en plus un brin maladroit!
Magistral! La suite arrive en milieu d'année, et j'attends l'album bien plus impatiemment que le nouveau Strato (qui lui, sera une bonne curiosité!).
Merci Liegelord!
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