Fort du succès obtenu lors de la sortie de
Worlds Beyond the Veil, qui valut à
Mithras une signature chez Candlelight Records, le groupe revient quatre ans plus tard pour livrer son nouveau méfait. Quatre années durant lesquelles Coss et Macey travaillent d’arrache-pied au
Dreaming Studios pour donner une suite au narratif et conceptuel
Worlds Beyond the Veil, donnant déjà dans un brutal death épique et atmosphérique tout à fait unique dans le paysage du metal extrême. Une personnalité marquée, identifiable dès les premières secondes, faite de leads cosmiques inoubliables, dont les furieux blast beats en renforcent la mélodie, et d’une histoire science fictionnelle lovecraftienne courant sur l’album entier, et narrant les efforts de l’Homme pour entrer en contact avec une divinité extraterrestre nichée dans une réalité inter-dimensionnelle. Tels étaient les ingrédients composant le deuxième album du duo, et le moins que l’on puisse dire, c’est que la formule reste inchangée sur
Behind the Shadows Lie Madness.
Pour illustrer ce nouveau chapitre ésotérique et spatial,
Behind the Shadows Lie Madness reprenant l’histoire là où
Worlds Beyond the Veil la laissait,
Mithras mandate le célèbre Dan Seagrave pour représenter un monde alien et hostile dominé par l’obscurité et le chaos, dans lequel un homme fuit, poursuivi par un être indicible, les ténèbres, et la folie qu’elles recouvrent. Très vite, on constate toujours cette volonté de la part du groupe de concilier le contenu musical avec des lyrics mystiques et épiques, faisant de ce nouvel album, une oeuvre narrative fortement ambiancée, dotée d'instrumentaux à texte, au même titre que
Worlds Beyond the Veil. Seulement
Behind the Shadows Lie Madness se montre bien plus court et concis que l’album précédent, réduisant considérablement la durée de ces fameuses plages instrumentales ambiantes (les seules au clavier) d’une quinzaine de minutes, ce qui ajoutée à des morceaux légèrement plus courts aussi, correspond à la volonté de Macey de rendre un album plus direct et plus monolithique.
Après une courte intro, nous voici donc parachutés dans ces fameux paysages sonores typiquement mithrasiens où les motifs musicaux se répètent avec subtilité en constituant une trame narrative imagée. Comme à l’accoutumée, une mer de double, accompagnée de rafales de blasts, servant d’assise à des leads éthérés nourris à la réverbe et au delay. "To fall From the Heavens" démarre ainsi sur les chapeaux de roues, avec pour la première fois chez
Mithras, des contre-voix claires au chant rauque de Coss, conférant ainsi au morceau une singularité intéressante et unique dans le répertoire du groupe. Le progressif "Under the Three Spheres" enfonce le clou juste derrière, avec ses leads d’une beauté et d’une clarté sans faille, et constitue sans nul doute l’une des tueries de l’album, à tel point que
Sarpanitum en copiera l’un des riffs centraux pour son fabuleux
Blessed Be My Brothers sorti neuf ans plus tard.
On peut aussi noter dans ce nouveau jet, un côté presque martial, cadencé, tels le déplacement inexorable d’une armée, ou les rouages immuables d’une immense machinerie, notamment sur le terrible titre éponyme, lourd et prenant avec ses furieuses harmoniques pincées, sur "Thrown Upon the Waves" qui apporte faste et grandeur avec ses rafales de blasts, ou encore sur "Into
Black Hole of Oblivion", riche au niveau batterie, qui voit également revenir l’influence première du groupe -
Morbid Angel - flagrante aux débuts de sa carrière, mais plus diluée à présent, comme digérée, assimilée.
L’auditeur peu habitué au double pédalage assassin de Macey pourra en revanche se sentir submergé par ce mur de son, massif, compact, et cette double guitare rythmique qui donne tant de profondeur à l’entité
Mithras, mais les soli contrebalancent et aèrent, presque de façon délicate par moments, la brutalité des compos. Les leads de macey semblent en effet avoir été en partie canalisés, et d’un aspect un peu magmatique sur
Worlds Beyond the Veil, pour ne pas dire chaotique parfois, on parvient à un déluge de leads plus directionnels et diablement prenants, sans en perdre le côté cosmique et perché. Quand aux pistes instrumentales, elles ventilent également l’album, que ce soit l’aérien et séraphique "The Beacon Beckons", qui voit surgir en outro l’un des leitmotivs musicaux dont Macey a le secret, ou le superbe "When the Light Fade Away", céleste et majestueux, doté de chœurs épiques accroissant l’ambiance grandiose de la galette, et qui évoque fortement l'un des interludes instrumentaux composés par Mobid
Angel pour Formulas
Fatal to the
Flesh ("
Hymn to a Gas
Giant").
De nombreux breaks parsèment l’album et légitiment les accélérations qui les encadrent, quelques passages plombés entrecoupent aussi la vélocité du propos, comme celui de "The
Twisted Tower", tandis que l’ascensionnel "To Where the Sun
Never Leaves" fournit une bonne rampe de lancement vers la stratosphère grâce à son lead conducteur fait de montées et de descentes.
Niveau production, Macey, épaulé comme sur l’album précédent par Lee du-Caine, éclaircit le propos de
Mithras, en dotant ses leads d’une lisibilité et d’une pureté accrues, et permet enfin à la basse graveleuse de Coss d’être audible, en plus de participer à grossir le son déjà très massif de la double grosse caisse, qui notons-le tout de même, semble un peu trop au devant de la caisse claire. Cependant, la batterie de manière générale, est mieux mixée qu’auparavant, ce qui ajoutée à une meilleure structure des compos, plus courtes et plus directes que sur
Worlds Beyond the Veil, permet à
Mithras de gagner en efficacité, mais de perdre aussi en spontanéité et folie.
Il ressort ainsi de Behind the
Shadow Lie Madness une puissance et une brutalité rythmique dévastatrice que l’élégance des soli vient aérer, et à l’image de son logo légèrement lifté, une force davantage maitrisée et organisée, qui s’amplifiera encore sur le génial
On Strange Loops.
Je découvre cet album sur le tard, j'ai eu du mal à m'affranchir du fabuleux On Strange Loops. Je perçois sur ce Behind the Shadow Lie Madness pas mal de relents à la MORBID ANGEL avec notamment des rappels de l'extraordinaire Domination. Une influence qui me satisfait énormément, je le reconnais. Néanmoins MITHRAS ne tombe pas dans le piège de la simple copie et réussi à apporter sa touche personnelle. Il développe ainsi un univers assez unique et le résultat fonctionne très bien. Merci pour cette chronique Manu !
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