Parfois, un groupe que vous aimez va dans une direction qui ne vous plaît pas, et voyant qu'il persiste et signe, on se pose la question de boire le calice jusqu'au bout, ou pas. Si vous lisez cette chronique, c'est que j'ai tout de même décidé de sauter le pas, par dessus une déception annoncée.
Si c'est le deuxième LP de Cryptosis dont on parle ici, paru le 7 mars 2025 chez
Century Fox Media, il s'agit bien du cinquième commis par le trio mené par le guitariste chanteur Laurens Houvast. En effet, le groupe a commencé sa carrière en tant que
Distillator, avec un thrash old school à la hache, avant de se rebaptiser Cryptosis et de changer totalement d'approche musicale, et de statut.
L'intro de ce nouvel album pose une ambiance d'un film de science-fiction qui basculerait subtilement dans le film d'horreur, et "
Faceless Matter" injecte massivement cette texture sonore dans la musique de Cryptosis. Une aura de synthétiseurs a pris possession de la six cordes de Laurens Houvast, au point qu'on discerne à peine le son de guitare lui-même, qui n'émerge vraiment qu'avec les palm mutes, surtout sur les premières pistes de l'opus.
L'ampleur de la transformation peut surprendre, même si on a écouté l'EP sorti il y a un an, qui avait fait une tentative claire et franche dans ce sens : le titre "
The Silent Call" a d'ailleurs été intégré au disque dans sa version de 2024. Cela donne une ambiance à mi-chemin entre la space synth music désincarnée de Jean-Michel Jarre et le black metal symphonique simplifié d'un
Emperor, qui a transformé l'ossature thrash en un exosquelette implacable.
Les mélodies des synthés peuvent même jouer un rôle de narration musicale dans le morceau, comme c'est le cas sur "Ascending" et le court instrumental "Motionless
Balance" qui lui succède, au milieu de l'opus, ou encore sur le magnifique outro "
Coda - Wander Into the Light". L'aspect cinématographique a pris le pas sur toute considération stylistique, comme si Cryptosis ne se préoccupait pas particulièrement de jouer du thrash, ni même du black metal dont il se rapproche melodiquement sur ce disque. Il faut en attendre la toute fin pour retrouver un peu du Cryptosis brutal et saccadé qui m'avait emballé sur "
Bionic Swarm" : "
In Between Realities" et "Cryptosphere" redonnent un temps le pouvoir à une guitare rageuse et à une batterie à l'énergie revigorée.
Si la première écoute de "
Celestial Death" m'avait laissé assez coi et circonspect, les suivantes n'ont malheureusement pas infléchi mes impressions inaugurales . L'évidence de devoir faire le deuil de l'ancien Cryptosis, celui de "
Bionic Swarm" m'embête d'autant plus que la démarche est ambitieuse et intéressante, alors que c'est dans l'exécution et le rendu que se nichent une persistante déception. Quant à savoir ce que feront les Néerlandais sur leur prochain LP, mon petit doigt ne les voit pas revenir en arrière, enfin pas au même endroit.
Je ne connais pas ce groupe, mais les changements de trajectoire musicales correspondent fréquemment à l arrivée sur un gros label. Coïncidence? plan de carrière? Avant je donnais systématiquement une chance au groupe ; maintenant vu la quantité et la qualité des groupes plus underground, je préfère leur donner une chance à ces outsiders qui tiennent une ligne.
Ils sont passés chez Century Media pour l'album précédent, ça leur a fait passer un cap. Après, comme le changement de direction est assez particulier, c'est à essayer, on sait jamais !
Moi je l'aime bien ce disque. Foncièrement différent mais l'orientation choisie n'est pas illogique. Mention à la dernière partie de l'album.
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