Il existe comme une aura qui entoure les groupes de heavy metal français. Cette scène, qui s'est développée en réponse à la célèbre NWOBHM, ne compte pas beaucoup de membre (et encore moins en activité), mais dispose d'un grand capital sympathie et évoque toujours de bons souvenirs pour les plus vieux d'entre nous. Est-il besoin de les citer ? Allez, c'est la fête : il y a le mythique Sortilège bien sûr, dont l'histoire est malheureusement finie depuis longtemps, les grands
Killers qui ont su traverser les temps et les époques, on ne présente plus
ADX qui se montre aussi fort aujourd'hui que dans les eighties, ni
Satan Jokers dont la trilogie sur les addictions fait couler beaucoup d'encre, ne pas oublier
H-Bomb pour un album et deux E.P.(et pas des moindres), la légende
Nightmare encore vivante qui plus est,
Vulcain est encore là dans un registre plus
Hard Rock certes, on se souvient de Warning, gloire montante française, de
Demon Eyes qui jeta l'éponge il y a quelques années, de
High Power et de sa courte mais fructueuse carrière, il y a bien encore
Mystery Blue un rare rescapé de la grande époque, ou
Der Kaiser dont l'avenir semble de plus en plus compromis, et enfin, last but not least, il y a surtout ... Blasphème !
Je résume l'histoire du groupe très vite (pour plus de détails voir les chroniques sur les autres albums) : débuts entre amis en 81, premier album éponyme en 83 qui rencontre un joli succès, second effort en 85, succès grandissant, rien ne semble pouvoir les arrêter. Split l'année suivante, et grosse déception bien sûr pour les fans. En 2008 la machine est relancée, pour le plaisir simple de jouer entre amis, et le troisième album voit le jour en 2010. Ce qui nous amène donc à
2012, où le vocaliste de toujours Marc Féry annonce sa décision de quitter l'aventure. Le
Satan's Fest au Pacific Rock de Cergy (organisé chaque année en janvier par les
Satan Jokers) sera ainsi sa toute dernière prestation live avec Blasphème. Le groupe décide d'immortaliser le moment, en enregistrant et filmant l'intégralité du concert, comme un cadeau à la fois pour monsieur Féry et pour les fans. Le disque, accompagné d'un DVD selon les versions, sort enfin en 2014, chez Brennus Music, finalement l'un des derniers labels français à soutenir cette scène.
Une voix retentit : "Long live au rock'n'roll ! Voici Blasphème !". Rien de mieux pour mettre l'ambiance adéquate ; ce soir c'est du Heavy, du vrai, du bon, à la française. Et c'est Carpe Diem qui démarre, un morceau issu du troisième album qui reste très fidèle à l'âme du groupe des années 80, autant dans ses riffs imparables que dans ses paroles. C'est un véritable plaisir d'entendre un groupe déclamer ces vers sur une scène : "Faut-il vivre au bout de ses rêves ?
Bien avant que la mort nous achève !
Mais vivre en accord de soi-même,
Libre de vivre Carpe Diem !"
L'énergie, malgré l'âge et surtout malgré la rupture d'activité, est bien la même qu'il y a trente ans. Manifestant un véritable plaisir de retrouver la scène, les musiciens se donnent à fond et font revivre avec brio ces morceaux qu'on ne pensait plus entendre sur scène il y a quelques années. Le batteur Aldrick Guadagnino, fils du bassiste Philippe Guadagnino, reprend parfaitement le flambeau de Régis Martin, et depuis la reprise du groupe s'est parfaitement intégré.
Seul le vocaliste Marc Féry montre parfois quelques peines, notamment sur les trois premiers titres où certains aigus semblent difficilement accessibles. Il réussit toutefois étonnement bien le très simple et très beau refrain de
Vivre Libre, qui n'est pas évident.
La setlist n'est constituée que de dix titres pour un total de trois quarts d'heure, ce qui est plutôt court pour un live, mais il s'agissait là d'un mini-festival. Curieusement seuls deux albums sur trois sont représentés :
Désir de Vampyr et le p'tit nouveau
Briser le Silence, cinq titres chacun. Dommage que l'éponyme ne soit pas représenté, car il vaut bien son successeur en qualité. Le mélange de morceaux récents et vieux montre que Blasphème est resté très fidèle à sa recette d'origine. Sans connaître le groupe, puisque tous les morceaux disposent du même son, il serait bien difficile de trouver de quand les morceaux datent. En parlant de son, c'est bien un vrai son live à quoi nous avons droit ici, "raw", assez clair, mais qui garde son aspect brut. On devine un public enthousiaste, reprenant volontiers en chœur les refrains, mais pas nécessairement une foule très nombreuse.
Le concert se clôt sur le mythique
Désir de Vampyr, et son rythme trépidant, inspiré comme d'habitude par Iron Maiden ou le Priest. Ainsi se termine la toute dernière prestation de Blasphème avec Marc Féry, le chanteur qui a véritablement donné son âme au groupe et qui a fortement contribué à son succès. Rien à dire, à part évidemment : respect. Ses compagnons, qui ne sont pas moins talentueux, continueront leur route sans lui en prenant comme remplaçants Alexis de Hürlement et Olivier de
Shannon. Et oui, il fallait bien deux personnes pour remplacer un gars comme lui. Finalement, malgré le caractère spécial et un peu solennel de l'événement, ce Blasphème en
Live restera le témoignage d'un groupe encore "alive".
1) rock'n'roll n'est pas à prendre au pied de la lettre, d'autant plus qu'il est souvent utilisé en tant qu'expression. Beaucoup de groupes de metal et même de metal extreme (death, black...) l'emploient alors qu'ils ne font pas dans le style...
2) lorsque l'on corrige les textes validés et en cours de validation, il nous arrive de retoucher certaines phrases sans forcément en avertir l'auteur, mais la retouche est minime (du genre on reformule une phrase, on adapte la syntaxe, on remplace un mot par un autre). Pas comme si on réécrivait tout ;)
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