Akroasis

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Nom du groupe Obscura (GER-1)
Nom de l'album Akroasis
Type Album
Date de parution 05 Fevrier 2016
Enregistré à Woodshed Studio
Style MusicalDeath Technique
Membres possèdant cet album75

Tracklist

1. Sermon of the Seven Suns 07:13
2. The Monist 04:57
3. Akroasis 04:24
4. Ten Sepiroth 05:09
5. Ode to the Sun 05:05
6. Fractal Dimension 06:14
7. Perpetual Infinity 05:53
8. Weltseele 15:15
Bonustrack
9. The Origin of Primal Expression 03:56
Total playing time 58:06

Chronique @ Agonkakon

28 Mai 2016

Preuve que la technicité peut s'utiliser pour aboutir à la musicalité

Obscura, groupe-phare allemand du death technique, ne souffre de compétition que de ses musiciens que la formation a elle-même lâchés dans la nature, déjà héritiers du monumental Necrophagist. Il s'en faut de très peu avec ce combo pour que l'on crie au plagiat du groupe de Schuldiner. La basse fretless, la guitare à sept cordes (bon j'avoue, dans le death c'est plutôt un standard), les parties lyriques à la limite de l'édifice prog, le sens des riffs à l'ascendance thrash, et surtout Kummerer qui se la joue seul maître à bord en recrutant les musiciens les plus techniques et illustres possibles, tout y est. Les petits malins qui me citeront les évidentes influences de Cynic oublient certainement que Cynic s'est formé autour de musiciens qui ont presque tous joué dans le groupe de la faucheuse...

Pourtant il est impossible de ne pas reconnaître l'identité artistique des Teutons. Bien sûr, cela passe par un plus grand nombre de références, surtout dans la modernité (Chuck n'est malheureusement plus là pour se défendre...). On sent que l'on vit toujours dans l'ère post-Meshuggah à quelques moments de l'album. Le titre "Ode to The Sun" est là pour nous le rappeler. Mais ce même morceau est très black dans l'âme, dans les dissonances et dans le riff tremolo du début. Du black, du Cynic, du Death, quelques soupçons de ''Djent'' (si ce mot peut avoir un sens), du Opeth même par moments, quelques côtés un peu orientaux par moments. Il y a aussi la voix, qui alterne en growl plus ou moins monstrueux et en cris, que l'on pourrait trouver dans un groupe de death melo moderne, qui lorgne toujours vers le black metal. Il me semble même que monsieur se rêve des airs de Duplantier sur certains passages en essayant de mettre un peu de mélodie dans son arrachement vocal.

Par ailleurs, il est toujours intéressant de noter les changements de tendances dans les pochettes. Ici on aura tendance à dire que l'on est dans la lignée artistique des deux derniers albums, sauf pour un point, qui est la couleur, passée du bleu profond et du vert étrange à un jaune éclatant, solaire. Et ce n'est pas un hasard si deux morceaux, dont le premier, portent dans leur titre une évocation de notre cher Astre. La musique du groupe s'est faite plus éclatante, j'aurais même tendance à dire plus chaude. Eclatante pour l'incroyable précision, puissance, et modernité de la production ; chaude pour les émotions pures qui transparaissent derrière l'impitoyable bulldozer de technique déployée par le groupe. Hormis la surprise et la précision de la basse sur le premier titre, la beauté de ce passage est incroyable! Autre preuve pour les sieurs: pas besoin de notes hyper-aiguës pour créer de l'émotion. A bon entendeur...

Le côté solaire écrase, et ce n'est pas seulement parce que le death metal ressemble à l'allégorie musicale d'un rouleau compresseur. C'est aussi dans l'identité des sonorités recherchées: "Ode to the Sun" et son Death/black agrémenté de sons de cloches mystiques et de batteries martiales, pour un rendu qui cherche le sacré. A chaque fois que le soleil est évoqué, et plus généralement sur l'album, on a l'impression de voir arriver un dieu écrasant, total, devant lequel il n'y a d'autre issue possible que la soumission. C'est un soleil qu'on ne regarde pas dans les yeux.

Un album me vient en tête, pourtant bien loin du style de la formation: le dernier album de Deathspell Omega. La thématique solaire et apocalyptique, le nom en grec (bon je crois que les blackeux sont un peu plus cultivés du côté texte et références), les dissonances et la grandiloquence de l'ensemble me font douter de l'innocence d'Obscura par rapport à l'approche. Grand bien leur fasse bien sûr d'aller se ressourcer de ce côté-là, c'est tout de même un peu plus intéressant que de tenter le deathcore ou de totalement sombrer dans la mode djent... Je ne peux en être sûr. En tout cas, je suis sûr d'une chose, c'est que la formation Alkaloid a eu son mot à dire dans la compo de cet album, dans sa technicité, dans son esprit mystique et chez le sieur Klausenitzer, qui a certainement jonglé entre les deux enregistrements. C'est un peu le côté solaire d'Alkaloid, dirigé par une autre tête pensante mais en tout cas foutrement proche dans son approche et son identité (on aime le black, la technique, la fretless, les guitares graves, la technique...).

Car oui, on peut trouver un certain nombre de défauts à cet album: l'omniprésence des sweep et des solos disséminés un peu partout qui, sans être hors de propos (on dit comment? Death Metal Technique?), sont quand même, à mon sens, un témoignage de manque d'inspiration. Que ce soit pour Obscura ou pour d'autres groupes, par ailleurs. Ça remplit le morceau, c'est certain, mais je ne suis pas toujours fan d'un remplissage accompli avec de la branlette... Il me semble que l'album aurait pu être plus court, il en aurait certainement été plus efficace. Autrement dit, toutes les qualités de l'album ne le rendent pas moins épuisant à l'écoute, notamment au regard du peu de moments d'accalmie qu'on peut y trouver. Les zones de repos sont trop rares pour ne pas risquer de lâcher prise. On sent que les musiciens se sont perdus dans les landes de la technique.

Il faut aussi mentionner le monument "Weltseele" qui achève l'album (sans compter le titre bonus), pièce de 15 minutes qu'on ne s'attend d'ordinaire à voir ni chez Obscura ni chez un groupe de Death Technique en général. On sent bien que le désir du groupe était de produire une oeuvre dans une âme plus progressive, de faire son Symbolic, pourquoi pas. Le morceau s'ouvre sur une guitare acoustique tout en retenue, vague, bientôt rejointe par la basse et la batterie qui continuent dans le même esprit, pour finalement aboutir à une partie déstructurée au possible et à une progression vers un labyrinthe musical et technique. On pensera alors à Opeth. Ce titre regorge de passages riches et d'inspirations éclectiques, d'approches musicales multiples. On va même jusqu'à des moments symphoniques. Ce qui est sûr, c'est que l'on est déjà dans le progressif. Il reste encore, je crois, du chemin pour arriver à totalement accomplir la transformation, car l'instabilité de la composition laisse chacun juge de la cohérence globale.

Finalement, et malgré tout, cet album est d'une qualité indéniable, d'une unité conceptuelle et d'une richesse incroyables. Chaque morceau y est très discernable sans être hors sujet. Si l'album alimente la critique c'est surtout, à mon sens, parce qu'il n'est pas loin d'être un chef-d'oeuvre. Peut-être certains y verront-ils également un parfait accomplissement ? Car, quoiqu'il en soit, c'est un monument musical, aussi bien pour le metal allemand que pour la scène mondiale. Il me semble juste dommage que la ligne de démarcation soit si floue entre le syncrétisme et une unicité aboutie. Mais c'est un peu la frustration qui parle, car c'est avant tout une grosse claque, et ce, du premier au dernier titre. Sans aucun doute, l'une des meilleures sorties death de 2016. Preuve, en tout cas, que la technicité peut s'utiliser pour aboutir à la musicalité.

8 Commentaires

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d00mwisd - 01 Juin 2016: "plus fouillé" effectivement^^. Certes, il est bon mais les riffs architecturaux de leur premier opus me manque.
Fonghuet - 01 Juin 2016: Moi c'est leur premier drummer qui me manque, j'aimais sa créativité et son jeu de cymbales, il était plus subtil!
d00mwisd - 02 Juin 2016: J'ai même pas fais gaffe qu'ils avaient changés de batteur XD. En tout cas, c'est clair qu'il était vraiment balèze.
Metalapin - 11 Juin 2016: ^ Boarf, le premier Beyond Creation ça reste du Techdeath un peu bateau (bordant même parfois sur pas mal de breakdowns très Deathcore) qui a surtout fait parler de lui grâce à la fretless de Lapointe. Le deuxième est quand même beaucoup plus fouillé à tous les niveaux.

Pour un revenir à la chronique, je n'arrive toujours pas à l'écouter cet Obscura. Si l'auteur de la chronique (qui est bonne soit dit en passant) n'y trouve pas assez de moments de repos et trop de remplissage technique, je trouve qu'ici Obscura fait ce que que Kummerer annonçait dans les dernière interviews: structures et riffs plus simples, moins de tricotage guitaristique caractéristique de Grossmann et Muenzner... Je ne retrouve absolument pas ce qui m'a fait adorer les deux précédents, et trouve donc cet Akroasis absolument fade.

C'est sûrement ce retour à la simplicité après l'ère Grossmann/Muenzner/Thesseling que les gens apprécient particulièrement, mais je n'y vois qu'un retour en arrière à l'ère Retribution en mieux produit.
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