Il fut un temps où le nom d’
Of Mice and Men résonnait comme une évidence sur la scène metalcore, une formation qui était capable de conjuguer violence et émotion sans jamais sacrifier l’une au profit de l’autre. Son âge d’or, atteint notamment avec
The Flood (2011), esquissait une formule presque idéale où le groupe donnait l’impression de maîtriser un équilibre rare, capable de marquer autant par la dimension de ses riffs que par la résonance constante de ses refrains. Le quatuor incarnait alors une génération dorée du metalcore, celle pour qui la lourdeur n’était pas un outil de séduction mais un langage à part entière, et où chaque composition semblait pensée pour laisser une empreinte durable plutôt que pour répondre à des formats établis.
Les années ont fini par éroder cette certitude. À mesure que la scène évoluait et que le groupe cherchait à redéfinir son identité, son impact s’est progressivement dilué. Les bouleversements internes et les choix artistiques plus prudents ont donné naissance à des disques comme
Cold World et
Tether. Là où autrefois la force du groupe reposait sur une violence naturelle et une tension provocante, ces albums apparaissent nonchalants, prévisibles et trop lisses. La rugosité qui forgeait leur indépendance s’y dilue au profit d’un metal alternatif trop policé, souvent fade et sans réelle sensibilité. Même les passages davantage mélodiques, bien que réussis par moments, peinent à créer une vraie dynamique ou à créer des bouleversements mémorables.
Ce parcours en clair-obscur dessine le portrait d’un collectif qui a connu les sommets, mais qui peine désormais à imposer une voix vraiment distinctive et oscille entre ambition et conformisme, entre instincts hérités et volonté de plaire, sans parvenir à recréer la force de son passé.
Another Miracle, neuvième opus du quatuor américain, semble enfin renouer avec une forme de justesse, un miracle presque inattendu et un ouvrage qui parvient à convaincre dans son ensemble, là où ses prédécesseurs peinaient à captiver. Certes le disque ne révolutionne rien dans le paysage du metalcore ou du metal alternatif mais il impose un déroulement fluide où les compositions s'enchaînent assez naturellement et évite les longueurs ainsi que les hésitations du passé. On y retrouve un collectif capable de combiner avec régularité deux facettes de son savoir-faire : d’un côté, le metalcore des années 2010, incisif et brut, qui signe l’empreinte historique du groupe ; de l’autre, une sonorité plus mélodique, intelligible et lumineuse. Ce mariage entre enivrement et élégance donne à l’ensemble une cohérence longtemps absente et offre à la fois discordance, relief et moments d’écoute plus respirables.
L’ouverture de l’album fait office d’entrée en matière percutante et nous replonge dans les débuts de la formation grâce à une formule brute et directe, sans la moindre concession et où chaque riff vise l’impact immédiat. Le morceau mise sur l’efficacité plutôt que la complexité, notamment avec des motifs à la guitare assez élémentaires ainsi que des « One,
Two, Three » répétés à l’envi qui accentuent l’urgence rythmique mais créent aussi une sensation de redondance. Aucun chant clair ne vient adoucir le flux et le screaming renforce cette impression de rugosité presque mécanique.
Le titre éponyme montre davantage la volonté du groupe de trouver une balance entre virulence et mélodie. Les couplets, construits autour d’une double basse bagarreuse, de riffs carabinés mais simplistes et d’une prestation vocale hargneuse, posent un cadre solide tandis que les refrains mélodiques introduisent un chant pur gracieux ainsi qu’un riffing aéré. Cette esthétique apporte une respiration bienvenue à l’ensemble mais le contraste avec les passages criés reste globalement décousu. De même, la palette claire manque encore de consistance et de retentissement pour pleinement fédérer.
Un des points d’orgue de cette neuvième toile,
Hourglass s’impose comme une composition complète et marquante. Ici, le groupe retrouve une écriture tranchante où l’agression et la densité instrumentale dominent. Les riffs sont plus étoffés, les percussions plus variées et le breakdown, traditionnel mais parfaitement exécuté, offre un vrai moment d’agitation et de catharsis. Le nuancier vocal plus querelleuse confère au titre une brillance qui rappelle les grandes heures de nos musiciens, et montre également que notre combo est capable de nuances subtiles dans les dynamiques ainsi que dans les transitions.
Certains morceaux apportent des pauses contemplatives dans un essai autrement tendu, à l’instar d’un Flowers. Sans être foncièrement décevant, la structure couplet/refrain du morceau s’apparente davantage à une approche « pop » que metalcore, ce qui casse quelque peu le rythme du disque mais permet à la voix mélodique de pleinement s’exprimer et de parfaitement s’intégrer à l’atmosphère songeuse de la piste. L’instrumental, plus insouciant et délicat, mise sur le charme et les textures plutôt que sur la robustesse, ce qui offre une opposition intéressante avec le reste de l’album. Même si l’écriture y apparaît plus paresseuse que sur les autres morceaux, le titre réussit à introduire une teinte bienvenue et montre que le groupe sait aussi travailler l’émotivité.
Another Miracle montre un Of Mice & Men capable de se réinventer sans trahir ses racines. L’album ne bouleverse en rien la scène du metalcore et du metal alternatif moderne, mais il parvient à combiner avec justesse impact frontal et couleurs mélodieuses qui livrent une plénitude longtemps absente de leurs dernières sorties. Néanmoins, le disque conserve quelques limites : les compositions les plus calmes, bien que plaisantes, ralentissent parfois le flux et certaines structures restent prévisibles. Malgré ces imperfections, cette neuvième réalisation du quatuor américain restitue une impression de maîtrise retrouvée et confirme que nos artistes sont encore capables de produire un metalcore solide, à la fois piquant et varié, qui sait se montrer aguicheur tout en respectant ses propres codes.
Toujours aussi chouette à lire tes chroniques mon ami
Et toujours aussi chouette de lire tes compliments mon cher Jo
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