Message a été reçu par le combo russe de revenir dans les rangs muni d'un album full length, et ce, après une pléiade d'EPs réalisés entre 2020 et 2025. Ce faisant, le groupe cofondé en 2019 par l'autrice, compositrice, mezzo-alto et pianiste Alexandra
Revontulet et le batteur Sergey
Zorg (tous deux ex-
Revontulet, ex-Rainheart Symphony) nous gratifie d'un opus généreux de ses 65 minutes, «
Ad Astra », où ne s'égrainent pas moins de quinze pistes dont cinq inédites. Pour ce faire, nos deux maîtres d'oeuvre ont a nouveau requis les talents de la guitariste Tatiania Razina (ex-O.S.A.) et du bassiste/choriste
Anton Denisov. Cela étant, nos gladiateurs disposeraient-ils d'armes de jet suffisamment efficaces pour leur permettre de tenir l'âpre concurrence de cette arène en respect ? Fort d'un solide background studio, le combo pourrait-il, sept ans après sa sortie de terre, envisager de se poser en valeur confirmée du metal symphonique à chant féminin ?
Conformément à ses aspirations premières, le collectif nous replonge au cœur d'un propos rock'n'metal mélodico-symphonique gothique et atmosphérique, sans aspérités ni soubresauts et pétri d'élégance, harmonisant alors l'espace ouaté de
Moonsun, la poignante mélodicité d'un
Nightwish première génération et les vibrants harmoniques d'un
Xandria première mouture. Bénéficiant d'un mastering de bonne facture, signé Svante Forsbäck (
Amorphis,
Delain,
Sonata Arctica,
Stratovarius...), d'un mixage bien ajusté relevant de la patte d' Alexandra
Revontulet elle-même et d'arrangements délicatement esquissés, ce set de compositions offre un confort auditif susceptible d'assurer sa traversée d'un seul tenant. Afin de mettre les petits plats dans les grands, nos acolytes ont sollicité, pour l'occasion, l'empreinte de plusieurs artistes, dont : Dima Belf, à la basse, sur la majeure partie des titres ; Emre Yağız Koca (dit ''Okto Mod''),
Eli German et Dalziell au violoncelle ; Galina Yaroslavtseva au violon ; Luis Vilca (guest chez
Autumn Tears) à la flûte. De quoi nous intimer de lever l'ancre du vaisseau amiral sans plus tarder pour une croisière que l'on espère ponctuée de quelque terre d'abondance...
La troupe révèle à nouveau son aptitude à sculpter ces paysages de notes aptes à nous retenir plus que de raison, à commencer par ses pistes les plus vitaminées. Ainsi, c'est cheveux au vent que l'on parcourra «
Pandora's Box » tout comme «
Love Is a Memory » ; pourvus de couplets finement ciselés relayés chacun d'un refrain catchy mis en exergue par le magnétique vibrato de la sirène, ces deux invitants et ''xandriens'' up tempi aux riffs crochetés ne se quitteront qu'à regret. Un poil moins ''tubesque'', le frétillant « Run Run Run » n'en génère pas moins de truculentes séquences d'accords assorties d'une énergie aisément communicative. Mais ce serait le titre éponyme de l'album, «
Ad Astra », qui détiendrait la palme ; au fil de ses quelque 6:50 minutes, la fresque rock'n'metal symphonique ne manque ni d'allant ni de panache, disséminant par là même de sémillantes harmonies tout en sauvegardant une ligne mélodique des plus avenantes, sur laquelle se pose le frémissant grain de voix de l'interprète, alors escortée d'une soufflante muraille de choeurs. Mais le magicien aurait encore d'autres tours dans sa manche, et des meilleurs...
Lorsque le rythme de ses frappes se fait un tantinet plus mesuré, le collectif trouve à nouveau les clés pour nous prendre dans ses filets. Ce qu'atteste, en premier lieu, le ''nightwishien'' mid tempo « Enough », au regard de son refrain immersif à souhait, mis en habits de lumière par les poignantes oscillations de la déesse, de ses enveloppantes nappes synthétiques et du frissonnant coup d'archet dispensé par Galina Yaroslavtseva. Dans cette mouvance, «
Songs of Ice » se pose, lui, tel un mid tempo aux puissants et métronomiques coups de tambour ; jouissant d'enchaînement intra piste des plus sécurisants et essaimant de seyantes perles de pluie pianistiques, l'enivrant méfait pourra à son tour, et sans mal, happer le tympan du chaland. Dans une ''xandrienne'' énergie, le mélancolique mid tempo syncopé « Find the Light » tout comme le félin « In the Mirror », pour leur part, se calent sur une mélodicité toute de fines nuances cousue où se meuvent les troublantes volutes d'une interprète bien habitée. Et la magie opère, une fois encore. Enfin, investi de frissonnants clapotis organiques, de saisissantes ondulations au violoncelle dispensées par
Eli German et Dalziell et d'un bref mais prégnant solo au violon estampé Galina Yaroslavtseva, le fringant mid tempo syncopé «
Wither » fera plier l'échine à plus d'une âme rétive.
Quand les éclairages se font plus tamisés, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille ; un exercice de style auquel le combo est rompu, ici exploité de trois manières différentes. Ce qu'illustre, tout d'abord, la romantique et ''moonsunienne'' ballade «
Cold Stars », alors déclinée en deux options : la première, en version solo, nous sensibilisant à l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'elle nous invite à suivre ; la seconde, nous octroyant un duo en parfaite symbiose, où s'unissent les angéliques impulsions de la belle et les célestes ondulations de
Liv Kristine. Et, dans un cas comme dans l'autre, la sauce prend sans tarder. C'est là la seule et unique composition à deux voix de l'opus.
Dans cette visée romantique, mais en voix solo, on retiendra non moins « Summer
Lullaby », ballade atmosphérique aux airs d'un slow qui emballe – et toute première composition du groupe – tant pour sa sente mélodique des plus enveloppantes, où se calent les cristallines modulations de la princesse, que pour son inattendu solo à la flûte, signé Luis Vilca. Difficile également de se soustraire aux vibes enchanteresses jaillissant des entrailles de «
Burning ; se dessine ici une ''moonsunienne'' ballade d'une sensibilité à fleur de peau et d'un chavirant lyrisme, où chacune de ses portées se voit magnifiée par les caressants médiums de la frontwoman.
Dans ce sillage, mais dans une optique progressive, cette fois, on ne saurait davantage esquiver la ballade atmosphérique « Stay », eu égard à la délicatesse de ses pianistiques arpèges – auxquels répond le mélancolique violoncelle d' Okto Mod – et aux pénétrantes patines de la diva. Un moment de pure jouissance auditive, apte à nous élever bien au-dessus du plancher des vaches. Dans cette dynamique s'inscrit également « Like
I Love You », tendre et classieuse aubade qui, peu à peu, ouvre ses ailes, se chargeant dès lors en émotion au fil de sa progression.
En définitive, la troupe russe nous livre un mouvement d'envergure, empreint d'allant et de délicatesse, incitatif à une remise en selle sitôt l'ultime mesure évanouie. Diversifiant ses phases rythmiques comme ses exercices de style, faisant montre d'une saisissante couverture oratoire et jouissant d'une ingénierie du son plutôt soignée, ce premier élan de longue durée n'aura pas tari d'armes pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres. D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute espéré quelques prises de risques supplémentaires, davantage de variété quant aux ambiances dispensées et des sources d'inspiration mieux digérées qu'elles n'apparaissent afin de conférer davantage d'épaisseur artistique au luxuriant propos. Carences récurrentes qu'une technicité instrumentale éprouvée et des mélodies savamment élaborées et des plus engageantes pourront partiellement compenser. Recelant en prime ce petit supplément d'âme le rendant particulièrement liant, le message musical délivré, en l'état, aurait les atouts requis pour placer le combo à deux doigts des valeurs de référence de ce registre metal. Affaire à suivre, donc...
Note : 15,5/20
Un album de très bonne facture de la part de nos amis russes ; une certaine délicatesse et une mélancolie accompagnant des morceaux plus énergiques et symphoniques. J'ai eu recours à plusieurs écoutes pour pouvoir l'apprécier pleinement.
Une très belle découverte pour ma part !
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