Malgré mon dos en capilotade et mon traitement anti-hypertension, je suis resté un grand enfant : j'aime les dinosaures. Et question saurien géant, Ross the
Boss se pose là : précurseur dans le Punk, artiste dans le
Hard et fondateur dans le Heavy. Je reste encore ébloui de l'avoir vu l'an dernier lors de sa tournée française avec
Shakin' Street. Alors quand ce gars sort un album solo, j'ai peu de chances de passer à côté.
Ross the
Boss est un groupe à (longues) éclipses. Sa première incarnation, à la fin des années 2000, avec une équipe allemande, avait pu faire penser à une éphémère apparition, d'autant que le second album voyait l'élan s'essouffler sérieusement. Pourtant, 10 ans plus tard, «
By Blood Sworn » venait couronner quelques tournées mondiales où
Manowar était à la fête.
Manowar ? Oh il y en avait dans cet album, mais comme tout ce qui est signé Ross the
Boss, rien n'est jamais simple et univoque. Ce «
Born of Fire » l'illustre à la perfection.
Le quatuor est presque inchangé. La guitare est tenue par qui vous savez, la basse par Mike LePond (
Symphony X), et le hurleur de service reste Marc Lopes. À la batterie disparaît l'excellent et subtil Lance Barnewold, qui avait pourtant co-signé une partie des titres de la dernière sortie ; en même temps, il n'est pas non plus absurde de mettre en adéquation le groupe de scène et le groupe de l'album. C'est chose faite avec l'intégration officielle de Steve Bolognese dans le line-up de «
Born of Fire ». Et ce type est un tueur, un équarrisseur, un de ces bourreaux d'antan qui savaient artistiquement intensifier la souffrance du supplicié sans en abréger prématurément la vie : un indice clair de la tonalité du nouvel album.
«
Born of Fire » est résolument up-tempo et rentre-dedans. En cela, Ross the
Boss s'éloigne d'une persistante influence Manowarienne encore bien prégnante sur les précédents opus. Oui, je sais, «
Warlord », «
Kill with
Power », « Black
Wind,
Fire & Steel »...
Manowar n'est pas ennemi de la vélocité, mais son art s'exprime mieux dans le mid tempo, ici à peu près absent. Du reste, l'unique titre vraiment Manowarien de l'album, l'exultant et jouissif «
God Killer », galope sur une cadence élevée.
Évitant le simplisme outrancier et les excès de complexité, «
Born of Fire » démontre que comme la guerre selon Napoléon, le Heavy
Metal est un art simple et tout d’exécution ; à condition bien sûr d'être guidé par le talent et l'inspiration. Chacun des titres de l'album se dévide avec fluidité, les mélodies s'impriment dans le cervelet dès la première écoute et il est ma foi bien difficile d'éviter de s'égosiller sur les refrains.
Le speed débridé de l'opener,
Glory to the
Slain, n'est pas pour me démentir, avec la batterie de dément de Bolognese, la voix rauque de Lopes (et le curieux break vocal scandé) : le disque est dense, mais on a d'emblée le niveau de densité le plus extrême. Moins rapide,
I Am the
Sword est du même accabit ; les couplets sont entonnés avec impétuosité, le refrain évoque un peu
Devil'sDay du précédent opus, mais qu'est-ce que ça remue plus ! Je trouve la voix de Lopes parfaite, même si certaines de ses modulations aiguës, un peu récurrentes, pourront irriter certain. Le jeu de Bolognese est fabuleux, et quel joli solo du
Boss !
Sautons à l'opposé du spectre. Beaucoup plus mâtiné de
Hard Rock,
Undying est presque radio friendly. Enfin, entendons-nous, il le serait dans un monde alternatif où les radios sont amicales envers le
Metal... Sa mélodie est emballante, avec un Lopes plein de sensibilité, notamment sur un joli break en voix veloutée. On avait une ballade sur «
By Blood Sworn », ici, on a une quasi ballade avec le lourd The Blackest
Heart, à la tension entretenue par des séries de crépitements électroniques : avec plus d'espace disponible, voix et instruments s'en donnent à cœur joie pour nous ravir.
Dans les (bonnes) surprises un peu atypiques, on peut ajouter Maiden of
Shadow et Shotgun
Evolution. Le premier n'emporte pas forcément l'adhésion à la première écoute, avec ses cuivres emphatiques très musique de film et ses touches Folk. Tendu à l'extrême, il est sombre, mais aéré par un lumineux refrain ; nul doute que les magnifiques lignes vocales, le jeu de batterie et de basse et le splendide solo ne captive sur les réécoutes. Shotgun
Evolution est plus mid tempo, avec une intro calme, et son parti pris mélodieux est mis en balance avec un riffing teigneux et une voix essentiellement hargneuse. On appréciera les ruptures de rythme, le pont vocal soutenu par une guitare jouant presque en tremolo et la légère tonalité orientalisante des riffs.
Je parlerai plus de similarités que d'influence pour évoquer certains titres. On trouvera une saveur toute Maidenienne au trépidant et bien balancé
Demon Holidays ; pareil pour le heurté
Born of Fire, dont le refrain rappelle un peu Sun and Steel. Ailleurs, les touches de clavier et la puissante mélodicité nous feront plutôt penser à
Rainbow ou
Black Sabbath époque
Dio, voire
Dio lui-même.
Rainbow et
Dio, pour sûr, avec Waking the
Moon, le titre le plus évolutif de l'album, les hurlements de loup de Lopes et le solo endiablé de Ross. Et
Black Sabbath époque « The
Mob Rules » avec le crépusculaire et lancinant
Denied by the Cross, à l'envergure épique prononcée.
Le sens du collectif imprègne cet album du groupe « solo » d'un Guitar Hero qui n'a plus grand chose à prouver. Basse, batterie et voix sont à l'honneur au même titre que la guitare. Oh, certes, Ross est bien présent, et dans les morceaux de bravoure qui émaillent ces titres, on l’imagine bien tricoter comme un malade avec la tête penchée d'un air appliqué sur le manche de sa six-cordes ; mais ces envolées sont beaucoup plus courtes qu'auparavant.
Outre la qualité des lignes vocales d'un Lopes beaucoup plus agressif, c'est la force et la qualité de la rythmique qui frappent dans cet album. Et le
Boss vient s'y illustrer d'une façon peut-être plus marquante que dans ses soli toujours exemplaires. Lourd et saccadé,
Fight the
Fight en est l'exemplaire illustration.
En cela, Ross Friedman s'affirme en très grand artiste. Inspiration et virtuosité sont nécessaires, mais quand en plus on est capable d'initier une telle synergie positive entre vieux, moins vieux et plus jeunes, on franchit un palier, la marque des très grands. «
Born of Fire » est la preuve éclatante que le Heavy
Metal est toujours bien vivant. Sans nostalgie ni forfanterie, il se recentre sur le plus important : la joie de créer, la joie de jouer, la joie de partager. On l'aura compris, des quatre albums estampillés
Ross The Boss, ce petit dernier sort haut la main en première place.
Alors, qu'est-ce qu'on dit, et sans aucune ironie, s'il vous plaît ?
Merci Patron !
Merci pour cette belle chronique JL. Ton enthousiasme et l'artwork coloré de l'album m'interpellent, si bien que je serai prêt à donner une chance à ce "Born Of Fire". Quel dommage que le concert 100% Manowar Setlist d'il y a quelques années à la Maroquinerie ait été annulé, ça aurait été bien bonnard. Je n'ai qu'un regret par rapport au gig de Shakin' Street au Petit Bain, celui de n'y avoir pas ramené mes albums de Manowar car il était dispo après le show pour des dédicaces.
Ayant beaucoup apprécié le précédent opus, me voilà ravi de voir Marc Lopes rempiler au poste de chanteur, son timbre très "Adamsien" (jusqu'à en devenir confondant par moment) se mariant à merveille avec l'acier forgé par le Boss – le contraire n'eut-il pas été étonnant ? Une galette qui fera à coup sûr partie de mes prochains achats.
Et oui : il était mortel, ce concert avec Shakin' Street…
Merci pour la kro(ss) ! :)
Je trouve l'album nettement moins bon en seconde partie, mais tout le début est quand même assez riche et varié. On ne peut pas dire qu'il n'y ait "rien" comme le prétend la chronique de Rock Hard, bien trop dure sur cet album contenant quelques pépites.
@PhuckingPhiphi : oui l'album est très bon.
Le boss reste le boss ! C'est évident et Manowar sans le boss n'a plus été Manowar.
La rythmique est excellente.
Mais le point faible de l'album pour moi est Mac Lopes, qui est à des années lumières d'Eric Adams, tant en terme d'étendue vocale, de puissance et d'émotion.
Marc Lopes est un chanteur moyen ! Eric Adams est au Panthéon à côté des Dio, Coverdale, ...
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